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Le rêve d'autonomie des Kurdes syriens est menacé par Damas: la guerre en Iran peut-elle leur profiter?

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Ces dernières semaines, des informations contradictoires ont circulé à Washington sur un possible accord entre les États-Unis et le gouvernement du Kurdistan irakien: des combattants kurdes d'Irak auraient franchi la frontière pour lancer des opérations en territoire iranien, dans des zones peuplées de Kurdes iraniens. Selon l'une des versions, Donald Trump envisagerait de les armer afin de stimuler une insurrection interne contre le régime des ayatollahs à Téhéran, tout en se désengageant du dossier kurde en Syrie.

Car en Syrie du Nord-Est, le signal est inverse: l'administration américaine ne cherche plus à protéger l'autonomie de facto des Kurdes, mais à les pousser à accepter le retour sous l'autorité de Damas. Après des années de quasi‑État autogéré, l'administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie ou Rojava, les négociations ouvertes le 4 janvier au siège du gouvernement syrien entre des représentants kurdes menés par le commandant des FDS (Forces démocratiques syriennes), Mazloum Abdi, et le cabinet du nouveau pouvoir, Ahmed al-Charaa, ont tourné au fiasco.

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En pleine réunion, le ministre des Affaires étrangères Assad al‑Shaibani aurait perdu son sang‑froid et sommé la délégation kurde de quitter la salle, malgré les protestations des médiateurs américains. Un article du magazine d'investigation indépendant russe The Insider fait le point sur la situation.

Damas a immédiatement imputé cet échec à Mazloum Abdi, accusé d'être incapable de décider sans l'aval du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, ennemi juré d'Ankara depuis des décennies. Côté turc, la crainte n'a jamais varié: voir émerger, dans le chaos de la guerre civile syrienne, une entité kurde qui finirait par revendiquer les régions kurdes du sud de la Turquie. Pour éviter ce scénario, l'armée turque s'est engagée très tôt dans le conflit syrien, avec l'objectif de bloquer toute marche vers l'indépendance au nord. La stratégie a fonctionné: fin 2024, les forces d'Ahmed al-Charaa, soutenues par Ankara, ont renversé l'armée de Bachar el‑Assad. L'ancien commandant djihadiste est alors proclamé chef d'État par intérim.

Pour les Kurdes syriens, la séquence a été d'autant plus brutale qu'ils ont longtemps été indispensables aux Occidentaux… avant d'être abandonnés. Au début de la guerre, ils avaient négocié une neutralité pragmatique avec Bachar el‑Assad: pas de soutien à la rébellion, en échange d'une large autonomie de fait au nord. Puis, avec l'essor de l'organisation État islamique (EI), les divers groupes kurdes deviennent le fer de lance de la lutte contre Daech pour les États‑Unis et l'Europe, alors que le régime de Damas est persona non grata.

Armes, financements, reconnaissance diplomatique: les Kurdes sont présentés comme des alliés laïques et respectueux des droits humains, mais jamais Washington ni ses partenaires n'osent promettre l'indépendance, ni même une autonomie constitutionnelle durable.

La reprise de contrôle de Damas

Une fois l'EI militairement défait, le soutien se tarit rapidement. L'élection de Donald Trump en 2024 et son annonce d'un retrait des troupes américaines de Syrie achèvent d'isoler Mazloum Abdi, désormais seul face à une nouvelle armée syrienne bien équipée et décidée à rétablir l'autorité centrale. En mars 2025, il signe à Damas un accord de «réintégration» des régions kurdes dans le giron national: un texte très flou sur l'avenir des forces kurdes, le statut de la langue ou le partage des compétences, censé être précisé ultérieurement mais vite bloqué par la résistance sur le terrain.

Les autorités d'Ahmed al‑Charaa exigent que les Unités de protection du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ) soient dissoutes: les combattantes et combattants kurdes devront rejoindre individuellement la nouvelle armée, seront dispersés dans diverses unités, sans chefs élus ni idéologie propre.​

La confiance est d'autant plus entamée que le nouveau pouvoir affiche rapidement sa volonté de recentralisation. Une Déclaration constitutionnelle transitoire entérine le maintien du nom de République arabe syrienne, ne mentionne pas le kurde parmi les langues officielles et oublie d'abord la fête de Nowruz dans la liste des jours fériés nationaux. Pour Damas, cette charte pose le cadre d'un État unitaire; pour les Kurdes, elle sonne comme la fin du projet du Rojava.​

Pendant que les Kurdes tentent de sauver ce qui peut l'être en Syrie, le reste de la région s'embrase. La guerre ouverte entre Israël et l'Iran, l'élimination du pouvoir iranien et les manœuvres du Corps des gardiens de la révolution pour attiser le chaos redonnent aux mouvements kurdes une valeur stratégique. Téhéran, qui a longtemps classé l'YPG et l'YPJ comme terroristes, aurait commencé à coopérer discrètement avec certains groupes kurdes, selon des fuites relayées par des médias turcs, pour troubler le jeu dans la Syrie post‑Assad.

Ankara, de son côté, voit d'un très mauvais œil toute hypothèse d'axe Washington–Kurdistan irakien–Kurdistan iranien, qui réveillerait son cauchemar d'un continuum kurde armé à ses frontières. Poussée malgré elle dans l'affrontement avec l'Iran et obsédée par la «question kurde», la Turquie pourrait être tentée de frapper préventivement des bases kurdes en Irak, voire en Syrie, quitte à se mettre à dos Donald Trump et les États‑Unis. Dans ce scénario, la marge de manœuvre des Kurdes syriens, déjà coincés entre Damas et Ankara, se réduirait encore, sommés de choisir un camp dans un jeu régional où chaque acteur cherche à instrumentaliser leur cause sans jamais garantir leur avenir politique.

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