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«Le Seigneur des anneaux», nouvelle boussole idéologique des milliardaires et populistes de la droite radicale

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Si la trilogie du Seigneur des anneaux, parue en livres dans les années 1950, a tout de suite trouvé son public, les films de Peter Jackson du début du XXIe siècle ont parachevé son succès planétaire. Pour célébrer son 25e anniversaire, la saga revient mi-janvier dans les salles américaines en version longue. Cette sortie ne concerne pour l'instant que les États-Unis, ce qui n'empêche pas de raviver les discussions politiques et idéologiques autour de l'œuvre.

Autrefois, repérer un véritable fan de Tolkien relevait du jeu d'enfant. Des jeunes nerds, de vieux hippies ou quelques libéraux et lettrés pouvaient passer des heures à narrer leurs passages favoris et citer les répliques cultes des adaptations cinématographiques. Aujourd'hui, la Terre du Milieu s'est invitée jusque dans les discours de dirigeants populistes et de milliardaires technophiles, comme le détaille le média The Independent.

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L'entrepreneur Peter Thiel, figure de la tech libertarienne, est tellement fasciné par le récit qu'il a baptisé sa société d'analyse de données Palantir (en référence à la pierre de vision utilisée par Saroumane) et son entreprise de gestion de capitaux Mithril (clin d'œil au précieux métal chéri des elfes et des nains). Il fait également partie des investisseurs historiques de la start-up de défense Anduril, qui tire son nom de l'épée d'Aragorn.

Le vice-président américain J.D. Vance, lui, prétend que Le Seigneur des anneaux «a façonné sa vision conservatrice du monde». Dans son autobiographie de 2021, la Première ministre italienne Giorgia Meloni se souvient de «camps hobbit» néofascistes organisés au sein du mouvement jeunesse du parti post-fasciste italien MSI, où elle se déguisait en semi-homme. Encore aujourd'hui, l'histoire tolkienienne demeure sa feuille de route, sa bible et son mantra, une saga qu'elle ne considère «pas du tout comme un conte fantastique».

Des hobbits jusque dans la Silicon Valley

Ce n'est pas Elon Musk qui dira le contraire. Son livre préféré? La trilogie de J.R.R. Tolkien, dont l'aventure épique à travers la Terre du Milieu alimente sa compréhension du monde, notamment sur la question migratoire. Dans le podcast The Joe Rogan Experience, l'un des plus écoutés au monde, le patron de Tesla a comparé les hobbits de la Comté aux citoyens des petites bourgades anglaises, et les demandeurs d'asile aux orques de Mordor. «Les hobbits pouvaient vivre leur vie dans la paix et la tranquillité, avance-t-il. Mais uniquement parce qu'ils étaient protégés par les hommes forts du Gondor.»

Si l'œuvre de J.R.R. Tolkien est parsemée de références contredisant cette interprétation, plusieurs éléments –le sentiment d'exceptionnalisme moral, la hiérarchie raciale implicite– peuvent s'en rapprocher. Il serait cependant trop facile d'estimer qu'Elon Musk, Peter Thiel, J.D. Vance ou encore Giorgia Meloni ont simplement mal compris la saga. Ils semblent plutôt en proposer une lecture sélective, stratégique et taillée pour légitimer leurs propres combats politiques. La vision de la technologie, souvent présentée dans l'œuvre de Tolkien comme destructrice et dangereuse –l'écrivain a été très marqué par son expérience de la Grande guerre– semble de toute façon aux antipodes de la récupération qu'en font Peter Thiel ou Elon Musk.

On peut supposer sans trop s'avancer que J.R.R. Tolkien, décédé en 1973 à Bournemouth en Angleterre, serait consterné de voir son œuvre réinterprétée par une poignée de leaders de la tech et de figures politiques de la droite radicale. Lui qui se méfiait des récupérations idéologiques observerait sans doute avec stupeur la manière dont sa fiction est devenue un outil de communication politique.

En attendant, la version fleuve du Seigneur des anneaux projetée sur les grands écrans américains mi-janvier s'éloigne des théories nationalistes, en reprenant avec finesse le scénario imaginé par Peter Jackson. L'acteur Ian McKellen revêt son costume de magicien, tandis que Viggo Mortensen interprète à nouveau le personnage du roi vengeur. La trilogie ne se résume pas à une allégorie guerrière, mais envoie un message de solidarité et d'espoir. Comme le dit le fidèle Sam Gamgee: «Il y a du bon dans ce monde, M. Frodon, et cela vaut la peine de se battre pour cela

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