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Une quarantaine de personnes se sont réunies lundi soir à l’Union Centre pour entendre les candidats à la mairie de Winnipeg débattre de l’avenir du transport en commun. Dans la salle, la majorité des spectateurs étaient venus appuyer leur candidat favori lors de cette soirée organisée par la section locale 1505 du Syndicat uni du transport (ATU). Quatre des prétendants à la mairie manquaient à l'appel : le maire sortant, Scott Gillingham, ainsi que Zachary Uminski, Tracey Drexler et Gagandeep Bawa.
À la table des candidats, chacun semblait avoir peaufiné son personnage, incarné à la perfection. Johnny Calderon, veste de cuir, chemise largement ouverte, tatouages bien en vue et longs cheveux ondulés sur les épaules, avait aligné devant son microphone une petite armée de figurines de Jésus. À chacune de ses interventions, les rires fusaient dans la salle, y compris chez ses adversaires.
À quelques sièges de là, Umar Hayat arborait un chandail à l’effigie d’Irvine Jubal Fraser, le chauffeur de Winnipeg Transit mort en 2017 après avoir été agressé dans son autobus.
Le candidat a fait de ce drame l’un des symboles de son discours. Les boucliers actuels en plastique et en acier laissent encore place à la peur, a-t-il soutenu. Il propose plutôt d'installer une véritable cabine blindée pour protéger les conducteurs.
La sécurité des chauffeurs au cœur des échanges
Johnny Calderon a ouvert la soirée en expliquant qu’il ne cherchait pas la confrontation sur cet enjeu. Je ne comprends pas pourquoi on appelle ça un débat, car je ne vais pas débattre de la sécurité ou de l’accessibilité, a-t-il lancé en riant.
Fidèle à son style imagé, il a ensuite comparé le réseau actuel à un mauvais plat au restaurant : 80 % des gens détestent le nouveau réseau. Si 80 % des clients d’un restaurant détestaient un burger, on le retirerait du menu.
Derrière les styles et les formules, une interrogation de fond a dominé les échanges : comment assurer la sécurité du personnel et des usagers à bord des autobus?
Noah Redden préconise la création d'une équipe de sécurité permanente jumelant policiers et travailleurs sociaux. Les premiers interviendraient en cas d'incidents violents, tandis que les seconds prendraient en charge les situations liées à la santé mentale ou aux surdoses.
Mazhar Alam souhaite lui aussi combiner protection physique et intervention sociale. Il propose des parois entièrement hermétiques pour les chauffeurs ainsi que des équipes d'intervention non violente formées à la désescalade de crise.

La sécurité des chauffeurs a dominé les échanges lors de ce débat organisé par le Syndicat uni du transport (ATU), alors que plusieurs candidats réclament l’installation de cabines de protection fermées dans les autobus.
Photo : Radio-Canada / Ron Dhaliwal
Pour Brad Gross, la sécurité passe notamment par la surveillance des abribus. Il compte y installer des caméras et permettre à des agents prêts à intervenir au moindre comportement suspect. Si vous n’êtes pas là pour les bonnes raisons, vous partez. Si vous ne payez pas votre passage, vous ne montez pas dans l'autobus, a-t-il tranché.
Michael Vogiatzakis suggère quant à lui d'embaucher d'anciens policiers retraités souhaitant reprendre du service. Il entend équiper les abribus de caméras, d’éclairage et de boutons d’urgence. Je veux instaurer une carte d’accès obligatoire à balayer pour monter à bord. Pas une pièce d'identité numérique, mais un mécanisme de contrôle calqué sur celui de la régie des alcools, qui a fait chuter la criminalité de 99 %, dit-il.
Joshua Pagdato a pour sa part témoigné d'un drame familial, racontant que son filleul avait été blessé lors d’une altercation dans un autobus. Je ne demande pas aux chauffeurs d’intervenir physiquement dans des altercations dangereuses, a-t-il précisé. Il réclame un protocole d’urgence permettant au chauffeur de se retrancher en sécurité tout en alertant le centre de contrôle et la police : Mon filleul n’aurait jamais dû se retrouver dans cette situation, et aucun autre enfant ne devrait vivre cela.
Faut-il changer le réseau actuel ?
Les modifications récemment apportées aux circuits d’autobus ont également animé les discussions, plusieurs candidats s’engageant à revoir la copie de la Ville.
Don Woodstock, lui-même ancien chauffeur, reproche à l’administration municipale d'avoir imposé des trajets difficiles à assimiler pour les personnes aînées. Il réclame un retour à des parcours simples et connus. La direction a mis cela en place au milieu de l’hiver. Si elle avait posé la question à un seul chauffeur, on lui aurait dit de ne pas changer les routes en hiver, a-t-il soutenu.

Les candidats ont également débattu de l’accessibilité du réseau, notamment du déneigement des arrêts et de l’avenir du service Transit Plus.
Photo : Radio-Canada / Ron Dhaliwal
Umar Hayat s’engage à rétablir les anciens trajets dès le 29 octobre, tandis que Michael Vogiatzakis promet un plan de transition vers les anciens tracés dans les 30 premiers jours de son mandat : Les citoyens ont tranché : ils n’aiment pas ces nouveaux trajets et exigent qu’ils soient modifiés, a-t-il déclaré.
Kevin Klein privilégie une démarche graduelle. Selon lui, le réseau ne peut être démantelé du jour au lendemain. Il préconise de corriger les ratés actuels tout en négociant avec la province un retour au financement conjoint à parts égales des coûts d’exploitation.
L’accessibilité, autre point de convergence
L’accessibilité était aussi un autre terrain de rapprochement parmi les candidats. Le déneigement des arrêts, l'embarquement des personnes à mobilité réduite et le service adapté Transit Plus ont fait l'objet de propositions convergentes.
Noah Redden souhaite rapatrier la gestion de Transit Plus dans le giron municipal. Kevin Klein propose lui aussi de revoir la gestion du service, estimant que la privatisation a placé le profit avant la qualité du service.
Brad Gross a soumis une idée plus singulière : installer des systèmes de chauffage sous certains trottoirs et aux arrêts stratégiques afin de faire fondre la neige et de réduire les risques de chute. Cela se fait depuis des années dans certaines villes du Michigan. La neige fond dès qu'elle touche le sol, ce qui empêche la formation de glace, protège nos aînés et réduit les dépenses de déneigement, explique-t-il.
Pour Johnny Calderon, le déblaiement des arrêts d’autobus doit bénéficier du même niveau de priorité que celui des grandes artères. Il suggère aussi des navettes directes entre les résidences pour aînés et les centres hospitaliers : Nos aînés ne devraient pas risquer une fracture de la hanche simplement pour monter dans un autobus.
À l’Union Centre, chacun a livré son style et sa vision. Mais au-delà des figurines religieuses, des chandails commémoratifs et des promesses de cabines blindées, le constat s'impose : aux yeux des aspirants maires, Winnipeg Transit ne peut plus poursuivre sur sa lancée.


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