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L’histoire est une littérature parfois infiniment plus romanesque que n’importe quel roman. Les récits historiques l’emportent, en termes de fantasmagorie, sur toute imagination humaine. A ce titre, La guerre de cent ans de Georges Minois est un authentique chef d’œuvre, un livre « d’histoire totale » où le récit chronologique, l’aventure humaine, s’emmêle étroitement aux considérations technologiques, économiques et sociales.
L’auteur raconte l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de France, la plus épouvantable et la plus chaotique, peut-être, en 1500 ans, une ère de décadence et d’apocalypse, apothéose de la cruauté, du cynisme et de l’héroïsme, puis de redressement quasi-miraculeux.
Le roi d’Angleterre, Edouard III débarque en France avec une armée de quelques milliers d’hommes en 1346. Au départ, une querelle féodale l’oppose au roi de France Philippe VI, sur la question de l’hommage que le Plantagenêt doit au Valois sur la Gascogne. Ensuite, il vient au roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe-le-Bel par sa mère Isabelle, l’idée de revendiquer le trône de France, ce que les Grands du royaume, les pairs de France, excluent pour des raisons d’indépendance nationale.
La chevalerie française mal commandée par Philippe VI subit une débâcle et un massacre lors de la bataille de Crécy (1346). Les archers de l’armée anglaise font des ravages. Calais tombe dans les mains de l’Angleterre. Puis les défaites s’enchaînent notamment à Poitiers dix ans plus tard (1356) où le roi de France Jean-le-Bon, encore plus incompétent que son père, est fait prisonnier par les Anglais.
Le prince Noir (fils aîné d’Edouard III), dévaste le Sud-Ouest de la France. Les populations civiles sont terrorisées, décimées, dans un climat d’apocalypse, les armées anglaises, mêlées à des bandes criminelles ou « compagnies » ravagent les terres agricoles, violent, pillent et massacrent les villageois. La peste noire fait son apparition et décime un tiers de la population. L’Etat a disparu dans le chaos.
L’avènement de Charles V en 1364 marque une période de rémission. Lui, contrairement à son père et son grand-père, sait s’entourer. Du Guesclin simple chevalier breton, puis connétable de France, multiplie les exploits et les reconquêtes. Les trêves et les batailles s’enchaînent, sachant que les accalmies dans le conflit ne profitent en rien aux populations civiles, les soldats démobilisés se livrant à des pillages.
L’un des successeurs d’Edouard III, Henri V Lancastre est un fanatique, convaincu de sa mission divine de faire valoir ses droits sur le trône de France, et qui plus est un brillant et charismatique soldat… Il trouve en face de lui Charles VI, le roi fou (couronné en 1380). Or, la France se déchire quand Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne (issu de la famille royale), pour venger l’assassinat de son père, prend le parti du roi d’Angleterre. 1415: la chevalerie française est encore écrasée par l’armée anglaise lors de la bataille d’Azincourt où la puissance des archers de l’armée anglaise est de nouveau décisive.
Puis, le célébrissime traité de Troyes, en 1420, où Charles VI, le roi fou, peut-être sous l’influence de sa femme Isabeau de Bavière, renonce pour ses successeurs au trône de France au profit du Lancastre. La plus grande trahison de l’histoire? L’auteur ne le dit pas, car il rapporte les faits, sans prendre parti, sans jugement, en historien et en écrivain de l’histoire.
Toutefois, la résistance s’organise autour du Dauphin déshérité et renié, Charles VII, le « petit roi de Bourges », quasiment seul au départ, autour duquel les soutiens se rassemblent. 1429: la levée du siège d’Orléans, et le miracle de Jeanne d’Arc, dans un univers où la foi chrétienne est au centre de toute préoccupation, soulève une vague d’espérance dans la chevalerie française (mais aussi des rancœurs et jalousies qui perdront Jeanne). Cette victoire est vécue comme un signe du Ciel: une légende est née.
Mais surtout, au-delà du mythe, des raisons plus matérielles expliquent aussi le redressement Français. Charles VII, d’allure indécise et timorée, méprisé par ses ennemis, est en réalité un authentique homme d’Etat, un pragmatique. Il se réconcilie avec le duc de Bourgogne, au prix de concessions exorbitantes. Il sait s’entourer de bonnes volontés sincères et de personnalités compétentes. Parmi celles-ci les frères Bureau, spécialistes d’une arme nouvelle: l’artillerie. Une ère vient de s’ouvrir. Désormais, les canons français balayent les archers anglais tandis que l’Angleterre au fil des défaites, sombre à son tour dans le chaos, jusqu’à la bataille finale de Castillon en 1453, qui aboutit à la mort de Talbot, le puissant et respecté chef de l’armée britannique, puis au retour de Bordeaux et de l’Aquitaine dans la monarchie française.
Les quelques paragraphes ci-dessus ne sont qu’un infime résumé d’un livre de 800 pages d’une densité et d’une richesse inouïe… Il raconte sans jamais le moindre parti pris, la naissance de l’Etat moderne et des Nations. Je recommande ce livre dans sa version Tempus qui vient de paraître, très chaleureusement.
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