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Les belles-sœurs sur scène en yiddish

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La pièce Les belles-sœurs est présentée, à Montréal, en yiddish – avec des surtitres en français et en anglais – pour la première fois en plus de 30 ans. La pièce de Michel Tremblay est ancrée dans une réalité à part. Mais cette histoire, finalement universelle de femmes opprimées, permet aux comédiennes de se réapproprier une langue et une histoire.

Traduite en yiddish en 1992 par Goldie Morgentaler, Les belles-sœurs a été depuis lue dans cette langue née dans la communauté juive ashkénaze d’Europe de l’Est, mais la pièce n’avait pas été rejouée.

Le Centre Segal des arts de la scène, situé dans le quartier Snowdon, a décidé d’y remédier en programmant cette pièce, écrite en 1965, pour 14 représentations.

Les belles-sœurs en 1992, c’était énorme, se rappelle Jodi Lackman, l’une des comédiennes actuellement sur scène.

Michel Tremblay est devenu ami avec Dora Wasserman, qui était la metteuse en scène. Il disait que la traduction en yiddish était sa favorite parmi toutes les langues.

C’est l’histoire de la vie des femmes dans toutes les cultures

Interprétée par des comédiens amateurs en majorité juifs, la pièce intitulée Di Shvegerins est une traduction, et non une transposition dans la communauté juive.

La vie de Rose, de Thérèse ou encore de Germaine est racontée en yiddish, mais c'est bien le Plateau Mont-Royal ouvrier des années 1960 qui se retrouve sur scène.

Rose et Thérèse sont des femmes coincées, frustrées dans leur vie, et qui subissent toutes sortes d’inégalités au quotidien, explique Maia Cooper, qui incarne la veuve Rose Ouimet. Ce sont des femmes qui souffrent.

C’est l’histoire de la vie des femmes dans toutes les cultures, ajoute-t-elle.

La dimension catholique a également été conservée. Il y a des prières, elles chantent Ave Maria et font le signe de croix, dit Jodi Lackman, qui joue Thérèse Dubuc. On a dû nous enseigner [comment faire le signe de croix]!

Di Shvegerins est également ponctuée de plusieurs mots en joual. À priori éloignés, le yiddish et le joual ont pourtant des points communs.

Ce sont deux langues qui ont évolué en étant parlées, et non par l’écrit, précise Jodi Lackman. Les règles de grammaire en français sont très similaires à celles du yiddish.

Continuer de faire vivre le yiddish à travers le théâtre

Proche de l’allemand, le yiddish s’est développé dans une communauté ashkénaze composée de personnes juives venues de différents pays. Au fil des siècles, le contexte historique a, en effet, poussé les Juifs à migrer à travers l’Europe.

Il y a des mots qui viennent de partout, indique Jodi Lackman. Fotel [qui désigne un fauteuil] vient du mot français "fauteuil".

Selon l’Institut pour la recherche juive YIVO, le yiddish était parlé par un peu plus de 10,5 millions de personnes avant la Deuxième Guerre mondiale. L’Holocauste ayant décimé la population ashkénaze, le nombre de locuteurs est descendu à moins d’un million.

Une femme blonde sourit.

Jodi Lackman interprète Thérèse Dubuc dans la pièce « Di Shvegerins »

Photo : Centre Segal

Aujourd’hui, le yiddish est surtout parlé dans les communautés juives orthodoxes, notamment hassidiques.

C’est tellement une belle langue, c’est comme si elle protégeait une partie de notre histoire et on ne veut pas perdre ça, explique Jodi Lackman. Alors, on essaie d’intéresser du monde qui ne parle pas yiddish à venir voir nos pièces. Il y a quelque chose de magique dans cette langue.

Il y a une longue histoire de théâtre en yiddish, c’est comme ça que les Juifs se divertissaient en temps de persécution. Ça doit absolument perdurer.

Se réapproprier son histoire et sa culture

Née à Montréal, Maia Cooper a grandi sans apprendre le yiddish, à l’exception de certains mots qu’elle entendait prononcés par ses aïeuls sans comprendre, à l’époque, qu’il s’agissait d’une langue à part.

Jouer Les belles-sœurs en yiddish lui permet donc de renouer avec son histoire et de se reconnecter à sa famille.

[Sur scène], je répète des mots que j’ai entendu ma grand-mère, mes tantes et mes oncles utiliser. C’est comme si je revenais à mes racines, souligne-t-elle. Ce sont des mots que j’utilise aujourd’hui avec mes enfants et qu'ils utilisent aussi.

Maia Cooper sourit.

Pour Maia Cooper, jouer en yiddish contribue à perpétuer la transmission de cette langue.

Photo : Centre Segal

Grâce à sa traduction en yiddish, Les belles-sœurs appartient désormais aussi à leur communauté, estiment Jodi Lackman et Maia Cooper.

C’est une de nos pièces maintenant, dit la première.

On s’attache profondément à chaque pièce qu’on joue, car on trouve toujours une façon de se voir dans les histoires qu’on raconte sur scène, complète la seconde.

Jusqu’au 28 juin, Di Shvegerins est à l’affiche du Centre Segal des arts de la scène du dimanche au jeudi.

Avec les informations de Claudia Hébert

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