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« Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la fois par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre. Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. (…) Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs. » (Léon XIV, le 28 septembre 2026 à Metz).
La dernière journée du voyage apostolique du pape Léon XIV en France, ce lundi 28 septembre 2026, a été consacrée à l'Europe. Pour cela, il s'est rendu à Metz et a été rejoint par le Président de la République Emmanuel Macron. Cela s'est passé au Centre des congrès Robert-Schuman dans le cadre de la rencontre "Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité" en présence de plusieurs chefs d'État et de gouvernement européens.
Dans son discours introductif, Emmanuel Macron a justement évoqué la figure de Robert Schuman, qui pourrait être bientôt béatifié : « Non pas une puissance qui efface les nations, mais une force qui prolonge et augmente leur capacité d'agir et de maîtriser leur destin. Oui, là où l'Europe, durant deux millénaires, avait rêvé l'unité par les empires et les guerres civiles, l'Union Européenne est une invention inédite fondée sur le respect, la paix, l'égalité entre ses États membres. Plus que jamais, cela est essentiel. 75 ans après la déclaration Schuman, le monde a changé, la guerre est revenue sur notre continent et notre Europe est bousculée par le retour des empires. Schuman l'avait écrit, la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. Alors que les dangers ont changé d'ampleur, nos efforts pour la paix doivent être à la hauteur des enjeux. Pour assurer une souveraineté réelle, il nous faut donc agir. ».
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Et d'insister sur l'engagement européen à soutenir l'Ukraine, point de désaccord avec le Vatican : « Agir d'abord pour assurer notre sécurité et préserver nos valeurs, car la paix ne se décrète pas, elle se construit patiemment par des artisans de bonne volonté, lucides et constants. C'est précisément le sens de notre engagement indéfectible aux côtés de l'Ukraine, face à l'agression militaire de la Russie et aux côtés du droit international, en bâtissant une Europe de la défense et de la paix. ».
Le chef de l'État a aussi traité des réseaux sociaux : « La vérité, très Saint-Père, vous l'avez rappelée dans votre encyclique "Magnifica Humanitas", est un bien commun. Le mensonge, lui, change l'adversaire en ennemi, le débat en procès, le doute en trahison et l'algorithme en amplificateur d'émotions négatives. Les écrans nous habituent à vivre côte à côte, certes, mais reclus. Une démocratie ne s'éteint pas seulement sous les obus, elle s'éteint quand le dialogue cesse, quand les existences se délient, quand la solitude s'installe et qu'on ne s'entend plus. Dès 1947, dans "La France contre les robots", Georges Bernanos, que vous évoquiez vendredi à l'Élysée, mettait en garde contre la tentation de soumettre l'homme aux instruments qu'il crée lui-même, au risque que le progrès technique ne devienne une dépossession humaine. Aujourd'hui, l'Europe, la première, a souhaité y répondre en se dotant d'un cadre de régulation. L'innovation doit servir la dignité humaine, non la puissance de quelques-uns. C'est également le sens de la gouvernance mondiale que nous appelons de nos vœux, une technologie qui doit rester un serviteur de l'homme, jamais son maître. Je pense enfin à notre jeunesse, son attention, sa liberté, son jugement doivent être protégés des poisons de l'addiction et de la prédation. Les Évangiles nous rappellent l'attention due aux plus fragiles d'entre nous. Il en va de notre responsabilité collective. C'est pourquoi la France porte ce combat de la majorité numérique en Europe. Agir, oui. ».
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Arrêtons-nous un instant à Georges Bernanos et à son excellent ouvrage prophétique "La France contre les robots". L'écrivain avait anticipé les délocalisations : « Un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu’à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne. ». Il avait anticipé le verbiage des intellos : « L’intellectuel devrait donc nous être, par définition, suspect ? Certainement. Je dis l’intellectuel, l’homme qui se donne lui-même ce titre, en raison des connaissances et des diplômes qu’il possède. Je ne parle évidemment pas du savant, de l’artiste ou de l’écrivain, dont la vocation est de créer, pour lesquels l’intelligence n’est pas une profession, mais une vocation. ». Il avait anticipé la surconsommation de l'information, de la désinformation et des algorithmes : « Les bons esprits s’avilissent, les esprits moyens deviennent imbéciles, et les imbéciles, le crâne bourré à éclater, la matière cérébrale giclant par les yeux et par les oreilles, se jettent les uns sur les autres, en hurlant de rage et d’épouvante. Ne pas comprendre ! Il faudrait un peu plus de cœur que n’en possèdent la plupart des hommes d’aujourd’hui pour ressentir la détresse de ces êtres malheureux auxquels on retire impitoyablement toute chance d’atteindre le petit nombre d’humbles vérités auxquelles ils ont droit, qu’un genre de vie proportionné à leurs modestes capacités leur aurait permis d’atteindre, et qui doivent subir, de la naissance à la mort, la furie des convoitises rivales, déchaînées dans la presse, la radio. Être informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles. ». Il avait anticipé le consumérisme (dans "Le Chemin de la croix-des-âmes") : « Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner. ».
Enfin, Emmanuel Macron a terminé son intervention en remerciant le pape du fond du cœur des Français : « Très Saint-Père, permettez-moi d'achever mes propos puisque c'est la dernière fois que j'ai l'occasion de m'exprimer publiquement devant vous, en vous réexprimant notre gratitude et notre joie. Quatre jours en France. Vous avez senti, je l'espère, une Nation fervente, unie et heureuse. Je vous en remercie infiniment. Et nous avons voulu vous voir heureux aussi. Une formule ashkénaze de la fin du XVIIIe siècle, ensuite reprise par nos amis allemands, pour signifier le bonheur tranquille, dit : heureux comme Dieu en France. Alors nous dirons désormais, en mémoire de ces quatre jours, heureux comme Léon XIV chez nous. Alors merci pour cela. ».
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C'est ensuite au tour de Léon XIV de s'exprimer sur l'unité européenne. Il faut rappeler les deux discours sur l'Europe du pape François, qu'il avait prononcés le 25 novembre 2014 à Strasbourg, devant deux enceintes de l'Europe : le Parlement Européen et le Conseil de l'Europe. François n'avait pas hésité à parler des vrais problèmes : « S’est accrue la méfiance des citoyens vis-à-vis des institutions considérées comme distantes, occupées à établir des règles perçues comme éloignées de la sensibilité des peuples, sinon complètement nuisibles. D’un peu partout, on a l’impression générale de fatigue et de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Par conséquent, les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions. (…) À côté d’une Union Européenne plus grande, il y a aussi un monde plus complexe, et en fort mouvement. Un monde toujours plus interconnecté et globalisé, et donc, de moins en moins eurocentrique. À une Union plus étendue, plus influente, semble cependant s’adjoindre l’image d’une Europe un peu vieillie et comprimée, qui tend à se sentir moins protagoniste dans un contexte qui la regarde souvent avec distance, méfiance, et parfois avec suspicion. (…) Au centre de cet ambitieux projet politique, il y avait la confiance en l’homme, non pas tant comme citoyen, ni comme sujet économique, mais en l’homme comme personne dotée d’une dignité transcendante. » (25 novembre 2014).
Et avant François, Jean-Paul II était venu au Parlement de Strasbourg le 11 octobre 1988 pour parler aussi d'Europe et l'encourager (le mur de Berlin existait encore) : « Depuis la fin de la dernière guerre mondiale, le Saint-Siège n’a pas cessé d’encourager la construction de l’Europe. (…) Aussi, sans sortir de la compétence qui est la sienne, considère-t-elle [l’Église] comme son devoir d’éclairer et d’accompagner les initiatives développées par les peuples qui vont dans le sens des valeurs et des principes qu’elle se doit de proclamer (…). Comment l’Église pourrait-elle se désintéresser de la construction de l’Europe (…) ? L’Europe d’aujourd’hui peut certainement accueillir comme un signe des temps l’état de paix et de coopération définitivement installé entre ses États membres (…). Signe des temps encore, la sensibilité accrue aux droits de l’homme et à la valeur de la démocratie, dont votre Assemblée est l’expression et veut aussi être le garant. » (11 octobre 1988).
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Le discours de Léon XIV, comme toujours, était très construit et s'occupait de l'essentiel. Il a cité Robert Schuman : « On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : "Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien". (…) Loin d’être un critère confessionnel exclusif, la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation. ».
Léon XIV considère que l'Europe, c'est d'abord les valeurs chrétiennes mais en fait universelles (sens du mot catholique) de ce qu'est réellement l'être humain. Et comme il n'a pas sa langue dans sa poche, le pape n'a pas hésité à aborder des sujets qui fâchaient.
L'accueil des réfugiés, par exemple : « L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère. Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux îles Canaries, en Espagne : "La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre". Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié. C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir. ».
Et de citer des paroles de la Déclaration Schuman (le 9 mai 1950 à Paris) : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques. ». Ce qui a conduit le souverain pontife à faire une allusion à la guerre en Ukraine : « Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix. Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. (…) Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir. L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que "toute guerre (…) devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible". L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. ».
En pensant à Donald Trump et Vladimir Poutine, Léon XIV s'est désolé du délabrement des structures internationales : « Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant. ».
En outre, le pape croit surtout aux petites avancées (les réformes), plus sûres que les grands chamboulements (les révolutions) : « Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : "L’Europe, affirmait-il, ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait". Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’avoir "tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié. ».
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Ces messages éminemment politiques ne plairont pas, ou plairont de manière inversement proportionnelle à la ferveur dont le pape est bénéficiaire. Léon XIV a terminé son voyage dans l'après-midi (du lundi 28 septembre 2026) par une messe à la cathédrale Saint-Étienne de Metz, à laquelle a accepté d'assister Emmanuel Macron (au contraire de la messe à la Concorde).
Cela ne a pas empêché Léon de délivrer un message sur les valeurs européennes : « Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger ; le respect des personnes âgées. ».
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Ce furent quatre journées très denses pour le pape qui, au-delà des discours et des proclamations publiques, a passé surtout son temps à écouter beaucoup de personnes, parmi les plus démunies par la vie. Emmanuel Macron a raccompagné le Saint-Père à l'aéroport international Metz-Nancy-Lorraine pour un retour vers Rome.
Sylvain Rakotoarison (28 septembre 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Léon XIV à Metz : vive l'Europe !
Trois discours du pape Léon XIV le 28 septembre 2026 à Metz (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron le 28 septembre 2026 à Metz (texte intégral et vidéo).
Discours du pape Léon XIV le 27 septembre 2026 à l'Accueil Notre-Dame, à Lourdes (texte intégral et vidéo).
Léon XIV à la Concorde : prière de rue !
Quatre discours du pape Léon XIV le 26 septembre 2026 à la Maison Bakhita, à l'Institut catholique de Paris, à la Concorde et à la grotte de Massabielle (texte intégral et vidéo).
Léon XIV à l'Élysée : que Dieu bénisse la France et tous les Français !
Quatre discours du pape Léon XIV le 25 septembre 2026 à l'Élysée, à l'UNESCO, à Notre-Dame et au Stade de France (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron le 25 septembre 2026 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
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Bientôt, le pape Léon XIV en France !
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