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Le Théâtre Prospero annonce la rénovation de ses espaces et équipements

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Le Prospero a annoncé vendredi la rénovation de ses espaces et équipements, qui débutera dès l’automne prochain. Le théâtre de la rue Ontario, à Montréal, n’a pas été rénové depuis son inauguration, en 1994. Des améliorations seront visibles, comme la transformation du hall d’accueil, qui s’ouvrira directement sur la rue. Les travaux d’un an sont estimés à 5,8 millions de dollars, et financés surtout par le ministère de la Culture du Québec, qui contribue à hauteur de 3 865 000 $.

Patrimoine canadien octroie de son côté 950 000 $. Le Prospero doit apporter aussi 1 million de dollars — une énorme somme pour un diffuseur, supérieure à celle donnée par le gouvernement fédéral.

Une autre part des rénovations sera invisible : la remise aux normes, l’actualisation des systèmes d’incendie et de ventilation, etc. « Ça fait 30 ans [qu’on n’a pas touché à la bâtisse]. La sécurité de nos activités était maintenant menacée », confie Philippe Cyr, codirecteur général et directeur artistique.

Avec Vincent de Repentigny, codirecteur général et directeur du développement, ils se rappellent… « la première de La jeune fille suppliciée sur une étagère [en novembre 2025]. L’unité de ventilation [qui procure aussi le chauffage] a bloqué. Il faisait cinq degrés dans la salle. Les spectateurs gelaient, et [l’actrice] Larissa Corriveau était quasi nue sur scène, dans de la glu… »

« C’est un peu dramatique d’avoir offert ces conditions de travail là », continue M. Cyr.

Le théâtre et la rue

« Mon Dieu, mais c’est donc fermé souvent, un théâtre ! » Tel fut l’un des premiers constats communs posés par Vincent de Repentigny et Philippe Cyr quand ils sont arrivés à la direction, en 2021.

« Des fois, il y a 60 personnes qui travaillent dans les bureaux, dans le théâtre, la salle de répétition est pleine, il y a des réunions dans le café, on cherche où se poser, et de la rue, ça a l’air mort ! » s’indigne M. Cyr.

Cette apparence de dormance pose la question du rôle d’une « institution théâtrale dans la vie d’une cité, d’une ville », complète M. de Repentigny. Dont acte.

Les prochaines portes du lieu seront « rétractables, pour ouvrir carrément sur la rue ». Le bar, actuellement à l’étage, sera déménagé dans cet espace du rez-de-chaussée. Les directeurs rêvent, plus tard, d’un café — pas une franchise, comme le modèle Usine C, Théâtre du Nouveau Monde ou Tohu, mais leur café bien à eux… — ouvert en tout temps, qui fourmillerait d’une vie de quartier.

« À Montréal, on n’a pas cette culture de faire des théâtres des lieux de vie. Quand on va ailleurs dans le monde, on en voit plein construits de cette façon », précise Vincent de Repentigny.

Le Centre-Sud, où est sis le Prospero, est reconnu « comme un quartier de transit », précise M. Cyr. « Les gens y passent. Mais il y a toute une communauté qui y habite aussi », et une faune bigarrée, parfois interlope, entre ceux qui vont à la Livrerie ou à l’Usine C et ceux qui se réfugient à Spectre de rue ou au GEIPSI.

« Il faut préserver cette artère et contribuer à cette vie de quartier. » La Ville de Montréal n’est pas du montage financier. « La nouvelle administration est arrivée assez récemment. Elle est à l’écoute », précise M. de Repentigny.

Cet ancrage dans le quartier, le Prospero va le développer aussi pendant les rénovations, le long de cette année (au moins…) où le théâtre sera fermé. La saison 2026-2027 sera mince — 3 ou 4 spectacles plutôt que 10 ou 12 — et présentée hors les murs.

« On va proposer aux spectateurs des choses différentes de nos habitudes et aller dans des lieux qui ne sont pas nécessairement théâtraux pour ces diffusions », indique Philippe Cyr.

Le coût de la désuétude et de l’obsolescence

Pour trouver son million de dollars, le Prospero vient d’embaucher, à temps partiel, une personne à la philanthropie. La comédienne Christine Beaulieu est coprésidente de la campagne de financement.

« Ce n’est pas un projet pour servir les intérêts seuls du Prospero. C’est un projet de communauté », pour tout le milieu, précise Vincent de Repentigny. « C’est un bon montant, mais ce n’est pas une levée de fonds qui revient souvent. On va laisser une trace, ici, qui va nous survivre. »

En arts vivants, « on fait tellement quelque chose d’éphémère. Ces rénovations-là vont exister dans un temps long. C’est à ça que les gens sont conviés aussi ».

« Je me demande quand même si c’est normal, que ce dossier de rénovations ait été porté presque 14 ans, par des directions différentes, avant d’aboutir à des rénovations… » souffle encore Vincent de Repentigny.

Philippe Cyr souligne que les institutions théâtrales du Québec, nées à la même époque, se retrouvent à devoir rénover ensuite au même moment.

« Le choix [des programmes de financement actuel] est d’attendre collectivement la désuétude, le danger, avant d’intervenir. » Il n’y a pas de budget d’entretien qui permettrait de réparer au besoin seulement le toit ou la ventilation, explique-t-il.

« Chaque fois, on doit batailler pour une rénovation importante. C’est un peu absurde. Vu qu’on a les mains dedans, peut-on se demander comment collectivement mieux se projeter dans le futur ? Pour préserver ces endroits-là, qui sont du bien commun ? »

Est-ce que, par exemple, les rénovations pourraient être pensées pour tenir plus que 20 ans, aussi ? Philippe Cyr pouffe de rire devant l’impossibilité. « On nous a déjà prévenus. Nos unités de ventilation actuelles fonctionnent encore après 30 ans. On nous a bien dit que les nouvelles ne dureraient que de 10 à 15 ans, au mieux. »

« L’obsolescence programmée fait partie de la question. » Comment, dans ces conditions, créer collectivement de la pérennité ? Comment laisser des structures solides aux prochaines générations artistiques ?

« C’est un peu déprimant », dit-il avec un sourire. « Mais on est à une époque où une direction artistique de théâtre peut durer plus longtemps qu’une unité de ventilation… » lâche-t-il.

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