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Les caribous gardés en enclos en Gaspésie en attendant un plan pour éviter leur extinction sont toujours nettement plus nombreux que ceux qui vivent en liberté, selon ce qui se dégage des plus récentes données officielles. Le gouvernement Legault n’a toujours pas annoncé le « projet pilote » promis pour tenter de les sauver, mais il a accepté cette année de réduire une mesure de protection afin de satisfaire les chasseurs de la région.
Les données fournies au Devoir par le ministère de l’Environnement du Québec indiquent que 22 caribous vivent actuellement en captivité en Gaspésie. La croissance du cheptel en enclos se confirme donc, puisqu’ils étaient seulement 13 lors de leur capture en 2024. « Une femelle et deux faons n’ont pas survécu à la mise bas » cette année, précise toutefois le ministère.
Contrairement aux populations de caribous de Val-d’Or et de Charlevoix, ceux de la Gaspésie, vestige de la dernière population vivant au sud du Saint-Laurent, ne sont pas tous en captivité. Il y aurait à peine 14 bêtes « en nature », selon les plus récentes données. Il s’agit d’un « décompte minimal », mais la chute de la population est claire depuis plusieurs années. Ils étaient plus de 200 il y a de cela 40 ans.
Pour éviter leur disparition dans leur habitat naturel, principalement situé dans les limites du parc national de la Gaspésie, le gouvernement Legault avait promis en 2024 la mise en œuvre d’un « projet pilote » de protection. Celui-ci n’a toujours pas vu le jour et aucun échéancier n’a été précisé jusqu’à présent.
« Le caribou forestier, figure emblématique de la forêt boréale, est à la fois un baromètre de la santé de ces écosystèmes et une espèce parapluie dont la conservation de l’habitat bénéficie à de nombreuses autres espèces », soulignait le document rendu public en avril 2024 par l’ancien ministre de l’Environnement Benoit Charette, au moment de l’annonce de l’intention du gouvernement de mettre en œuvre un « projet pilote ».
Cette annonce était survenue dans la foulée de la volonté du gouvernement fédéral d’imposer un « décret » afin de protéger certaines populations de caribous du Québec, comme le permet la Loi sur les espèces en péril. Cette option a depuis disparu à Ottawa.
Bergers pour caribous ?
En attendant la mise en place de mesures pour tenter de préserver les cervidés, le gouvernement Legault a décidé de revoir à la baisse la fermeture de chemins forestiers dans leur habitat essentiel, même s’il reconnaît que cette mesure doit être une priorité pour éviter leur extinction.
Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) avait prévu de fermer un total de 549 km de chemins forestiers situés dans la « zone d’habitat en restauration » (ZHR) du caribou, qui comprend l’habitat essentiel à la survie et au rétablissement de cette population.
Ce sont plutôt 224 km de chemins forestiers qui seront fermés « d’ici la fin de l’été 2026 », au lieu des 549 km prévus initialement. Selon les données fournies par le ministère, ces 224 km, situés essentiellement sur le territoire de la réserve faunique des Chic-Chocs, représentent à peine 2,4 % des 9147 km de chemins forestiers qui existent à l’heure actuelle dans la ZHR. Cette décision a été prise afin de répondre aux « préoccupations » des chasseurs qui utilisent les terres publiques, soutenus par les élus locaux.
La MRC La Haute-Gaspésie s’oppose par ailleurs au « projet pilote » évoqué par le gouvernement et suggère plutôt la création d’un grand enclos et le recrutement de « bergers » pour surveiller les bêtes.
Même si le caribou est reconnu pour sa grande vulnérabilité au dérangement, les élus proposent aussi d’« expérimenter une nouvelle approche où l’animal est graduellement exposé à la présence humaine, dans l’objectif de renforcer sa résilience et sa capacité à cohabiter avec certaines formes d’activités anthropiques ».
Mortalités dans Charlevoix
Deux caribous sont par ailleurs décédés au cours des derniers mois dans l’enclos de Charlevoix, que le gouvernement compte agrandir en raison de la croissance du cheptel. Un total de 16 bêtes avait été capturé en 2022, soit la totalité des animaux qui subsistaient encore en liberté. Leur nombre est passé à 39 cette année, mais deux adultes sont décédés, dont une femelle « des suites de blessures infligées par un mâle en rut ».
À Val-d’Or, la première population de caribous à avoir été condamnée à la captivité au Québec, la situation demeure critique. « La population est actuellement composée de sept caribous forestiers, soit deux mâles adultes, quatre femelles adultes et un faon mâle », indique le ministère de l’Environnement.
Si ces populations isolées de caribous forestiers sont toutes au seuil de la disparition, elles ne sont pas les seules à être menacées au Québec. Selon une étude scientifique publiée l’an dernier, 11 des 13 populations de la province sont aujourd’hui à « risque » de disparition en raison des coupes menées sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés de terres publiques.


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