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Je ne crois pas que Paul St-Pierre Plamondon soit paranoïaque. Dans le contexte actuel, qu’un chef politique décide de tenir son téléphone à distance lors de certaines réunions relève davantage de la prudence que du délire.
Le député néodémocrate Alexandre Boulerice considère qu’un tel comportement relève de la santé mentale. Après les travaux de la commission Hogue, et après que sa propre collègue du Nouveau Parti démocrate, Jenny Kwan, eut été victime de tentatives d’ingérence, sa boutade paraît plus que maladroite, pour rester poli.
Cependant, je ne crois pas que le gouvernement fédéral écoute les conversations de PSPP. Il serait par contre faux de présumer que des acteurs étrangers ou des réseaux d’influence ne tentent pas aujourd’hui de recueillir des informations sensibles. En vérité, ce sont tous les partis politiques qui devraient rester vigilants. Surtout dans un Canada où pourraient se tenir, simultanément, un référendum en Alberta et une élection référendaire au Québec cet automne.
On apprenait la semaine dernière que la première ministre albertaine, Danielle Smith, avait obtenu une cote de sécurité de très haut niveau afin de consulter des renseignements liés aux inquiétudes entourant des groupes étrangers qui encourageraient le mouvement indépendantiste en Alberta.
Déjà, en janvier 2024, l’ancien cadre du Service canadien du renseignement de sécurité et aujourd’hui professeur, Michel Juneau-Katsuya, recommandait que les premiers ministres des provinces se dotent de conseillers en sécurité nationale afin d’améliorer la circulation des informations entre Ottawa et les gouvernements provinciaux.
Les déclarations de PSPP ne surgissent pas du vide. Elles s’inscrivent dans une mémoire politique québécoise où les questions de surveillance, d’ingérence et de rapports de force avec Ottawa ont laissé des traces. Sa déclaration intervenait aussi dans un contexte. Il répondait à une question suivant le décès de l’ancien ministre péquiste Claude Morin, qui, disons-le, avait une relation ambiguë avec la GRC.
Le hasard a voulu que je regarde cette semaine 1995. Espoirs et trahisons, réalisé par Antoine Robitaille et Dave Noël. Ce documentaire constitue un travail remarquable pour notre mémoire collective. Rarement a-t-on eu droit à une telle franchise de la part des acteurs ayant été au cœur d’un moment aussi déterminant de l’histoire politique du Québec et du Canada.
Il permet de mieux comprendre les stratégies, les calculs politiques et les tensions internes régissant les relations entre Québec et Ottawa à l’époque. Et, trente ans plus tard, de constater que certaines zones grises demeurent.
Récemment, l’ancien ministre fédéral Sergio Marchi a fait de nouvelles confidences concernant l’« opération citoyenneté » de 1995, ce qui a relancé les questions sur les moyens employés pour influencer l’issue du vote. Plusieurs documents de la commission Grenier demeurent confidentiels malgré une motion unanime de l’Assemblée nationale demandant leur divulgation.
Ce qui m’a le plus frappé dans ce documentaire, c’est son constat. En dépit d’un appui massif à la souveraineté en 1995, le Québec n’a jamais réussi à transformer ce moment en levier politique durable face à Ottawa. Et c’est peut-être là que se trouve le tournant raté de 1995. À quoi aura servi ce choc politique si un résultat aussi serré n’a produit aucune transformation structurelle majeure dans l’équilibre du fédéralisme canadien ?
Le documentaire rappelle que Liza Frulla, alors vice-présidente du camp du Non, avait vu dans cet épisode une obligation pour Ottawa de négocier, même après la victoire de son camp. Ce ne fut pas le cas. Au contraire, Jean Chrétien et Stéphane Dion ont riposté avec la Loi sur la clarté référendaire. Ironiquement, cette loi sera utilisée pour l’Alberta, avant le Québec.
Brian Mulroney disait qu’avec l’unité canadienne, la relation Canada–États-Unis était le dossier le plus important sur le bureau d’un premier ministre. Mark Carney ne peut qu’être en accord avec ce constat, car ces deux dossiers se retrouvent intimement liés. Dans ce contexte, chaque arbitrage fédéral devient explosif.
M. Carney devra obtenir des gains sans donner l’impression qu’une province est sacrifiée au profit d’une autre. Le Québec veut protéger son aluminium, son bois d’œuvre, la gestion de l’offre et l’exemption culturelle. L’Ontario veut défendre son industrie automobile. L’Alberta réclame des pipelines. La Colombie-Britannique refuse qu’on lui impose de nouveaux projets énergétiques. S’ajoutent les rivalités internes. Montréal et Toronto convoitent la future Banque de défense. Dans un pays aussi fragmenté économiquement, chaque décision devient une question d’unité nationale.
Un des arguments du camp pour un référendum en Alberta est de prendre exemple sur le Québec, qui a obtenu un fédéralisme à deux vitesses avec la menace référendaire. Cela révèle quelque chose d’important : ailleurs au pays, plusieurs perçoivent le Québec comme une province ayant obtenu plus que les autres précisément parce qu’elle représentait une menace politique crédible pour l’unité canadienne. Dans 1995. Espoirs et trahisons, on fait plutôt le constat contraire.
Il est vrai que le Québec bénéficie d’arrangements particuliers. La province exerce davantage de pouvoirs en immigration depuis 1991. Ottawa ne peut pas conclure des ententes directement avec les municipalités québécoises sans passer par Québec. S’ajoutent l’entente de 1997 sur la formation de la main-d’œuvre et la reconnaissance de la nation québécoise, avec un siège à l’UNESCO.
Ces gains demeurent fragiles et souvent incomplets. La mise à jour économique fédérale l’a démontré : Ottawa continue d’intervenir dans des champs de compétence du Québec.
Et c’est peut-être là la leçon la plus actuelle de 1995. Au Canada, le fédéralisme n’est pas un équilibre fixe. C’est un rapport de force permanent, selon le contexte politique au pays et notre relation avec les Américains.


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