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La visite était historique, mais elle est passée sous les radars de la plupart des médias. Le 9 octobre, le ministre taliban des Affaires étrangères a atterri à New Delhi pour un séjour officiel, une première depuis le retour au pouvoir de la théocratie afghane en 2021. Amir Khan Muttaqi avait un objectif en tête : réchauffer les relations avec le géant d'Asie du Sud, rassurer et attirer les investisseurs alors que l'économie afghane est en crise. Problème : les femmes indiennes sont largement présentes dans la sphère politique, économique et médiatique. Comment les éviter ?
Pour rappel, le régime taliban a instauré une batterie d'interdictions envers les Afghanes : interdiction d'aller à l'école secondaire et à l'université hormis les madrasas ; interdiction de sortir seule, d'aller travailler, de conduire, de chanter, de parler en public… Le guide suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, ainsi que le président de la Cour suprême afghane sont désormais sous le coup d'un mandat d'arrêt pour crime contre l'humanité délivré par la Cour pénale internationale le 8 juillet.
Les talibans instrumentalisent la charia pour réduire les femmes au silence: "C'est inhumain, incompréhensible et barbare"Amir Khan Muttaqi a donc tenté d'éviter toute question sur le sujet, ainsi que tout contact avec des femmes qui auraient pu le mettre en porte-à-faux vis-à-vis de son gouvernement. Le 10 octobre, seuls des hommes avaient ainsi été invités à la conférence de presse à l'ambassade afghane. La rencontre avec le ministre indien des Affaires étrangères et ses équipes a eu lieu sans qu'aucune femme ne soit présente. Mal leur en pris. Des parlementaires indiennes sont en effet montées au créneau : "Nous avons choisi le déshonneur ultime pour les femmes indiennes et notre gouvernement est complice", a notamment tonné la députée d'opposition Mahua Moitra.
Des femmes dans la pièce
Deux jours plus tard, Amir Khan Muttaqi se voyait contraint de faire marche arrière. Une autre conférence de presse a été organisée à l'ambassade à laquelle des femmes ont été invitées. Durant celle-ci, il a dû faire face à un feu nourri de questions sur les persécutions contre les Afghanes. Ni son sourire (jaune) ni ses explications n'ont apaisé l'indignation palpable dans la pièce. Seule consolation pour l'intéressé, les femmes étaient tenues à bonne distance de l'estrade où il siégeait.
Le lendemain aurait dû être une journée plus tranquille, loin des journalistes. Amir Khan Muttaqi avait en effet rendez-vous avec la Fédération des chambres de commerce (FICCI), un puissant syndicat patronal. Mais, là encore, il y avait des femmes dans la pièce… L'une de ces participantes s'est approchée du ministre taliban pour lui remettre une plaque et une étoffe à la fin de la conférence. La voyant arriver, il a immédiatement agrippé le bras de son interlocuteur de la FICCI qui s'apprêtait à partir. Ce dernier fut amené à s'interposer et à jouer les intermédiaires malgré lui. Le ministre a finalement récupéré le cadeau, mais en gardant ses distances. Il était moins une ! L'incident diplomatique, aussi pathétique soit-il, n'était pas loin…
Afghanistan, trois ans après la chute de Kaboul : l'effroyable prix de la barbarie talibanePour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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