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Peu après les élections de 1994, le nouveau ministre des Finances nommé par Jacques Parizeau, Jean Campeau, avait causé la surprise en déclarant avoir trouvé les finances publiques en bon ordre à son entrée en poste.
M. Parizeau avait été le plus estomaqué. Il ne s’attendait certainement pas à ce que cet homme de confiance, qu’il avait précédemment nommé président de la Caisse de dépôt, soit victime de pareille crampe au cerveau.
Il s’était empressé de convoquer une autre conférence de presse, où M. Campeau brillait par son absence, pour expliquer que les libéraux avaient plutôt laissé un déficit qui approchait les 6 milliards de dollars. Cela allait nécessiter un contrôle des dépenses qui ne faciliterait pas les choses au moment où il promettait de tenir un référendum dans un « horizon de 8 à 10 mois ».
M. Campeau était un brave homme, mais son expérience politique se limitait à la Commission sur l’avenir du Québec, qu’il avait coprésidée avec l’ex-banquier Michel Bélanger au lendemain de l’échec de l’Accord du lac Meech. Il n’a finalement eu le temps de présenter qu’un seul budget, avant de quitter la politique en même temps que M. Parizeau.
Eric Girard, lui, ne peut pas plaider l’inexpérience. Il détient, justement avec M. Parizeau, le record du plus grand nombre de budgets présentés à l’Assemblée nationale, qu’il rêve maintenant d’améliorer. Si on excepte le malheureux épisode de la subvention octroyée aux Kings de Los Angeles, il a toujours donné l’impression d’être un homme prudent et réfléchi depuis qu’il est ministre des Finances.
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Qu’il ait jugé excessives les nouvelles mesures annoncées par la nouvelle première ministre, Christine Fréchette, n’a rien d’étonnant. Qu’il manifeste son désaccord dans un courriel, qui s’est malencontreusement retrouvé entre les mains de Radio-Canada, ressemble presque à un acte punitif inconscient.
« Je me dois de souligner que je suis inquiet du nombre d’annonces considérées par notre gouvernement depuis votre arrivée », peut-on y lire. Pire encore, il soulignait une continuité gênante avec le comportement de François Legault, dont elle cherchait précisément à se distancier. Les tentatives qu’il a faites pour rattraper sa gaffe en encensant sa nouvelle patronne et en plaidant une amélioration récente de la situation économique ont fait pitié à voir.
Les Québécois sont intelligents et savent compter, expliquait-il dans son courriel. « Ils connaissent l’état des finances publiques et souhaitent une première ministre responsable qui ne dépense pas à tout vent, comme son prédécesseur était perçu. » Aïe ! Les partis d’opposition n’auront pas besoin de se creuser les méninges pour leur publicité électorale.
La première erreur du ministre des Finances avait été de délimiter le carré de sable à l’intérieur duquel pourraient jouer les deux candidats à la succession de M. Legault. Restreindre leur « marge de manœuvre » à 250 millions — une broutille dans un budget de dépenses de 172 milliards de dollars — ne faisait pas partie de ses attributions. D’ailleurs, on aurait dû attendre l’arrivée de la nouvelle première ministre avant de présenter le budget, soit en le retardant, soit en écourtant la course.
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Quoi qu’il en soit, ce qui est bon pour pitou devrait l’être aussi pour minou. Tous les partis d’opposition ont accusé Mme Fréchette de vouloir acheter des votes. Dès lors, comment pourront-ils prendre des engagements dont le coût excéderait 250 millions par année sans prêter flanc à la même accusation ?
En 2022, le cadre financier « prudent » de la CAQ évaluait ses promesses électorales à 30 milliards sur quatre ans, dont 21 milliards pour son « bouclier anti-inflation » (baisse d’impôt, chèques envoyés aux contribuables, aide aux aînés à revenu modeste, etc.)
Celles du Parti québécois étaient du même ordre. Au Parti libéral du Québec et à Québec solidaire (QS), on avoisinait les 40 milliards sur cinq ans.
Bien entendu, les revenus de l’État allaient aussi augmenter, mais la générosité était à l’ordre du jour. Le rapport préélectoral du ministère des Finances, certifié par le Vérificateur général, faisait alors état d’un déficit de 729 millions, qui serait légèrement inférieur à 2 milliards en 2026-2027. Le dernier budget Girard l’évaluait plutôt à 8,6 milliards.
Par comparaison, la prochaine campagne électorale sera placée sous le signe de la pingrerie. Même à QS, où il suffisait généralement de tondre les riches pour entrer dans le pays de Cocagne, la dure réalité budgétaire s’impose. Au dernier congrès, les militants ont convenu que la vieille promesse d’ouvrir les CLSC 24 heures sur 24, sept jours sur sept, était trop coûteuse.
La situation est à ce point critique que même le vertueux M. Girard est maintenant accusé d’avoir voulu cacher jusqu’au lendemain de l’élection la véritable ampleur du déficit d’entretien des routes, ponts et ponceaux du Québec. Il est vrai que la vétusté des infrastructures, qu’il s’agisse du réseau routier, des hôpitaux ou des écoles, rend pour le moins gênant l’appel d’intérêt international pour le troisième lien que le gouvernement de Mme Fréchette s’apprête à lancer.


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