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Le pianiste américain Gary Graffman est décédé samedi à l’âge de 97 ans. Son nom est indissociable de celui du Curtis Institute de Philadelphie, où il avait été admis comme enfant prodige à l’âge de 7 ans en 1936, où il enseigna à partir de 1980 et dont il fut directeur puis président. Graffman y a formé d’illustres solistes, dont Lang Lang et Yuja Wang.
« Je n’ai jamais rencontré un pianiste aussi doué pour le phrasé que Gary Graffman. Mais Gary Graffman n’est pas seulement un grand pianiste, c’est un être humain merveilleux, le meilleur professeur au monde et la personne la plus généreuse que j’ai croisée. » C’est par cette phrase de Lang Lang que s’ouvre la notice du coffret que Sony Classical a consacré en 2013 à l’intégrale des enregistrements de Gary Graffman.
Nous pouvons corroborer les dires sur l’humanisme de ce grand pianiste gentleman, que nous avions croisé lors du Festival de musique de chambre de Montréal en 2008. Il était pour nous une légende, notamment pour un enregistrement titanesque alors oublié et publié uniquement au Japon : le 1er Concerto de Brahms sous la direction de Charles Munch. Nous rappelant qu’il avait joué ce concerto à Montréal sous la direction de Josef Krips, Graffman se souvenait de ce disque comme le témoignage d’une époque révolue, où les enregistrements étaient longuement mûris en concert. « Nous connaissions si bien ce concerto, joué à Boston trois années de suite dans des séries différentes. C’est après un concert à Carnegie Hall qu’un responsable de RCA nous a demandé si nous voulions faire un disque. » S’il n’y eut jamais de 2e Concerto de Brahms avec Munch, c’est parce que le pianiste passa peu après chez Columbia.
Essor
Gary Graffman est le fils de Vladimir, violoniste, immigrant russe à New York. La famille Graffman a dans son entourage Isabella Vengerova, pianiste et pédagogue qui travaille avec le légendaire Josef Hofmann au Curtis Institute de Philadelphie. À l’âge de 7 ans, Gary y remporte l’audition. Il en sortira diplômé, à 17 ans, en 1946.
Gary Graffman suit aussi, pendant un an, des cours auprès de Vladimir Horowitz : « Je réalise aujourd’hui qu’Horowitz a influencé ma façon d’enseigner. La plupart du temps, il me critiquait en se basant sur ce qu’il pensait être mon objectif, mais que je n’atteignais pas complètement. Il lui importait de jauger comment je pouvais m’améliorer, mais à ma manière, pas à la sienne », déclarait le pianiste dans une entrevue à Donald Isler pour ses 90 ans.
La carrière de Graffman fut lancée par sa victoire au concours Leventritt en 1949, à l’âge de 20 ans. Le pianiste donna une centaine de concerts par an pendant 30 ans. Au disque, Graffman débuta chez RCA entre 1955 et 1957 avec Schubert, Schumann et Prokofiev. RCA avait perdu, en 1953, sa grande vedette et espoir du piano, William Kapell, dans un accident d’avion à l’âge de 31 ans. Le remplaçant semblait tout trouvé… jusqu’à la victoire de Van Cliburn à Moscou.
Enseignement
En 1977, lors d’un concert avec le Philharmonique de Berlin, en tentant de ne pas faire trop paraître les failles d’un piano rétif, Graffman se fit une entorse à l’annulaire de la main droite. Continuant à jouer, ensuite, pendant sa convalescence, il réaménagea ses doigtés pour compenser, mais ce travail entraîna des séquelles physiologiques irréversibles aboutissant, en 1979, à la perte de l’usage normal de l’annulaire et de l’auriculaire et, donc, de la main droite.
L’interruption de sa carrière, où il ne jouait plus que des œuvres composées pour la main gauche, le fit se tourner vers l’enseignement et se plonger dans sa passion, l’étude des langues et cultures orientales. Il intégra la Faculté de piano du Curtis Institute of Music de Philadelphie en 1980. Il en devint le directeur en 1986 puis le président 1995 à 2006, tout en poursuivant l’enseignement.
En 2005 il fut nommé directeur du département piano de l’Académie de musique de Canton, en Chine. Sa connaissance des cultures orientales explique le pouvoir d’attraction du Curtis Institute sur les meilleurs pianistes chinois émergents du tournant des années 2000, comme Lang Lang ou Yuja Wang.
Le legs de Gary Graffman est bien résumé dans une réponse nichée au cœur d’une entrevue au site The Conterpoints en 2015 : « Je fais chanter la plupart de mes élèves, surtout dans les passages lyriques. Si vous chantez, vous pouvez voir où respirer, où se trouve le rythme principal, comment phraser. Avec la figure de basse, je leur demande de penser à un violoncelle ou à un basson ; des instruments d’orchestre. Si vous pensez de cette manière, vous obtenez un meilleur son. Le son n’est pas simplement le fait de frapper la note : c’est la relation avec ce qui se passe avant et après. »


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