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Le sculpteur Thomas Meloche privé du statut d’artiste professionnel

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Même s’il vit de son art depuis 25 ans, Thomas Meloche, un sculpteur bien connu au Saguenay–Lac-Saint-Jean, se voit refuser le statut d’artiste professionnel par Québec. L’artiste dénonce les critères rigides du gouvernement qui donnent accès à la reconnaissance professionnelle et, par le fait même, à plusieurs contrats publics.

Je ne vends pas des pogos, je vends des sculptures. Puis ce n'est même pas assez pour être reconnu comme professionnel au Québec, déplore Thomas Meloche, en entrevue à l’émission Place publique.

En plus d’être reconnu internationalement, le sculpteur originaire de Sainte-Rose-du-Nord a collaboré avec la Ville de Saguenay sur plusieurs projets. Il a récemment participé à la création d’une œuvre pour le 350e anniversaire de la fondation du poste de traite de Chicoutimi.

Deux personnes posent devant un autobus scolaire peint en rose et en bleu. Des échafauds sont installés autour.

Les artistes Thomas Meloche et Eruoma Awashish ont été chargés de peindre le Mixbus. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marjorie Armstrong

Or, puisqu’il n’a jamais exposé le fruit de son travail dans un centre d'art reconnu par le gouvernement provincial ou fédéral, il n’a pas accès au statut d’artiste professionnel. Il ne peut donc pas soumettre son nom pour réaliser certains projets chapeautés, notamment, par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) ou par le biais de la Politique d'intégration des arts à l'architecture et à l'environnement.

C'est en postulant pour une banque d'artistes auprès de la Ville de Saguenay qu'il s'est buté à cette réalité.

Je me suis fait offrir dernièrement de participer à une banque d'artistes parce qu’ils voulaient faire des sculptures à Ville Saguenay. J'ai essayé de déposer mon dossier. [...] Puis j’ai reçu ma réponse comme quoi je ne suis pas un artiste professionnel, que mon parcours, mes expériences ne sont pas reconnus à juste titre, se désole Thomas Meloche.

C'est un peu élitiste d'avoir le statut d'artiste professionnel. Si je n'expose pas dans des centres d'art reconnus par le ministère, je ne suis pas un artiste reconnu, même si je vis de tout ça, que je donne des cours, des formations de sculpture, que je vais dans des écoles, constate-t-il, avec étonnement.

Les critères du gouvernement québécois le frustrent, d’autant plus qu’exposer dans des galeries traditionnelles n’a jamais cadré avec sa pratique.

Je n'ai pas le temps d'appliquer pour faire de l'exposition dans des centres d'artistes. Je fais aussi de la sculpture de pierre, pas évident d'amener une roche de trois tonnes ou bien un arc de 20 pieds de haut, 20 pieds de large en bois dans un centre culturel.

Plusieurs contrats en moins

Selon Thomas Meloche, le gouvernement aurait intérêt à faire preuve de plus de flexibilité dans l’attribution du statut d’artiste professionnel.

Les cases ont été faites depuis plusieurs années. [Si] tu ne rentres pas dans certaines cases, même si tu en coches trois, si tu ne coches pas la quatrième, alors tu n’es pas reconnu.

Une œuvre commémorative en bois représentant deux personnages qui ont les mains jointes à Rivière-Éternité.

Cette œuvre commémorative en bois à Rivière-Éternité a été réalisé en partie par Thomas Meloche. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté : Municipalité de Rivière-Éternité

Il faudrait briser un petit peu le système, martèle-t-il, parce que cette réglementation le prive de plusieurs occasions professionnelles.

Je me suis fait approcher deux fois pour des projets de 100 000 $. Une fois au Trou de la Fée puis une fois pour le Cap-Jaseux. Ce sont toutefois des occasions qu’il devra laisser passer.

Plusieurs sculpteurs sont dans la même situation que lui, assure-t-il.

Je me suis fait dire que j'avais le droit de charger des droits d'auteur, donc je charge les droits d'auteur. Mais, en même temps, je ne suis pas reconnu. C'est vraiment bizarre.

Une grande sculpture d'un castor qui tient un arbre.

En juin, l'artiste a installé plusieurs sculptures de bois, dont celle-ci, à Alma.

Photo : Facebook/Thomas Meloche

Les chemins de l’école

Avec sa tête de cochon, Thomas Meloche a tout de même l’intention d’obtenir la reconnaissance professionnelle bientôt. Et ce, par tous les moyens possibles.

L'année passée, je me suis inscrit justement à la maîtrise en art à l'UQAC, parce que, quand tu as ta maîtrise en art, vu que tu es un bon étudiant, tu l'as ton statut d'artiste, dit-il, d'un ton ironique.

Je ne veux pas devenir un rond. Je suis un carré. Je suis comme ça, je fais de l'art rural, je fais de l'art hivernal, mais tu sais, je ne changerai pas pour faire plaisir au monde, conclut-il.

Avec les informations de Catherine Doucet

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