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Le défunt programme fédéral « 2 milliards d’arbres » lancé en 2020 a beau avoir été arrêté à mi-chemin par le premier ministre Mark Carney, le gouvernement sera loin d’économiser la moitié du budget initial.
Le programme de plantation, désormais deux fois moins ambitieux, reviendra tout de même à une facture totale de 2,3 milliards de dollars jusqu’en 2031, montrent des documents gouvernementaux déposés auprès d’un comité parlementaire, et obtenus par Le Devoir.
Cela signifie que moins d’un milliard de dollars (860 millions) doivent être retournés au cadre budgétaire fédéral, sur les 3,16 milliards initialement prévus pour planter tous ces arbres. L’essentiel des dépenses encore prévues consiste à honorer les ententes déjà conclues avec les partenaires.
Selon l’ambition révisée du programme en 2025, le maintien de ces ententes doit maintenant permettre de mettre en terre environ un milliard d’arbres jusqu’en 2031. C’est exactement la moitié de la promesse formulée par Justin Trudeau à la militante écologiste Greta Thunberg lors de son passage à Montréal, en 2019.
Plus cher de l’arbre
Ottawa n’est simplement jamais arrivé à réaliser son plan de ne débourser, en moyenne, que 1,58 $ par arbre, tout en passant le reste de la facture à des partenaires locaux disposés à respecter ses strictes conditions.
Les dernières projections des coûts montrent que chaque arbre aura coûté bien davantage, soit environ 2,40 $, si l’on soustrait du calcul les 54 millions d’arbres ajoutés sans explication au bilan de manière rétroactive et qui ont été payés par un autre portefeuille.
Le Devoir a aussi révélé que le programme 2 milliards d’arbres avait dépensé 110 $ par arbre dans un contrat prévoyant la plantation de 10 000 arbres urbains à Joliette, au Québec. Ce rythme de dépenses était à l’évidence insoutenable pour le budget imparti au programme.
En 2024, Ottawa s’est finalement entendu avec Québec pour la plantation de 110 millions d’arbres sur sept ans, pour lesquels chaque gouvernement paiera 2,20 $ l’arbre. Le fédéral a du coup assoupli ses critères pour permettre la récolte de ces arbres, à long terme.
« Compte tenu de la portée nationale du programme et de son évolution au fil du temps, les comparaisons fondées uniquement sur le coût moyen par arbre ne reflètent pas les réalités opérationnelles liées à la mise en œuvre d’un programme de cette envergure », a déclaré la porte-parole de Ressources naturelles Canada, Maria Ladouceur.
Planification inadéquate
Le ministère évoque bien quelques pistes pour expliquer l’explosion du coût moyen de l’arbre planté, comme « les phénomènes météorologiques extrêmes », c’est-à-dire la sécheresse ou les feux de forêt, par exemple, ainsi que « l’inflation et le contexte économique » qui rendent tout projet de plantation plus cher.
Ottawa a systématiquement raté ses cibles de plantation chaque année depuis le lancement du programme. Confronté à certaines incohérences financières, le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, avait bel et bien confié au Devoir que le financement du programme nommé 2 milliards d’arbres n’arriverait jamais à planter deux milliards d’arbres, malgré ce que dit son nom.
« Clairement, le budget qui est en place n’aurait pas permis d’atteindre deux milliards d’arbres selon ces coûts-là. […] C’était du jovialisme vert », critique le député du Bloc québécois Patrick Bonin, aussi vice-président du Comité permanent de l’environnement et du développement durable.
Marc-André Viau, directeur chez Équiterre, espère que le gouvernement tirera des leçons de bonne gestion de cette expérience. « Mais c’est difficile d’évaluer ce que vaut la nature », convient-il. En général, la reforestation apporte de nombreux bénéfices variés qui vont au-delà de la simple lutte contre les changements climatiques.
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