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Life 26/02/2026 19:30
Sur les réseaux sociaux, les témoignages de femmes ayant été abandonnées sur des sentiers de randonnée par leurs partenaires affluent, et ça n’a rien d’anodin.

Olga Pankova / Getty Images
Nombreuses sont les femmes qui racontent avoir déjà été laissées derrière par leur partenaire lors de sorties en nature, au prétexte de leur lenteur ou d’une différence de condition physique.
« Je déteste ça, j’aurais pu être chez moi, en paix », peut-on entendre, entre deux sanglots, sur une vidéo postée par une jeune Américaine sur TikTok. Elle tient son téléphone et filme, face à elle, des roches et un sentier. « Tu vas randonner avec lui dans les montagnes mais il te laisse toute seule, et tu prends conscience qu’il ne t’a jamais vraiment aimée », peut-on lire en légende.
La vidéo pourrait raconter une histoire anodine, celle du déclin d’un couple. Postée par une personne qui n’est pas influenceuse, elle aurait pu rester dans un coin d’internet. Pourtant, elle est devenue virale, générant plus de 18 millions de vues au moment où nous écrivons ces lignes. Dans les commentaires, les témoignages affluent : nombreuses sont les femmes qui racontent avoir déjà été laissées derrière par leur partenaire lors de sorties en nature, au prétexte de leur lenteur ou d’une différence de condition physique.
« Mon ex m’a laissée sur une randonnée pour sortir du Grand Canyon. J’ai été aidée par un Norvégien très gentil qui a marché avec moi. Ça m’a pris douze heures », raconte l’une. « J’ai croisé une fille dans cette situation il y a quelques années près d’un sentier, clairement perdue et terrifiée, et il faisait très chaud. J’ai partagé mon eau avec elle et je l’ai aidée à sortir. Elle a dû avoir si peur », partage une autre. « Ça m’est arrivé un jour où il faisait 37 degrés, mon ex-mari est parti devant en prenant le sac à dos avec l’eau et les snacks. Je pensais qu’il m’attendrait ou qu’il reviendrait, mais non. Quand j’ai réussi à retrouver la voiture, il était assis dedans avec la clim. Autant vous dire que nous sommes divorcés. »
Des témoignages par centaines
Dans les 17 000 commentaires de la vidéo, nombreuses sont les histoires qui vont dans ce sens. Le sujet s’est répandu sur le reste des réseaux sociaux, et aussi bien sur Reddit que sur Threads, il génère un afflux de témoignages de femmes qui ont vécu cette expérience – ou de personnes qui prennent conscience qu’il s’agit d’une pratique courante et s’en insurgent.
Un terme revient souvent sous la vidéo originale : le « alpine divorce », ou « divorce alpin » en français. D’après celles et ceux qui l’utilisent, l’expression reprend le titre d’une nouvelle de l’auteur écossais Robert Barr parue en 1893 et traduite en français en 1983, rebaptisée Un divorce à la montagne. Elle fait le récit d’un homme qui, ne pouvant divorcer, prévoit de tuer sa femme lors d’un voyage dans les Alpes Suisses.
Un terme qui fait tristement écho à une actualité récente : le 19 février dernier, un homme de 36 ans nommé Thomas P., alpiniste expérimenté, a été jugé et condamné en Autriche pour avoir laissé sa compagne au sommet de la montagne du Grossglockner en hypothermie et sans protection. La trentenaire avait été retrouvée décédée le lendemain par les secours. Pour les juges, Thomas P. s’est rendu coupable « d’homicide involontaire par négligence aggravée ».
Dynamique très genrée
Soyons clairs : dans l’immense majorité des cas, les histoires racontées sous les tags « divorce alpin » n’ont pas une fin aussi tragique que celle de ce fait divers en Autriche. On ne peut pas non plus attribuer aux hommes qui « partent devant » et n’attendent pas les intentions meurtrières du livre de Robert Barr, et il y a une différence entre marcher seul devant, s’éloigner à plusieurs kilomètres, et tout simplement abandonner sa partenaire.
Cela ne veut pour autant pas dire que ces comportements sont parfaitement exempts de violence – surtout quand les récits qui se multiplient traduisent une dynamique aussi genrée. Une vidéo du média Fraîches à ce sujet souligne « qu’il s’agit d’une dynamique de punition, de contrôle et d’intimidation, qui expose la victime à un danger bien réel ».
Car en pleine nature, même quand on ne perçoit pas de difficultés, les circonstances peuvent changer rapidement et une mauvaise chute, un changement météo ou un mauvais choix au croisement peuvent être dangereux. C’est pour cela que les recommandations de sécurité quand on randonne à plusieurs sont claires : répartir l’eau et les encas, adapter l’itinéraire au niveau de chacun, et même si on prend de l’avance, toujours attendre ses partenaires aux intersections.


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