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Le « tapis roulant » de l’Atlantique est sur le point de lâcher ? Ce moteur de secours caché en Arctique pourrait sauver le climat européen

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Depuis plusieurs années, la possible désintégration d’un pilier essentiel du climat mondial inquiète les chercheurs : la circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, ou AMOC. Ce gigantesque système de courants océaniques joue un rôle clé en redistribuant la chaleur entre les tropiques et les pôles, influençant notamment le climat européen et le niveau des mers sur la côte est des États-Unis. Un effondrement de ce courant bouleverserait l’équilibre climatique mondial. Pourtant, une nouvelle étude publiée dans Science Advances révèle qu’un mécanisme inattendu pourrait offrir à l’AMOC une résistance plus grande qu’on ne le pensait.

L’AMOC, ce « tapis roulant » qui régule le climat

L’AMOC fonctionne un peu comme un immense tapis roulant océanique : dans l’Atlantique Nord, les eaux froides et très salées plongent vers les profondeurs, se dirigeant vers le sud jusqu’à l’Antarctique. En chemin, elles réchauffent les zones tempérées et ramènent vers le nord des eaux plus chaudes. Ce circuit participe au réchauffement de l’Europe et à la régulation du climat de l’hémisphère Nord.

Mais ce mécanisme repose sur un ingrédient fragile : la densité de l’eau, dictée par sa température et sa salinité. Plus l’eau est froide et salée, plus elle est lourde et plonge. Or, avec le réchauffement climatique, les eaux du Groenland et de l’Arctique reçoivent d’énormes quantités d’eau douce issues de la fonte des glaces. Cette eau, plus légère, dilue la salinité et entrave la plongée des eaux froides. Résultat : la formation d’eaux denses, essentielle au bon fonctionnement de l’AMOC, s’affaiblit depuis les années 1990.

Plusieurs études ont même estimé que l’AMOC pourrait ralentir drastiquement, voire s’effondrer d’ici la fin du siècle, entraînant des chutes brutales de température en Europe du Nord et des bouleversements majeurs du climat.

Une surprise venue des confins de l’Arctique

Mais les travaux menés par Marius Årthun, océanographe à l’Université de Bergen, apportent une note plus optimiste. En analysant les données de densité de l’eau dans l’Atlantique Nord et l’Arctique, et en les intégrant dans des modèles, son équipe a identifié un phénomène de compensation inattendu.

Avec le réchauffement climatique, l’Arctique subit un processus appelé atlantification : l’influence des eaux chaudes et salées de l’Atlantique y progresse, tandis que la banquise recule. La mer de Barents, au nord de la Scandinavie, pourrait être la première à devenir entièrement libre de glace. Cette transformation favorise la formation d’eaux plus denses dans ces régions, car les eaux plus salées pénètrent plus loin dans l’Arctique, et les échanges thermiques augmentent.

Selon Årthun, ces nouvelles zones de plongée d’eaux denses, situées notamment dans la mer de Barents et au nord du Svalbard, compensent en partie le déclin de la formation d’eaux lourdes dans les mers nordiques plus traditionnelles (Groenland, Norvège, Islande). Ce mécanisme agit comme un système de secours naturel qui renforce la résilience de l’AMOC face au réchauffement.

Un optimisme mesuré

Si cette découverte tempère les pires scénarios d’un arrêt brutal de l’AMOC, elle ne doit pas masquer l’incertitude qui demeure. Certains chercheurs, comme Nicholas Foukal de l’Université de Géorgie, soulignent que l’Arctique n’a pas la même capacité que le Groenland à produire des eaux extrêmement denses. Les bassins profonds du Groenland, exposés aux vents polaires, favorisaient historiquement des plongées d’eaux plus massives. Le système arctique pourrait ne pas offrir le même rendement.

Autre question en suspens : combien de temps ce mécanisme pourra-t-il compenser les effets du réchauffement ? Si la fonte des glaces se poursuit et si l’océan Arctique devient trop chaud, même ces zones de renfort pourraient finir par échouer.

AMOC courants AtlantiqueCrédit : Ukususha/istock

Un climat toujours sous pression

Cette étude apporte toutefois une nuance bienvenue dans un débat souvent alarmiste. Elle montre que l’océan Arctique n’est pas un simple spectateur passif du changement climatique. Au contraire, ses transformations en cours pourraient jouer un rôle tampon face à certaines menaces majeures.

Cependant, ces résultats ne doivent pas détourner l’attention des efforts nécessaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’AMOC reste vulnérable, et le système climatique dans son ensemble demeure sous pression.

En d’autres termes, si cette découverte souligne la complexité et l’ingéniosité des mécanismes naturels de notre planète, elle ne remet pas en cause la nécessité d’agir rapidement pour limiter le réchauffement climatique.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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