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“Le Roi du Nord” succède à Keir Starmer à la tête du gouvernement britannique : “Andy est un des nôtres”

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Correspondant à Londres

Andy Burnham, 56 ans, député de Makerfield, dans la banlieue de Manchester, sera nommé Premier ministre ce lundi 20 juillet. Aucun autre député travailliste ne s'étant porté candidat à la succession de Keir Starmer, il a été nommé chef du parti travailliste ce vendredi 17 juillet. Un fait rare et en apparence surprenant, surtout vis-à-vis d'un politicien qui n'était ni membre du gouvernement ni député de la Chambre des communes avant son élection le 18 juin.

Comment s'explique cette popularité, aussi bien auprès de ses collègues, des adhérents du parti que d'une partie non négligeable de l'électorat ? Une scène de son serment au Parlement, le 22 juin, donne un premier indice. Alors qu'il signe le registre de prestation, un député conservateur hurle : "Il n'est pas le Messie !" Levant un œil, il lui lance, un sourire espiègle en coin : "Petit garnement !", provoquant l'hilarité de tous. Le contraste avec un Keir Starmer souvent compassé en public est saisissant.

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Image de proximité

Outre cette aisance sociale, ce fils d'un ingénieur dans la téléphonie et d'une mère réceptionniste, né dans la lointaine banlieue nord de Liverpool, s'est dessiné une image de proximité et d'authenticité.

Ce fan de football continue à se rendre aux matchs d'Everton, l'équipe du nord de la ville, où il emmène régulièrement son épouse et leurs trois enfants. Ses tenues vestimentaires relativement décontractées ont renforcé son image : un pantalon, une veste et une chemise noirs, très souvent remplacée par un t-shirt. Les pages mode du quotidien The Times l'ont ainsi décrit comme "un homme Uniqlo (du nom de la chaîne de vêtements japonaise, NdlR) capable de porter une paire de sandales avec style".

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Un routier du Labour

Surtout, Andy Burnham n'est pas un nouveau venu sur la scène politique. Il est même l'un des visages les plus connus du Parti travailliste. Après avoir rejoint le Labour à 15 ans, il effectue ses premiers pas au Parlement comme chercheur pour le compte d'un député en 1994. Il est lui-même élu à la Chambre des communes en 2001. Après plusieurs rôles gouvernementaux mineurs, il enchaîne les hauts postes dans des gouvernements dirigés par Gordon Brown : numéro deux du Trésor, ministre de la Culture, des Médias et du Sport et, enfin, ministre de la Santé.

À la défaite des siens lors de l'élection générale de 2010, il se présente pour remplacer Gordon Brown à la tête du Labour. C'est plus l'occasion d'exposer son ambition, que de l'emporter tant les deux frères Miliband figurent comme favoris. De fait, il termine en 4e position et rejoint dans la foulée le cabinet fantôme – l'équipe de direction – du vainqueur, Ed Miliband. Il demeure pendant cinq ans son responsable de l'éducation.

Lors de la défaite de celui-ci en 2015, il est pressenti pour le remplacer. Son image de politicien relativement à gauche joue en sa faveur. Il regrette ouvertement que "le parti s'est autorisé à perdre le contact avec la réalité. Le Parti travailliste était autrefois le parti qui aidait tout le monde à réussir dans la vie, et c'est là que nous devrions être". Ses valeurs religieuses le distinguent également de ses concurrents. Même s'il ne se dit "pas particulièrement croyant" malgré son éducation catholique, il assure "croire aux valeurs et aux repères" apportés par cet enseignement.

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Premier maire du Grand Manchester

Il est pourtant balayé par la vague d'extrême gauche qui porte Jeremy Corbyn au pouvoir. Politicien loyal, il demeure dans son équipe de direction jusqu'en 2017. Lorsque le parti lui propose d'être candidat pour devenir le maire du Grand Manchester, il saute sur cette occasion et est élu avec 63 % des voix.

C'est dans ce rôle que sa réputation a pris son envol. En octobre 2020, en pleine crise du Covid-19, il s'insurge contre la décision du Premier ministre Boris Johnson d'imposer à sa ville le plus strict niveau de confinement sans, estime-t-il, apporter d'aides financières suffisantes à sa population et à ses entreprises.

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C'est un mec du nord de l'Angleterre, il connaît notre réalité, pas comme les Londoniens."

Leur dispute est suivie avec attention et la phrase "King Of The North" (le roi du Nord) se répand sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre. "Cette dispute a contribué à renforcer la notoriété de Burnham et à consolider son autorité", estime Max Stafford, professeur de sciences politiques à l'Université de Southampton. Deux ans plus tard, le maire s'indigne de l'annulation des lignes de train à grande vitesse prévues jusqu'à Manchester et le nord de l'Angleterre. Le voilà définitivement devenu le protecteur attitré de sa ville et de la région.

Sa principale réalisation à Manchester concerne la mise en place du réseau de transport intégré Bee Network. En raison de l'explosion de l'inflation, il avance d'un an l'instauration d'un prix unique du billet de bus à 2 livres (2,30 euros). Jusqu'alors, les trente opérateurs offraient cent cinquante types de billets différents, une conséquence de la déréglementation des services de bus imposée en 1985 par la conservatrice Margaret Thatcher.

Fidèle à ses convictions

Onze ans après sa dernière tentative de devenir chef du Labour, son message n'a pas vraiment changé, ce qui rassure les adhérents, qui ne voient pas en lui un arriviste. "Lorsque j'ai lancé ma campagne, j'ai reconnu que, pendant quarante ans, l'économie n'a pas fait assez pour les gens vivant dans des endroits comme ici", a-t-il expliqué pendant sa campagne électorale à Makerfield. "Le soi-disant ruissellement n'est pas arrivé jusqu'à eux. Mon approche a permis de relancer la discussion avec les électeurs." Sa volonté affirmée d'avoir "une campagne et un discours positifs, afin de redonner l'espoir aux gens", dénote aussi fortement.

"Andy est un des nôtres", résume pour beaucoup George, un vitrier croisé dans les rues d'Ashton-in-Makerfield, sa circonscription. "C'est un mec du nord de l'Angleterre, il connaît notre réalité, pas comme les Londoniens qui n'ont aucune idée de ce qu'est la vie en dehors de la capitale." Les attentes sont grandes. L'avenir du Labour, mais aussi des partis traditionnels britanniques, se joue peut-être au cours des trois années qui mèneront jusqu'à l'élection générale de 2029.

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