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Le secret de la duchesse d’Aiguillon

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La clé du mystère de la peinture murale découverte en novembre dernier sur le pourtour d’une alcôve du monastère des Augustines de Québec se trouverait dans le portrait de la duchesse d’Aiguillon. Les deux œuvres pourraient être de la même main, selon l’historien de l’art Laurier Lacroix.

« Mon hypothèse repose sur le traitement du paysage derrière la duchesse », explique le spécialiste en évoquant la représentation de la ville de Québec à la gauche du tableau. « L’artiste a d’abord mis des strates de couleur, du brun, du beige et du bleu, puis a dessiné les bâtiments par-dessus avec un pinceau noir. C’est traité de la même façon que la peinture murale. »

Selon la tradition orale des Augustines, le panorama de l’alcôve aurait été réalisé à la toute fin du XVIIe siècle par Marie-Madeleine Maufils, une religieuse canadienne originaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. Quant au tableau de la duchesse d’Aiguillon, l’historien de l’art Gérard Morisset (1898-1970) l’a attribué à Paul Beaucour, un soldat français débarqué au Canada autour de 1720.

« Morisset était très généreux dans ses attributions », précise Laurier Lacroix. « Ce qui fait qu’un même artiste se retrouve aujourd’hui avec un catalogue d’œuvres qui n’ont pas toujours rapport. » Malheureusement, le peintre soldat n’a pas signé ses compositions. « Il n’y a pas de documents anciens qui disent, par exemple, “M. Beaucour est venu peindre dans notre chapelle” ou “M. Beaucour a fait tel ou tel tableau”. »

L’attribution de la peinture murale de l’alcôve à mère Maufils est également contestée. C’est pour éclaircir ce mystère que le monastère des Augustines a mis en place un comité d’experts qui a été confié à l’historien de l’art Franck Calard. Ses membres n’ont toutefois pas retenu l’hypothèse avancée par Laurier Lacroix. « Bien que l’exécution des bâtiments [du portrait de la duchesse] puisse se rapprocher du paysage mural, la touche est bien différente », explique la conservatrice du monastère, Ariane Blanchet-Robitaille.

Le prélèvement d’échantillons destinés à l’analyse au carbone 14 s’est ainsi limité aux œuvres attribuées à mère Maufils, soit le paysage de l’alcôve, les panneaux de bois d’une armoire se trouvant dans le même couloir et les paysages des lambris de l’église de l’Hôpital général situé dans la Basse-Ville de Québec.

Femme de pouvoir

Née en 1604, la duchesse d’Aiguillon est la nièce du cardinal de Richelieu, le principal ministre de Louis XIII. Mariée à 16 ans, veuve à 18, elle résiste à son oncle entreprenant qui souhaite ardemment la remarier avec un grand personnage du royaume pour consolider sa sphère d’influence.

Cette femme de tête prend la défense des dramaturges comme Corneille, qui la remercie en lui dédiant son œuvre la plus célèbre, Le Cid, en 1637. La même année, la lectrice assidue des relations des Jésuites du Canada finance la création de l’Hôtel-Dieu de Québec, le premier hôpital de la Nouvelle-France, qu’elle consacre au « Précieux Sang du fils de Dieu répandu pour faire miséricorde à tous les hommes ».

À défaut de visiter la colonie embryonnaire, la duchesse y envoie son portrait en 1639. Ce tableau n’a visiblement pas survécu à l’épreuve du temps. Il n’en subsiste que la copie attribuée à Beaucour, que l’on peut aujourd’hui admirer à l’exposition permanente du monastère des Augustines. L’année 1639 inscrite au bas de cette huile sur toile de plus d’un mètre de haut ne correspond donc pas à sa date de conception.

La fondatrice du plus ancien établissement hospitalier au nord du Mexique est morte célibataire en 1675. La rue d’Aiguillon du faubourg Saint-Jean-Baptiste est l’un des seuls marqueurs toponymiques laissés par la duchesse dans le paysage de Québec.

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