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Une étude récemment publiée par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) décrit la discrimination que les patients atikamekw disent encore vivre dans le réseau de la santé et des services sociaux de Lanaudière, notamment à l’hôpital de Joliette. Rien pour recréer une relation de confiance avec cette instance.
Dans l'étude de l'IRIS publiée jeudi et intitulée L’accès aux soins de santé et aux services sociaux dans Lanaudière, une partie est consacrée à la perception des Atikamekw du système de soin. Elle révèle que les patients autochtones entretiennent encore et toujours une méfiance profonde à l’égard de l’hôpital de Joliette.
L’IRIS s'appuie sur une vingtaine d'entretiens individuels et un cercle de discussion avec une douzaine d’Atikamekw organisé en 2024. Certains témoignages évoquent des situations que l’institution s'était pourtant engagée à prendre en main.
Des participants au cercle de discussions ont indiqué par exemple que les employés du Centre hospitalier régional de Lanaudière sont depuis longtemps réticents à soigner des patients atikamekw.

Chaque année depuis le décès de Joyce, plusieurs personnes se recueillent en honneur de sa mémoire. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Une personne a évoqué le cas d'un médecin qui se serait exclamé : Ah non, pas eux autres, en voyant arriver des patients autochtones.
Après le décès de Joyce Echaquan sous une pluie d’insultes racistes à l’hôpital de Joliette, des intervenants soulignaient que plusieurs personnes avaient peur de mourir dans l'établissement.
La méfiance est telle que certains participants entendus par les chercheurs de l’IRIS ont des doutes quant aux Atikamekw qui sont décédés des suites de la COVID-19 à l'hôpital de Joliette. Ils pensent que leur décès serait en réalité causé par la négligence ou la maltraitance du personnel hospitalier.
Le cinquième étage de l’hôpital est surnommé le "couloir de la mort" par certain·e·s Atikamekw parce que des personnes autochtones y seraient décédées de manière suspecte, peut-on lire dans le rapport.
Cette situation pousserait plusieurs Autochtones à se rendre dans des établissements de santé parfois plus loin de leurs communautés.

Une clinique mobile a été créée pour répondre aux besoins des Atikamekw. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Simon Filiatrault
Toutefois, d’après plusieurs participant·e·s au cercle de discussion, après le décès de Joyce Echaquan, l’attitude des employé·e·s de l’hôpital s’est améliorée : le personnel semblait "marcher sur des œufs" et traitait les personnes autochtones avec plus d’égards. Cependant, les employé·e·s seraient maintenant revenu·e·s à leur attitude antérieure, mentionne le rapport.
Par ailleurs, la barrière de la langue reste présente. Selon Statistique Canada, l’atikamekw est la seule langue autochtone dont l’utilisation a augmenté entre 2016 et 2021. On compte plus de 6000 locuteurs sur un ensemble de 8400 personnes.
La langue est donc une question importante, particulièrement en santé. Certaines personnes hésitent ainsi à s’exprimer en français, ce qui a pour conséquence de nuire à la bonne compréhension des leurs besoins par le personnel médical.
Certains mots sont difficiles ou impossibles à traduire de l’atikamekw au français ou inversement. Les personnes concernées sont alors portées à utiliser le langage non verbal pour se faire comprendre, notamment en faisant des gestes ou en pointant l’endroit où leur douleur se trouve, explique le rapport.

Les centres d'amitié autochtone peuvent jouer un rôle dans la reconstruction de la confiance des Premières Nations envers le système de santé du Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Après le décès de Joyce Echaquan, la direction de l’hôpital a mis en place plusieurs mesures pour rassurer les patients autochtones. Deux agents de sécurisation culturelle ont par exemple été mis à leur disposition. Mais les personnes interrogées dans le cadre de l’étude de l’IRIS estiment que ce nombre est insuffisant.
Le rapport souligne par ailleurs l’initiative du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière, qui a créé une clinique de proximité baptisée Mirerimowin offrant des services dans un espace sécurisant pour les Autochtones.
Cette initiative a été prise quelques semaines seulement après le décès de Joyce Echaquan.
Un autre projet du genre s’est ajouté à l’été 2024, avec la clinique mobile Mikinakw, dont l’objectif est d’offrir des services gratuits de santé holistique aux Autochtones.


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