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Les 250 ans des États-Unis divisent plutôt qu’ils unissent

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Avec un spectacle d’arts martiaux mixtes de l’Ultimate Fighting Championship (UFC) présenté dimanche sur la pelouse de la Maison-Blanche et intitulé UFC Freedom 250, Donald Trump a décidé de donner le ton des célébrations du 250e anniversaire de naissance des États-Unis — tout en soulignant au passage le jour de sa propre naissance, il y a 80 ans.

Couplé à l’apparition de son visage sur une pièce d’or commémorative marquant les 250 ans de l’indépendance du pays, à son portrait inséré dans une série spéciale de passeports américains commémoratifs, à la construction d’un arc de triomphe des États-Unis sur l’île Columbia à Washington (surnommé l’« arc de Trump » par plusieurs médias) et à une course automobile au cœur de la capitale américaine en août baptisée « Freedom 250 Grand Prix », l’événement sportif de dimanche vient ainsi confirmer la volonté du président de faire de l’anniversaire de la fondation des États-Unis non pas une célébration de la démocratie, mais plutôt une glorification de sa propre personne et de ses propres passions.

Ce détournement de commémoration est certes salué par ses plus fidèles partisans, mais il est loin de cultiver l’esprit d’unité et de fierté nationale qui accompagne d’ordinaire les centenaires et demi-centenaires de la création d’un pays. Il vient surtout creuser les sillons de divisions dont le président américain est devenu le plus grand promoteur.

« Nous avons manqué une occasion en or de célébrer ce qu’il y a de plus grand aux États-Unis : la démocratie et la diversité. Pas la boxe en cage, les courses automobiles et le culte des héros », résume en entrevue au Devoir l’historien américain Harold Holzer, directeur de l’institut de politique publique Roosevelt House du Hunter College de New York et ex-président de la Commission du bicentenaire d’Abraham Lincoln. « Les projets actuels pour les célébrations du 4 juillet sont tout simplement inappropriés, vulgaires et deviennent une nouvelle source de division », affirme-t-il

Ce qui devait d’abord être un appel à l’union et aux célébrations est dans plusieurs cas devenu un appel au rejet et aux contestations.

Entre la fin mai et le début juin, plus d’une douzaine d’artistes ont ainsi annulé leur participation au lancement de la Great American State Fair (un événement pourtant prévu de longue date, le 24 juin prochain, au National Mall de Washington pour célébrer la naissance des États-Unis) après avoir pris conscience, ont-ils dit, de la nature hautement partisane de la chose. Parmi eux, Martina McBride, les Commodores, le rappeur Young MC, mais aussi Bret Michaels, qui a expliqué par voie de communiqué qu’on lui avait « présenté l’occasion de me produire lors d’un événement apolitique, mais [que] cela s’est avéré trompeur ».

Morris Day et Milli Vanilli leur ont emboîté le pas, forçant le président américain à annuler l’événement pour le remplacer par… un rassemblement politique du mouvement MAGA en son honneur. Même lieu, même jour, même heure.

Samedi dernier, c’est le Public Integrity Project, chien de garde de la démocratie américaine, qui a réclamé aux tribunaux une injonction d’urgence pour empêcher la tenue de combat de l’UFC devant la Maison-Blanche dimanche. Une décision n’a pas encore été rendue.

Le groupe estime qu’il s’agit d’un événement sportif commercial privé « profondément corrompu », déguisé en célébration patriotique, qui enfreint plusieurs lois fédérales. Il souligne entre autres que l’érection de la structure de métal de 28 mètres de haut et de 600 tonnes installées sur la pelouse de la Maison-Blanche pour accueillir l’événement n’a pas reçu l’autorisation du Congrès, pourtant requise, et a été faite sans les études d’impacts environnementaux obligatoires.

Un grotesque prévisible

En créant l’an dernier, par décret présidentiel, sa propre « Task Force 250 », Donald Trump avait lourdement annoncé la couleur des célébrations en cours et à venir. L’entité visait en effet à collecter des fonds auprès d’entreprises et de généreux donateurs pour mettre les cérémonies du 250e au diapason du culte de la personnalité du nouveau président. Elle se place aussi en marge des événements apolitiques orchestrés par America 250, une organisation non partisane créée par le Congrès il y a 10 ans en prévision de cet anniversaire.

« Visiblement, Donald Trump n’a pas opté pour l’approche de conciliation et pour la recherche d’unité de Gerald Ford lors du bicentenaire des États-Unis en 1976 », fait remarquer l’historien Carl Abrams, professeur à l’Université Bob Jones, en Caroline du Sud. On se rappellera que le pays était très divisé à cette époque, après la démission deux ans plus tôt de Richard Nixon dans la foulée du scandale du Watergate.

« Cent ans auparavant, le président Ulysses S. Grant a lui aussi consacré le dernier été de sa présidence au financement et à l’inauguration d’une exposition universelle à Philadelphie pour célébrer le centenaire des États-Unis, ajoute Harold Holzer. Il était alors la personnalité la plus célèbre du pays, mais la célébration portait sur quelque chose d’encore plus grand : l’idéal américain. »

Autre temps, autres mœurs : Donald Trump encaisse la grogne face au style de ces célébrations avec son assurance habituelle, estimant qu’il est en droit de s’y mettre en vedette puisqu’il est « l’attraction numéro un au monde, l’homme qui attire des foules bien plus importantes qu’Elvis à son apogée, et ce, sans guitare », a-t-il écrit en mai dernier sur son réseau social Truth.

Et ce, même si plusieurs voient surtout dans tout ça la « vénération grotesque d’un dictateur », un « faste », une « grandiloquence » qui empêche de célébrer « la liberté, le pluralisme pacifique et l’épanouissement religieux que la séparation de l’Église et de l’État a permis et encouragés », écrivait il y a quelques jours Svante Myrick, président de People for the American Way, dans les pages du quotidien politique The Hill.

« Nous sommes en train d’enterrer l’histoire fondatrice des États-Unis dans une version édulcorée de cette histoire désormais qualifiée d’authentique, déplore M. Holzer. Ce que j’espère, c’est que le 4 juillet, de nombreux Américains vont se souvenir de tout ce que les États-Unis ont accompli en seulement 250 ans et vont surtout s’engager à en accomplir davantage à l’avenir. »

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