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Léon XIV à la Concorde : prière de rue !

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« Cette première visite apostolique du pape Léon XIV en France suscite en effet un enthousiasme et une ferveur à l’ampleur inattendue. Il s’agit moins de "papamania" que du bonheur partagé de vivre un moment de profondeur, de lumière et de paix. Quoi qu’il en soit des évolutions sociologiques du christianisme dans notre pays, le cœur de nos contemporains en France demeure habité par une quête de sens que la proposition chrétienne, sa dimension fraternelle et la beauté de sa liturgie parviennent plus souvent qu’on ne pense à rencontrer. » (Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, le 27 septembre 2026 dans "Atlantico").

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Qui est capable de réunir 800 000 personnes dans cette France d'avant-présidentielle 2027 ? Personne... si ce n'est le pape. Ni Céline Dion, ni un footballeur, ni (quasiment) aucune star du show business n'en sont capables car il ne s'agit pas de star, de mode ou de consommation. Il s'agit simplement de paix, d'espérance et de foi. Pour la deuxième journée de son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV a célébré une messe géante à la Concorde ce samedi 26 septembre 2026.

Je me suis amusé avec mon titre (et je n'étais pas le seul avec cette idée). Oui, samedi a eu lieu une prière de rue, mais à grande échelle ! Sur la plus belle avenue du monde !

J'étais présent. Pas pour dire que j'y étais, ni pour mieux connaître le pape (on pouvait mieux le voir à la télévision, évidemment). Mais pour vivre ce moment exceptionnel, singulier à la fois français et catholique. Je voyais pas loin de moi d'ailleurs un journaliste probablement free-lance qui passait son temps à interviewer des participants. Il portait un tee-shirt blanc avec, pour inscription dans le dos, marquée en gros : fier d'être Français et catholique (sur fond tricolore). J'avoue que je suis effectivement fier d'être Français et fier d'être catholique, mais il ne me viendrait pas à l'esprit de l'afficher de façon aussi ostentatoire. Et la notion de fierté doit aussi se combiner avec celle du mérite.

Sur la manifestation en elle-même, c'est indubitable que cette messe pontificale a mené à bien trois exploits.

Le premier est celui de la sécurité, assurée par l'État français mais payée par l'Église catholique (avec 12 millions d'euros de déficit pour l'instant, d'où l'appel renouvelé aux dons des fidèles). Et l'exploit, c'est que tout s'est bien passé, aucune violence, aucun attentat, rien même de petit qui serait venu troubler la sérénité de la célébration. 800 000 personnes étaient présentes et elles ont prouvé qu'on pouvait être ensemble sans violence, dans une ambiance bon enfant. C'étaient principalement des familles, il y avait beaucoup d'enfants, le pape a même béni les nombreux bébés présentés à lui par des bénévoles, et j'ai observé une majorité de femmes (mais je ne sais pas si cette observation est représentative ni si elle est significative de quelque chose).

Le deuxième exploit, c'est l'organisation. L'Église a toujours été une excellente organisatrice, avec des structures permanentes, anciennes, partout dans le monde. Quiconque a dû vérifier des informations d'état-civil dans un pays sous-administré pourrait s'en rendre compte : l'Église catholique, avec ses registres du baptême, est souvent plus efficace qu'un État pour archiver les informations. Quand je parle d'organisation, cela signifie par exemple que l'eucharistie s'est déroulée convenablement (donner une hostie à 800 000 fidèles est une opération d'autant plus délicate qu'il n'y avait pas d'allée ni de chemin). On peut aussi évoquer les toilettes (au dimensionnement tel qu'il n'y avait pratiquement jamais d'attente). Livret de messe pour chacun, même un drapeau du Vatican, et évidemment, l'organisation des zones pour circuler dans Paris (il était impossible de traverser les Champs-Élysées, même à pied).

J'en viens au troisième exploit, le plus visible, surtout pour ceux qui ne croient pas, un exploit à la fois politique, culturel et cultuel : la messe géante a pu se faire en plein cœur de Paris, à la Concorde (place symbolique de l'histoire de France), avec l'avenue des Champs-Élysées, la place de l'Étoile et l'avenue de la Grande Armée qui ont été mobilisées, car remplies de tous les fidèles. Oui, c'est vrai, cela a bousculé un peu les habitudes de Parisiens, mais après tout, ce n'est pas l'unique fois où l'on bouscule les Parisiens pour des manifestations à grande échelle : le Bicentenaire de la Révolution a mobilisé les mêmes avenues le 14 juillet 1989, le marathon de Paris assèche chaque année les Champs-Élysées de son flot de voitures polluantes, la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques il y a deux ans a aussi bousculé la géographie parisienne pendant quelques heures.
 

On pourrait certes se poser la question : pourquoi la messe à la Concorde ? S'il y avait de nombreux écrans géants et des hauts-parleurs qui ont permis de suivre la célébration et de communier ensemble, l'autel était peu visible et par une ultra-minorité de fidèles puisque les arbres et bâtiments cachaient la place centrale (imaginez un fidèle à l'avenue de la Grande Armée). D'autres lieux parisiens pouvaient au contraire paraître plus opportuns pour une messe géante, en particulier l'esplanade des Invalides (comme pour la messe célébrée par Benoît XVI le 13 septembre 2008), ou alors Longchamp (Jean-Paul II aux JMJ le 24 août 1997), ou encore le Champ de Mars ou la pelouse de Reuilly, etc.

Ma réflexion, c'est que le choix de la Concorde était aussi politique, c'était un défi du XXIe siècle de tenir une messe géante au cœur des institutions françaises. L'idée n'était pas de troubler la laïcité, le Vatican connaît très bien la très grande sensibilité des Français à ce sujet et dans son premier discours, à l'Élysée la veille, Léon XIV a montré qu'il connaissait parfaitement cette sensibilité, mais de montrer que l'Église catholique représente encore quelque chose en France, et que son objectif n'est pas d'influencer sur les décisions démocratiques, mais quand même de contribuer utilement au débat public (en particulier sur les relations internationales et aussi sur l'euthanasie).

Malgré les apparences (trompeuses), l'Église n'est pas l'empire romain avec son empereur qui saluerait la foule du haut de son piédestal. Léon XIV, comme la plupart des papes, cultive avant tout l'humilité. Et il se distingue aussi par son sourire, parfois hésitant mais toujours sincère.

Dans une interview accordée le 27 septembre 2026 à "Atlantico", Mgr Matthieu Rougé, l'évêque de Nanterre, a insisté sur ce sourire bienveillant : « Je ne crois pas que le pape aspire à devenir une "star planétaire". Le monde découvre cependant peu à peu un homme profondément libre dans son service de la paix du Christ, pour reprendre les toutes premières paroles de son pontificat lors de son apparition à la loggia de la basilique Saint-Pierre. Le premier message de Léon XIV, c’est sa manière d’être, la force de sa douceur et la douceur de sa force, qui se manifeste dans son regard, dans le ton de sa voix, dans sa manière d’être toujours ferme sur le fond et paisible dans le ton. ».

Il est probable que, quelle que soit la personnalité du pape, les 800 000 fidèles seraient venus au rendez-vous, car ce pape qui ne s'est installé qu'il y a dix-huit mois, leur est encore peu connu. Mais justement, cette ferveur dont l'ampleur est vraiment inattendue, signe d'un véritable fait de société, oblige Léon XIV, l'oblige à être à la hauteur des espérances qu'il suscite, et ce n'est pas facile du tout, bien sûr. La barre est haute.

Ce qui était aussi remarquable, c'est la joie du pape. Devant les signes permanents de sympathie venant de la foule, Léon XIV savourait cette ferveur, il ne cachait pas sa joie, il en redemandait même, il se prêtait au jeu, simplement, humblement.

C'est ce côté de la personnalité qui peut tromper. Car sur le plan politique et sociétal, il est ferme. Il a délivré plusieurs messages très fermes (notamment sur la paix dans le monde et sur l'intelligence artificielle), qui montre qu'il a une colonne vertébrale très solide. L'air de rien.

La messe de la Concorde a été très émouvante à bien des égards. J'ai vu des milliers de personnes passer devant moi pour trouver un emplacement. Juste un trottoir, pas de siège, pas de visibilité très forte, et quelques commerçants qui proposaient café ou pizza ! À regarder ces visages qui défilaient sous mes yeux, tous très différents, mais réunis dans une communion uniforme, je me disais que c'était cela que le pape voulait, devait incarner : la diversité de l'humanité, la diversité de la communauté catholique. Sa diversité et son unité (c'est la devise de l'Europe et si le pape parlera d'Europe ce lundi à Metz, ce ne sera pas un hasard). L'émotion, c'est cette attente, parfois de cinq ou six heures, debout ou assis par terre, sans protestation, dans la joie et la bonne humeur. Des enfants qui jouaient au ballon, des adolescents qui discutaient et riaient...

L'émotion, c'est aussi le geste de paix. Pour moi, au-delà de l'eucharistie, c'est le moment principal d'une messe, celui qui incarne le mieux la communion de tous les participants. Au nom de la paix, chaque fidèle est invité à faire un geste amical aux personnes qui sont autour de lui, cela se concrétise souvent par une poignée de main, mais pas "électorale", plus sincère, et pendant la crise du covid (pas de contact), c'était un petit signe de paix les mains jointes avec croisement des regards. Je me disais aussi : dans la tribune officielle, il y avait notamment Brigitte Macron (Emmanuel Macron n'a pas osé y participer), Nicolas Sarkozy, Yaël Braun-Pivet, Gérard Larcher et Sébastien Lecornu, mais aussi Dominique de Villepin, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin, Valérie Pécresse, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Michel Barnier, Bruno Retailleau, Éric Zemmour, Marine Le Pen, Jordan Bardella, etc. Je me demandais comment se faisait le geste de paix dans cet environnement, ces personnalités politiques se sont-elle prêtées au jeu ou sont-elles restées passives, immobiles ?

Au début de son homélie (qu'on peut réentendre ici), Léon XIV a remercié les fidèles de leur présence et a encouragé chacun d'eux à faire rayonner sa foi : « Je remercie Dieu de la grâce qui m’est offerte de me trouver ici, sur cette place de la Concorde, pour célébrer l’Eucharistie. Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble, afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ. (…) Vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle. (…) De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit Saint se répande sur toute la France. Je pense à vous, chères familles, qui, malgré les multiples difficultés que vous affrontez au quotidien, persévérez courageusement dans votre mission. Je vous remercie du fond du cœur pour tout le bien qui se réalise à travers vous : que Jésus soit toujours concrètement présent au milieu de vous. ».

L'homélie tournait autour de la soif, et de l'eau qui est l'Esprit Saint. Le pape a critiqué la société d'ultra-consommation en ces termes : « Force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous “divertir” afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur ! ».

D'où le conseil de se poser les bonnes questions : « Quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide ? ».

La réponse par la foi : « L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur. (…) Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable. ». On retrouve la diversité dans l'unité.

Le seul petit regret que j'ai eu pour cette messe, c'est qu'après la bénédiction finale, Léon XIV n'ait pas eu quelques mots amicaux du genre : bonne fin de week-end ou bon dimanche, comme cela se passe ordinairement dans les messes ordinaires. Mais difficile de faire de l'ordinaire quand 800 000 participants sont présents ! (Et chapeau aux chanteurs et musiciens, beaucoup de trompettes !, et parmi les chanteurs, des solistes qui ne semblaient pas impressionnés de chanter devant 800 000 personnes, mieux que l'Olympia ou le Zénith !).

Après la messe à la Concorde, Léon XIV a repris l'avion (il quittait définitivement Paris) pour le sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes. Mais avant de l'évoquer, je souhaite évoquer d'abord les deux interventions papales de la matinée, d'avant la messe.

Sa première visite du samedi fut pour la Maison Bakhita, du nom de la sainte Joséphine Bakhita (1869-1947), ancienne esclave née au Darfour, dans le Soudan, devenue religieuse. Rien que le choix de cette visite était très politique, puisque cet établissement (actuellement présidé par la polytechnicienne Anne Chopinet), créé en 2018 par le diocèse de Paris et opérationnel en 2021, accueille les personnes exilées en grande difficulté grâce à l'aide de nombreux bénévoles. Elle est la réponse concrète à cet extrait du Lévitique (chapitre 19, verset 34) : « Si un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l'opprimerez point. Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte. ». On comprend bien sûr l'importance symbolique de cette courte visite, d'autant plus que cette initiative du diocèse de Paris venait après l'appel du pape François le 21 février 2017 « d’accueillir, protéger, promouvoir et intégrer » toute personne migrante, et qu’il s’agit « d’un devoir de justice, de civilisation et de solidarité ».
 

Après avoir écouté trois témoignages et échangé avec ces témoins, Léon XIV a pris la parole sur le thème de la vulnérabilité. Dès le début du discours, il a fait de l'anti-Trump : « L’histoire de l’Église et de l’humanité, à y regarder de plus près, n’est pas écrite par ceux qui donnent l’impression de vaincre en s’imposant et en occupant l’espace, mais par ceux qui "font de la place », instaurent des processus de paix, suscitent la confiance et encouragent la vie. Il ne s’agit pas de simples sentiments, mais de décisions et d’engagements à contre-courant, dont nous comprenons de mieux en mieux l’importance publique et la promesse d’avenir. Sainte Bakhita nous invite à voir ceux qui sont invisibles, à libérer ceux que l’économie et la culture réduisent aujourd’hui en esclavage, à honorer la dignité infinie de chaque frère et sœur, en qui Jésus lui-même vient frapper à notre porte. ».

Et d'évoquer la pauvreté : « La réalité est que, pour les chrétiens, les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique, mais la chair même du Christ. En effet, il ne suffit pas d’énoncer de manière générale la doctrine de l’incarnation de Dieu. Pour entrer véritablement dans ce mystère, il faut préciser que le Seigneur s’est fait chair, qu’il a faim, qu’il a soif, qu’il est malade et emprisonné. Le Christ pauvre et crucifié se laisse encore rencontrer et aimer à travers ces hommes et ces femmes qui nous appellent à sortir de nous-mêmes et à oser la charité. Frères et sœurs, l’intuition la plus importante qui inspire votre engagement concerne l’échange de dons qui se renouvelle à chaque rencontre. Personne n’est si pauvre qu’il n’ait rien à donner ; personne n’est si riche qu’il n’ait rien à recevoir. Il n’y a de vie en abondance que là où la limite de chacun s’ouvre à la présence mystérieuse des autres, en qui c’est l’Autre par excellence, le Dieu de la vie, qui se fait proche. Cela ne nie pas la souffrance que le péché a introduite dans l’histoire, mais cela nous aide à ne pas en rester prisonniers. Nous annonçons que la rédemption est possible, qu’elle a commencé, qu’elle est en cours et qu’elle nous concerne, en tant que membres vivants du Corps du Christ. Et n’oublions pas que l’œil ne peut pas dire à la main : “Je n’ai pas besoin de toi” ; la tête ne peut pas dire aux pieds : “Je n’ai pas besoin de vous”. ».

Ensuite, le pape Léon XIV s'est rendu à l'Institut catholique de Paris pour y rencontrer principalement les catéchumènes, c'est-à-dire des personnes adultes en préparation pour se faire baptiser dans la communauté chrétienne. C'est sans doute l'origine de ce voyage apostolique du pape en France : le Vatican regarde de très près la tendance depuis plusieurs années : il y a de plus en plus de demandes de baptêmes, en particulier d'adultes qui n'ont pas été baptisés, et il y a aussi de plus en plus de vocations sacerdotales. Ce mouvement est perceptible, peut-être pas durable et pas encore vraiment expliqué si ce n'est un besoin de transcendance que la société de consommation et l'argent roi empêchent.
 

C'est donc pour Léon XIV une visite cruciale, d'aller à la rencontre de ceux qui découvrent ou redécouvrent la foi : « Il peut sembler paradoxal que ce phénomène de tant de personnes redécouvrant l’Évangile et embrassant la foi, se situe dans le contexte d’une société comme la société française, marquée par une culture fortement sécularisée. Votre expérience et votre témoignage, chers catéchumènes et néophytes, sont le signe tangible de l’œuvre de la grâce de Dieu, qui dépasse les analyses chiffrées et sociologiques. Ce phénomène qui vient contredire toute attitude défaitiste, ce que le pape François appelait le “pessimisme stérile”, doit être accueilli dans un esprit de responsabilité. Nous sommes en effet appelés à nous tourner vers nos frères et sœurs, en redécouvrant le style propre à Dieu, fait de proximité, de compassion et de tendresse. Avec une tendresse pastorale et une charité fraternelle, nous devons reconnaître, accueillir et préserver la petite flamme que le Saint-Esprit a allumée dans l’obscurité de la nuit, la petite graine qui aspire à grandir même au milieu des épines et des ronces. ».

Et de poursuive : « L’étonnement devant ce qui arrive à tant de nos frères et sœurs ne doit pas nous enfermer dans une béatitude naïve. Au contraire, nous devons nous engager à rechercher, à nous poser des questions et à entreprendre des actions pastorales concrètes. (…) Être “en état d’initiation” c’est accueillir les nouveaux chercheurs de Dieu en y découvrant une opportunité et une mission. L’opportunité est que, grâce à eux, la communauté des croyants renouvelle, elle aussi, son cheminement de foi et découvre de manière nouvelle la joie de l’Évangile. La mission, quant à elle, consiste à prendre soin d’eux et à leur servir de guides, même après qu’ils ont reçu les sacrements. Il convient d’accueillir avec joie ceux qui se présentent, partir de leur expérience spirituelle, respecter leur histoire et favoriser une annonce essentielle du kérygme, notamment à travers les formules connues dans le parcours personnel ou communautaire. N’oublions pas, cependant, que chez bon nombre de ces personnes surgit ensuite la question que nous avons entendue dans le témoignage de Marielle : comment éviter le “vide” post-baptismal ? Il est donc essentiel d’accompagner et d’intégrer pleinement ces personnes dans nos communautés et dans nos assemblées de prière après leur baptême, en leur offrant un espace familial et une formation aussi intégrale que possible, capable d’englober les différents aspects de la vie chrétienne et de favoriser l’unification de leur foi avec leur vie. ». [Le kérygme est le message central et essentiel de la foi chrétienne, à savoir proclamer la mort et la résurrection de Jésus pour le salut des hommes].

Et comme avec les autres fidèles, Léon XIV a répété son message qui est de faire rayonner sa foi aux autres : « Les nouveaux baptisés ne sont pas seulement appelés à recevoir : leur foi est un trésor qui s’offre à l’Église de France et à l’Église universelle. Je pense à ce qui arriva à l’un des catéchumènes les plus célèbres de l’histoire, saint Augustin. Il fut initié à la foi par saint Ambroise, et sa foi n’était qu’une petite graine lorsqu’il fut baptisé. Mais, cette graine a grandi et s’est multipliée, devenant un arbre si grand que, sous son feuillage, nous pouvons encore aujourd’hui trouver du réconfort. En vous regardant, chers catéchumènes et néophytes, je ne vois pas seulement le fruit de l’Esprit qui vous a mis en chemin, mais aussi une promesse de fécondité pour l’Église en France. À votre tour, soyez des missionnaires de l’Évangile dans cette société ! ».

Je reviens maintenant à Lourdes. Après la messe à la Concorde, Léon XIV s'est donc rendu à Lourdes. Il faut rappeler que ce sanctuaire de l'apparition de la Vierge-Marie est le lieu habituel de l'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France (qui se réunit deux fois par an, au printemps et en automne). On pouvait donc imaginer que la "séquence" à Lourdes serait consacrée exclusivement au recueillement dans la grotte des apparitions et au message que le pape souhaitait délivrer aux évêques de France.

Eh bien, pas du tout ! J'ai déjà dit que ce pape était politique et il l'a démontré une fois de plus, au point que sa petite phrase a fait le tour des réseaux sociaux. En effet, sa première étape, le samedi soir (avant une journée de dimanche complète à Lourdes avec une rencontre avec les évêques, une messe dominicale à la Prairie du sanctuaire, une rencontre avec des religieuses et le départ lundi matin pour Metz), il s'est rendu dans la grotte de Massabielle, où sainte Bernadette a eu les apparitions, pour y prier.
 

Léon XIV semblait très ému dans ces lieux mythiques... mais, de manière inattendue, dans sa prière, il a parlé de l'élection présidentielle de 2027. C'était une prière pour les Français (et les Françaises) : « Nous te prions, Notre-Dame, pour la France dont tu es la Patronne et que tu as durant tant de siècles entourée de ta protection. Obtiens pour son peuple le don de la concorde fraternelle. Qu’il construise une société harmonieuse, bannissant toute violence et toute haine, permettant à chacun de travailler, de fonder sa famille et d’accomplir sa vie jusqu’au bout dans la tranquillité et la sérénité. Que les plus malheureux et les plus pauvres soient toujours soutenus. ».

Ça commençait fort. Et la suite, c'est du politique pur (il adressait sa prière à sainte Bernadette, « humble fille du peuple de France pour délivrer au monde un lumineux message de prière, de conversion et d’espérance ») : « Obtiens pour la France des dirigeants sages et généreux, prêts au sacrifice d’eux-mêmes, capables d’affronter les défis et voulant servir le bien commun. Qu’ils la gardent en paix dans le concert des nations. Qu’ils fassent entendre sa voix pour promouvoir la défense des droits humains fondamentaux, ainsi que la paix dans le monde, rejetant à jamais les logiques de guerre. ».

En discutant avec ma voisine de messe, quelques heures auparavant, je partageais justement l'angoisse du futur politique proche. Elle me disait qu'aucun candidat ne semblait être capable d'apporter de l'espérance, quel que soit son bord politique. N'est pas pape qui veut. Le candidat qui donnera cet espérance sera élu.

Les paroles papale à Lourdes étaient donc fortes (on le sait depuis vendredi qu'il s'exprime avec des messages très forts, courts et directs). Léon XIV pourrait être un idéaliste en souhaitant des dirigeants de France qui fassent le bien commun... de l'humanité, c'est-à-dire du monde entier, mais il sait aussi que la vocation de la France, pays des droits de l'homme, c'est d'exporter ses Lumières. Et la France ne doit pas oublier ce rôle historique.

La prochaine étape très politique de Léon XIV sera à Metz, ce lundi 28 septembre 2026, où il parlera d'Europe.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2026)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Léon XIV à la Concorde : prière de rue !
Quatre discours du pape Léon XIV le 26 septembre 2026 à la Maison Bakhita, à l'Institut catholique de Paris, à la Concorde et à la grotte de Massabielle (texte intégral et vidéo).
Léon XIV à l'Élysée : que Dieu bénisse la France et tous les Français !
Quatre discours du pape Léon XIV le 25 septembre 2026 à l'Élysée, à l'UNESCO, à Notre-Dame et au Stade de France (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron le 25 septembre 2026 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
Sœur Courage a 100 ans !
Bientôt, le pape Léon XIV en France !
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Mgr Albert Decourtray.
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Lucile Randon (Sœur André).
François : les 10 ans de pontificat du pape du bout du monde.
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Le testament de Benoît XVI.
Célébration des obsèques du pape émérite Benoît XVI le 5 janvier 2023 (vidéo).
L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
Sainte Jeanne d'Arc.
Sainte Thérèse de Lisieux.
Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
L’Église de Benoît XVI.
Saint François de Sales.
Le pape François et les étiquettes.
Saint Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
La vérité nous rendra libres.
Il est venu parmi les siens...
Pourquoi m’as-tu abandonné ?
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Le ralliement des catholiques français à la République.
L’abbé Bernard Remy.

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