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Après une prudente augmentation de l’achalandage depuis la pandémie, l’année 2025 a vu une diminution notable de la fréquentation des salles de cinéma. Au Québec, elle a diminué de 15 %, et les films québécois écopent durement de cette baisse, avec une diminution de 49 % en comparaison avec 2024.
C’est ce que révèle le rapport de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) sur la fréquentation des cinémas en 2025, qui a été publié lundi.
Dans les salles, on n’a pas eu besoin de ce rapport pour remarquer la tendance, raconte Éric Bouchard, copropriétaire des cinémas Saint-Eustache et Carrefour du Nord, à Saint-Jérôme. Celui qui est aussi coprésident de l’Association des propriétaires de cinéma du Québec souligne que les films de l’an dernier souffraient encore du manque de constance causé par la grève des scénaristes de 2023. « Quand on a une année en dents de scie, on dirait que les gens perdent l’habitude », estime-t-il. « Alors que quand on a un calendrier bien garni, les gens gardent l’habitude et reviennent. »
Cette baisse survient à la suite d’une augmentation prudente mais constante de l’achalandage des cinémas entre 2020 et 2024, qui n’a pas toutefois pas encore rejoint les niveaux prépandémiques. L’achalandage de 2025 représente ainsi une baisse de 39 % par rapport à celui observé en 2019.
Les films d’ici ont été durement touchés par cette tendance : ils n’ont représenté que 9 % de la fréquentation de 2025, après une année 2024 record lors de laquelle ils avaient attiré 15 % des cinéphiles. « Il y a une contre-performance, malheureusement, du cinéma québécois », analyse Pascal Genêt, chargé de projet aux statistiques culturelles à l’Observatoire de la culture et des communications de l’ISQ.
À cette baisse d’achalandage s’ajoute une légère diminution du nombre de nouveautés québécoises (de 88 en 2024 à 84 en 2025) et du succès de ces films. Seuls deux d’entre eux, Menteuse et Ma belle-mère est une sorcière, ont obtenu des recettes de plus d’un million de dollars. Menteuse est aussi le seul film d’ici à s’être hissé au palmarès des 10 films les plus vus au Québec.
Selon M. Genêt, la baisse de l’achalandage en salles est un « double phénomène » expliqué par un changement de comportement, mais aussi par une perte d’infrastructures en cinéma. Il souligne une diminution du nombre de cinémas au Québec — qui est passé de 98 à 94 — et la perte de « méga-plex » Guzzo.
Le « rouleau compresseur » des mégaproductions
Les films américains ont dominé le palmarès en 2025. Dans les 20 films les plus diffusés, seuls le film québécois Menteuse et le film britannique Paddington au Pérou ne sont pas produits par nos voisins du Sud. En 2024, trois films québécois — Nos belles-Sœurs, Le cyclone de Noël et 1995 — avaient fait leur place au sein de ce palmarès.
« Il y a vraiment un effet de rouleau compresseur », estime Pascal Genêt. « Non seulement ce sont des films américains, mais ce sont aussi des franchises — on parle ici d’Avatar, on parle de Zootopia, on parle de Monde jurassique, Mission : impossible… Il y a l’effet blockbuster. »
Éric Bouchard a bien remarqué ce phénomène et souligne lui aussi la variabilité des films québécois. « Il y a des hauts et des bas. Il n’y a pas de milieu », lance-t-il. Pourtant, il estime que les films d’ici permettent aux salles québécoises de se démarquer des cinémas ailleurs au Canada ou aux États-Unis. « Les propriétaires vont toujours avoir un biais favorable envers le film québécois. 2023-2024 ont été deux excellentes années. 2025 en a été une moins bonne. »
Les plateformes numériques et le cinéma
Rare point de donnée dans le vert en 2025 : le nombre de nouveaux films a augmenté, un changement que M. Genêt décrit comme « paradoxal ». « Il y a peut-être un enjeu qui est relié au fait que ce qu’on appelle la fenêtre d’exploitation [la durée de l’exclusivité en salle d’un nouveau film] s’est sans doute raccourcie entre la sortie des films en salle et leur disponibilité sur les plateformes de diffusion. »
L’ISQ ne publie pas de statistiques sur le temps de présence en salle des films. « C’est très difficile à mesurer », explique M. Genêt, soulignant que « toutes les salles ont leur propre logique » et que certaines vont continuer d’offrir un film, mais en le déplaçant vers une salle ou un horaire moins populaire.
Pour M. Bouchard, la montée des plateformes de diffusion en continu n’a pas mené à la « mort du cinéma » prédite il y a quelques années. Il admet cependant que la fenêtre d’exclusivité des salles est beaucoup plus courte qu’avant la pandémie, et que les films qui restent plus longtemps en salle sont souvent des productions américaines.
Mais, selon lui, la nouvelle tendance de certaines plateformes de diffusion à sortir des films en salle de cinéma souligne leur importance continue dans la promotion des nouveautés. « Je n’embarquerai pas dans le débat que de voir Dune sur un téléphone, c’est un péché mortel ! » ajoute-t-il en riant.


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