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«Le Show mal amoché»: rire avec le handicap

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« Depuis quelques années, avec le procès de Jérémy Gabriel et Mike Ward, même si ça a sensibilisé, tout le monde se retient de rire des handicaps. Mais nous, on peut le faire ! » estime Charlie Rousseau. La comédienne et influenceuse est elle-même handicapée — avec ses 4’ 2”, un doigt, un bras et sept orteils, selon ses propres mots. Elle sera, avec Andréanne Fortin, Marie-Christine Ricignuolo, Michel Cordey, Angelo Schiraldi et William Bernaquez, de la 8e édition du Show mal amoché.

« C’est William qui a eu l’idée de ce show, d’y mettre des personnes en situation de handicap ensemble », pour faire de l’humour ensemble, « et parler de ces réalités », explique Mme Rousseau. « Toute seule sur le stage, on dirait qu’on se demande si on peut vraiment en rire », enchaîne Andréanne Fortin. « Là, on est six. En gang, il y a un effet de masse qui fait que “go” ! — les tabous, on les défonce ! Pis on en parle, des handicaps ! »

Charlie Rousseau, Andréanne Fortin et Marie-Christine Ricignuolo avaient invité Le Devoir sur la terrasse très ensoleillée de cette dernière.

Les trois humoristes, en début de carrière, sentent que le public est très curieux de connaître les détails de leur vie et ses particularités. Il « a faim de ça », disent-elles. « Nous, on en parle. On démystifie. On sensibilise », précise Mme Fortin.

Au fil des ans, le Show mal amoché a accueilli des humoristes aux handicaps visibles — M. Bernaquez, l’organisateur, est amputé d’une jambe — ou invisibles, comme la maladie de Crohn. Ou partiellement invisibles, comme dans le cas de Mme Fortin, qui a le syndrome de La Tourette. « Ça peut être surprenant d’un coup, mon affaire », commente-t-elle tout sourire.

Rient-elles des autres handicaps ? Marie-Christine Ricignuolo répond en lançant une blague lapidaire sur les sourds… « On a des p’tits passe-droits sur nos jokes parce qu’on est handicapées, mais on peut en échapper nous aussi », réfléchit-elle ensuite.

« Le travail de l’humour, c’est d’oser ; et de tester les limites, renchérit Charlie Rousseau. Le public va te donner la réponse, si ça passe ou pas. C’est un équilibre toujours entre la plume et le public. »

Les époques et leurs ouvertures

« Je vois mon handicap comme une opportunité », lance Charlie Rousseau. C’est pas charrier un peu, là, quand même ? « Je ne dis pas que c’est un cadeau. Là, je charrierais, répond-elle. Mais en plus, je suis une femme. Je suis une double minorité à une époque où tout le monde se cherche une unicité, quitte à se teindre les cheveux en bleu pour y arriver. »

« Le signe physique, moi, je l’ai de naissance, poursuit-elle. Et je peux écrire sur tous les sujets qu’on a déjà entendus en humour, comme l’amour et le sexe, parce que quand c’est moi qui en parle, ça donne quelque chose de nouveau. En 2026, on a des portes d’entrée comme handicapées… »

« Oui, mais attends 2036 pour voir… » l’interrompt Mme Ricignuolo, tranchante. Charlie Rousseau reprend : « Ouain. Pis si on était en 1997, je serais restée cachée chez nous… »

Toutes parlent de leur handicap dans leurs numéros. C’est qu’il faut « nommer l’éléphant dans la pièce. Pas le choix », croit Charlie Rousseau. « Ce n’est pas tout le monde qui nous connaît. Nous trois, on est dans [la série télé] Le vestiaire, c’est une belle visibilité. Mais quand on arrive sur scène, il faut assumer le handicap, sinon les spectateurs sont malaisés. »

« J’aimerais ne pas avoir besoin d’évoquer ça toute ma carrière d’humoriste, poursuit-elle. Le jour où je fais mon premier one woman show, j’en parle : c’est ma carte de visite. Au deuxième show, c’est clair que je ne veux pas rester installée dans [ce sujet]. Faut en sortir. »

Et toutes s’entendent pour dire que s’il est même bon de rire des handicaps, une sensibilité est nécessaire. Et la posture compte. Le fameux numéro L’handicapé de Jean-Marc Parent, qui a lancé la carrière de l’humoriste en 1988, « ça se peut plus aujourd’hui », estime Mme Rousseau.

« Mike Ward m’a aidée »

Andréanne Fortin, elle, est arrivée à l’humour par son syndrome de La Tourette. « Le regard des autres était intense quand j’étais plus jeune. Au lieu de me morfondre parce que j’avais des tics dont le monde riait, je me suis mise à en rire. Pis tout le monde a commencé à rire. » Avec elle, cette fois.

Contrairement à ses deux comparses, Marie-Christine Ricignuolo n’est pas née avec son handicap. « Ça fait huit ans que j’ai perdu la vue », confie celle qui a livré son histoire dans Ma vie dans le noir, écrit avec Jean-Yves Girard (Saint-Jean). « Ça a été un énorme deuil. Mike Ward m’a aidée », confie-t-elle. L’humoriste provocateur vivait aussi des moments difficiles. « Il faisait des jokes sur ses envies de suicide, et d’entendre ce gars témoigner de sa détresse et d’en rire en même temps, ça m’a aidée à m’en sortir. »

« Monter sur scène, maintenant, ça vient avec de la vulnérabilité et beaucoup de trac, mais c’est là que je me sens vivante. C’est essentiel pour moi — comme me brosser les dents. »

Ce 8e Show mal amoché doit être accessible à tous les publics. Le coût du billet est de 20 $ — pour six humoristes, rappellent les trois femmes.

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