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Rares sont ceux qui regretteront Nicolás Maduro. Président illégitime, artisan de l'appauvrissement massif du Venezuela, fossoyeur méthodique de l'État de droit, il aura neutralisé la justice, éliminé ses opposants et muselé les médias indépendants. Sa chute suscite un soulagement compréhensible, notamment chez les Vénézuéliens contraints à l'exil ou à la survie. Mais se réjouir de la fin d'un dictateur répressif ne saurait suffire. Car l'événement dépasse Caracas : il s'inscrit dans une bascule historique bien plus large.
Les justifications avancées ne doivent pas nous aveugler. Washington, au demeurant, ne s'en cache guère. Derrière le vernis d'une lutte nécessaire contre le narcotrafic international se déploie une doctrine assumée : America First. Autrement dit, la primauté des intérêts stratégiques américains sur toute autre considération morale, diplomatique ou juridique. Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole du monde. Le reste devient secondaire.
Donald Trump avait promis d'étendre la zone d'influence américaine. Il le fait. Par une opération militaire éclair, spectaculaire, et juridiquement indéfendable. Et le message est limpide : si le régime de Caracas ne plie pas, une seconde salve de frappes, plus massive encore, est déjà annoncée. La loi du plus fort n'est même plus dissimulée derrière des discours humanitaires ou démocratiques. Elle est revendiquée.
Ce qui se joue aujourd'hui au Venezuela n'est donc pas un épisode isolé. La Russie envahit l'Ukraine au nom de sa sphère d'influence historique. Les États-Unis redessinent les cartes du continent américain. La Chine accentue la pression militaire et politique sur Taïwan. Pendant que l'Europe consulte juristes et experts en droit international, le monde, lui, a déjà changé de logiciel. Les regards se tournent désormais vers Cuba, le Groenland, l'Iran, voire le Mexique. Tous figurent sur la carte mentale de Donald Trump.
Intervention américaine au Venezuela : la première mise en œuvre de la doctrine TrumpNous assistons au retour des Empires. Des empires contemporains, fondés sur la puissance économique, la maîtrise énergétique, la force militaire et le piétinement assumé du multilatéralisme. Le retour, aussi, d'une forme d'entente tacite entre grandes puissances, chacune agissant dans sa zone, testant les lignes rouges de l'autre, au risque d'affrontements directs, de guerres hybrides ou par procuration.
Dans ce monde-là, les règles communes deviennent des variables d'ajustement. Le droit international, une contrainte optionnelle. Les institutions multilatérales, des chambres d'écho impuissantes. Et l'Europe, une puissance normative désarmée face à un monde redevenu brutal.
Le retour des Empires n'est pas une hypothèse. C'est un fait. Vertigineux.
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