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Le théâtre montréalais s’éclate, de Britney à Eschyle

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Dans ce panorama éclectique que propose la scène montréalaise pour les mois à venir, on compte de nombreux nouveaux textes. Parmi ceux-ci, l’étonnante proposition d’Enfin te voilà (Britney Spears) nous intrigue. Le texte de Marie-Hélène Larose-Truchon utiliserait la figure de la chanteuse pop traquée pour dénoncer la marchandisation du corps féminin et les systèmes « d’oppression » sociaux. Sébastien David monte cette comédie qui rassemble Sophie Cadieux, Marie-France Lambert, Dominique Quesnel… À l’Espace Go.

Créée à La Licorne, Suzanne va sortir raconte comment cinq prisonnières « redécouvrent un sens à leur vie » en participant au club de lecture du pénitencier. L’auteur Maxime Beauregard-Martin a puisé sa matière dans un article de Noémi Mercier. Une mise en scène signée François Bernier.

Au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), Michel Tremblay offre une création sur le passage à l’âge adulte : Confessions d’un enfant du siècle dernier. Le « monologue pluriel et éclaté » d’un adolescent est porté par cinq jeunes interprètes sous la direction de René Richard Cyr — qui monte par ailleurs une « version épurée » de Cyrano de Bergerac au théâtre du Rideau vert, dans laquelle Benoît McGinnis campe le rôle-titre.

Questions d’argent

Les difficultés actuelles liées au coût de la vie semblent avoir inspiré certains créateurs. On attend avec impatience la troisième création du doué tandem formé de l’auteur David Paquet et du metteur en scène Philippe Cyr (Le brasier, Le poids des fourmis). Mise au monde cet été à Carleton-sur-Mer, Le palais des glaces s’annonce comme une comédie dystopique sur la « violence économique ». À voir au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Après avoir habilement transposé Balzac (Le faiseur) dans le Québec actuel, Gabrielle Chapdelaine s’inspire « librement » du classique de Carlo Goldoni La trilogie de la villégiature. Explorant « la peur du déclassement », sa pièce Voyage voyage satirise une bourgeoisie endettée qui s’offre des vacances dont elle n’a pas les moyens. Le nouveau directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier, Louis-Karl Tremblay, y dirige notamment Marie-Hélène Thibault, Didier Lucien et Bruno Marcil.

Histoires de famille

Le fantôme dans la machine consacre le retour du duo complice de Toutes choses, soit l’autrice Fanny Britt et la metteuse en scène Alexia Bürger. Cet intrigant récit d’« auto-science-fiction », où une femme (Anne-Élisabeth Bossé) voit apparaître son frère décédé, examine comment les disparus habitent les vivants. Chez Duceppe.

Après Mama et Frères, la dramaturge (et ici interprète) Nathalie Doummar poursuit sa saga familiale. Sa pièce Georges est, elle, axée sur le père (Manuel Tadros). À La Licorne.

C’est plutôt de sa mère que s’est inspiré Gabriel Charlebois Plante pour l’intime Le dos de Suzanne. Après son étonnant spectacle scénographique Le magasin, Odile Gamache y dirige des interprètes, dont Louise Bombardier. Au Quat’Sous.

La compagnie Création dans la chambre propose une deuxième production, qui s’annonce très différente : inspirée du mythe d’Orphée, Les dévots est une création opératique de l’auteur et metteur en scène Félix-Antoine Boutin et du compositeur Christophe Lamarche-Ledoux. À l’Espace libre.

Retour à la Grèce antique

Alors que The Odyssey cartonne au cinéma, deux théâtres montréalais, ô coïncidence, mettent au programme l’œuvre du grand auteur tragique Eschyle.

Le TNM ouvre sa 75e saison par un ample spectacle convoquant une trentaine d’interprètes : L’Orestie. C’est la metteuse en scène du monumental La traversée du siècle, Alice Ronfard, qui a adapté et monté cette trilogie sur le cycle de la violence. Avec Violette Chauveau en reine Clytemnestre, qui venge sa fille.

Et au théâtre Prospero, on pourra découvrir Les suppliantes, une « réinterprétation » de la tragédie d’Eschyle sur un chœur d’exilées demandant l’hospitalité au roi d’Argos. Un thème qui fait écho au drame actuel des demandeurs d’asile. Proposant des « expériences sensorielles », la mise en scène est signée Sophie El-Assaad, connue pour ses conceptions imaginatives.

Expériences sonores immersives

La compagnie Hôtel-Motel présente deux productions cet automne. Écrite par Philippe Ducros, Marioupol rappelle le bombardement dévastateur d’un théâtre de cette ville ukrainienne survenu en 2022. Entre documentaire et fiction, cette pièce chorale est mise en scène — sa première — par Sasha Samar. Au théâtre Aux Écuries.

Et dans Respirer sous l’eau, présentée à La Chapelle Scènes contemporaines, l’autrice Klervi Thienpont ((Dé)tourner sa langue) s’inspire de trois histoires réelles entourant la quête d’espoir. Récits que le public, intégré dans le décor, suit au moyen d’un casque audio.

On aura aussi droit à une expérience immersive d’écoute avec Ka Uinaksheshet (Les enfants sales), imaginée et dirigée par le concepteur sonore innu Simon Riverin. Le spectateur est invité à se bander les yeux et à adopter le point de vue d’un enfant autochtone dans la classe d’un pensionnat. À la salle Fred-Barry.

Du livre à la scène

À l’Usine C, Édouard Louis viendra lui-même jouer le solo Qui a tué mon père. Une deuxième adaptation d’un récit, à la fois intime et social, de l’écrivain français par le réputé metteur en scène allemand Thomas Ostermeier, qui avait présenté la forte Histoire de la violence en 2025.

L’essai du philosophe hexagonal Paul Virilio a inspiré une création qu’on verra à la salle Jean-Claude-Germain. Vitesse-lumière critiquerait « notre obsession pour la vitesse, le progrès et la performance », telle que satirisée par trois bouffons, un art dont l’auteur et metteur en scène Jacques Laroche est spécialiste.

Adeptes du jeu masqué (Plastique), Félix Emmanuel et Zoé Girard se sont attaqués pour leur part à la transposition du roman culte de Boris Vian L’écume des jours dans le Québec contemporain. Le bonheur de chacun sera créée à Fred-Barry.

Notons aussi que les occasions de rattraper des spectacles manqués foisonnent cet automne. Le Théâtre Denise-Pelletier diffuse la ludique Mouette de Tchekhov montée par Catherine Vidal en 2024. Deux pièces de Rébecca Déraspe sont de retour : La cathédrale engloutie (au Quat’Sous) et Janette (chez Duceppe). Iannicko N’Doua reprend Neige sur Abidjan au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. En rappel, entre autres : les performances solos célébrées de Gabriel Szabo (Ces regards amoureux de garçons altérés, au Prospero) et d’Évelyne Rompré (Tout ça, au Quat’Sous).

Enfin, les fans de Ronnie Burkett seront ravis d’apprendre le retour du brillant marionnettiste albertain au Centaur, avec Wonderful Joe (en anglais).

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