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Les Canadiens, leurs entreprises et leurs banques continuent d’afficher une belle résilience financière en dépit d’une dernière année « difficile », constate la Banque du Canada. Mais ils ne sont pas à l’abri d’un éventuel choc ou, pire, d’une cascade d’événements qui découlerait de la politique commerciale américaine, des tensions géopolitiques, de l’intelligence artificielle ou de la place grandissante d’autres acteurs financiers que les grandes banques.
La banque centrale canadienne s’est généralement faite rassurante jeudi dans son nouveau Rapport sur la stabilité financière, qui brosse chaque année le portrait de la situation d’ensemble au pays.
« Dans l’ensemble, le système financier canadien a bien fonctionné malgré une année difficile. La situation des ménages et des entreprises reste stable, et les banques ont renforcé leur capacité à absorber les chocs», a déclaré la première sous-gouverneure de l’institution, Carolyn Rogers, en conférence de presse. «Certaines parties du système présentent toutefois des vulnérabilités accrues », a-t-elle poursuivi.
Comme l’an dernier, l’un des principaux risques est l’incertitude liée aux droits de douane américains et à l’avenir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), actuellement en réexamen.
Les dangers géopolitiques se sont également intensifiés, notamment avec la guerre au Moyen-Orient, qui est responsable des « plus importantes perturbations de l’histoire dans les marchés mondiaux de l’énergie ».
Il faut aussi parler de l’intelligence artificielle, dit la Banque. L’IA a la capacité de stimuler la productivité économique, mais aussi d’accroître « la fréquence, l’ampleur et la complexité des cyberattaques ». Qui plus est, elle nourrit une envolée boursière qui rappelle la bulle technologique du tournant des années 2000.
« Prises individuellement, des vulnérabilités comme celles-là semblent gérables», a noté Carolyn Rogers. «Mais l’environnement économique et géopolitique est devenu plus volatil. Il est donc plus probable que, advenant un nouveau choc ou une combinaison de chocs, plusieurs vulnérabilités se matérialisent simultanément, [se renforçant] mutuellement, [et provoquant] une cascade d’événements [capable] d’amplifier les chocs et finalement se propager à l’ensemble du système financier ».
La dette des ménages
Les dernières années, la Banque du Canada s’était inquiétée du choc que risquait d’infliger la hausse accélérée des taux d’intérêt sur les ménages canadiens au moment de renouveler leurs hypothèques. Elle note aujourd’hui que ces derniers s’en sont plutôt bien tirés, grâce entre autres à l’augmentation de leur richesse nette, au resserrement des règles hypothécaires et à la décision de certains emprunteurs d’allonger la période d’amortissement de leurs prêts.
La prochaine année verra le renouvellement des derniers prêts hypothécaires à versement fixes sur cinq ans contractés durant la période des taux d’intérêt extraordinairement bas de la pandémie. Représentant environ 12 % de l’ensemble des hypothèques, ces prêts devraient voir le montant de leurs versements augmenter d’environ 15 %.
« L’endettement des ménages demeure élevé, mais en deçà de son sommet de 2022», rapporte la Banque du Canada. «La part des emprunteurs accusant un retard de paiement de dette s’est stabilisée au cours des 12 derniers mois, après quatre années de hausse. Cette vue d’ensemble dissimule toutefois des écarts importants entre les ménages », note-t-elle, les plus endettés disposant de « très peu de marge de manœuvre pour faire face à une perte d’emploi ou à des dépenses imprévues ».
Attention aux hedge funds
Un autre sujet de préoccupation de la Banque du Canada l’an dernier était la place grandissante des acteurs financiers non bancaires, particulièrement des fonds de couverture (hedge funds).
Partis de presque rien et surfant entre autres sur l’endettement grandissant des gouvernements, ces derniers représentaient plus de 40 % du marché des obligations du gouvernement du Canada l’an dernier et ont été responsables de l’essentiel du doublement de l’investissement à crédit depuis cinq ans.
« En temps normal, ces activités soutiennent la liquidité du marché et l’efficience des prix », explique la banque centrale. Toutefois, si le contexte économique et financier, ou plus simplement l’humeur des investisseurs, devaient piquer du nez, ces fonds pourraient vouloir retirer brutalement leurs billes amplifiant la crise.
Dans ce rapport annuel, la Banque du Canada ne cherche pas à faire des prévisions, mais à explorer les principaux risques qui pèsent sur le système financier canadien. « Dans l’ensemble, nous estimons [qu’il] reste en bonne posture pour résister aux chocs, [mais] nous devons rester vigilants », a dit le sous-gouverneur Toni Gravelle, qui était aux côtés de Carolyn Rogers.
Et « lorsqu’il est question de chocs, les plus dangereux sont toujours ceux auxquels on n’a pensé », a admis cette dernière.


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