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Préalablement condamné par l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) à payer 40 000 $ d’amendes pour avoir « obtenu des clients » par le biais de programmes de soutien aux patients (PSP) financés par des géants de l’industrie pharmaceutique, le pharmacien Martin Gilbert a porté la décision en appel et été acquitté en décembre dernier. Mais le dossier n’est pas clos : en février dernier, le syndic de son ordre professionnel a déposé une demande de pourvoi visant à faire réviser la décision devant la Cour supérieure.
Aux yeux de l’OPQ, Martin Gilbert a commis des manquements déontologiques en obtenant des clients de deux PSP sans leur consentement. Détenant une pharmacie qui se spécialise dans les médicaments de spécialité qui s’avèrent souvent coûteux, M. Gilbert s’est fait recommander par des PSP.
Ces programmes offrent un service d’accompagnement des patients pour des maladies complexes nécessitant des médicaments de spécialité. Ils ne peuvent cependant les fournir eux-mêmes. En portant sa cause en appel, M. Gilbert soutenait que les PSP « ne font pas de démarchage ni ne recrutent de patients » en son nom.
L’OPQ affirme pour sa part que « plusieurs témoignages recueillis au fil des ans par les médias ou lors d’audiences disciplinaires mettent en lumière un système qui force les patient(e)s à opter pour une pharmacie souvent située à des centaines de kilomètres de leur domicile ». L’ordre professionnel fait aussi état d’un « quasi-monopole où un très petit nombre de joueurs se partagent entre eux quelques molécules très onéreuses ».
Les PSP, intermédiaires ou pas ?
« Afin d’éviter d’avoir à faire affaire avec une pharmacie dont ils n’avaient jamais entendu parler avant d’être contacté(e)s par cette dernière, les patient(e)s devraient tous pouvoir choisir leur pharmacien(ne) de façon libre et éclairée », estime l’ordre professionnel par voie de communiqué. « Lorsque leur condition de santé nécessite la prescription d’un médicament couvert par un PSP, une ordonnance devrait leur être remise au même titre que pour tout autre traitement. Ils et elles pourront ensuite prendre la décision d’obtenir leur traitement soit à même leur pharmacie habituelle ou auprès du canal de distribution privilégié par le programme, à leur choix. »
En 2023, l’OPQ a déclaré Martin Gilbert coupable de cinq chefs d’infraction, dont quatre étaient liés à l’obtention de clientèle par l’intermédiaire de la prescription de Calquence, un médicament d’AstraZeneca qui traite certains types de cancers et la prescription de Remicade, de l’entreprise Janssen, qui traite des maladies inflammatoires.
En décembre dernier, le Tribunal des professions, l’instance d’appel des décisions des conseils de discipline, lui a donné raison en jugeant que les PSP n’agissent pas comme intermédiaires, et donc que M. Gilbert n’a pas contrevenu au code de déontologie de l’OPQ. « Force est de constater qu’en ce qui concerne les patients, le programme est conçu pour leur faciliter l’accès à un médicament coûteux et non usuel », note notamment le tribunal.
Contactée par Le Devoir, l’équipe de Martin Gilbert n’a pas voulu commenter le dossier en raison des procédures judiciaires en cours. Jean-François Laroche, directeur des relations externes à la Pharmacie Martin Gilbert, a toutefois dit qu’elle « saluait la décision du Tribunal des professions ».


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