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Le «Requiem» de Mozart quintessentiel de Bernard Labadie

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Les Violons du Roy et La Chapelle de Québec donnaient samedi à la Maison symphonique un concert enfin copieusement rempli qui devrait les aider à regagner leur public dans le futur. Où, ailleurs, trouver dans ce répertoire la quintessence musicale partagée par ces musiciens sous la direction de Bernard Labadie, qui reprend désormais en main les ensembles qu’il a fondés ?

Le concert fut dense, court, mais intense. À quoi bon délayer quand tout est dit et dit aussi bien ? Bernard Labadie s’est pourtant permis une petite originalité en fin de programme. Jamais en panne d’un bon mot, prenant le micro pour dire que la convention de Genève avait prévu d’interdire les rappels après le Requiem de Mozart, mais que comme l’époque était à bafouer allègrement les règles internationales, il allait y en avoir un. C’était l’Ave Verum de Mozart, un émouvant hommage aux 28 années passées par Laurent Patenaude aux Violons du Roy, et notamment à leur direction artistique. Laurent Patenaude prend à partir de lundi les rênes de l’Opéra de Québec.

Débuter

Pour revenir à l’objet du concert, le Requiem de Mozart, la première question qui se pose est : que jouer avant ? On peut opter pour le 27e Concerto pour piano, suivi d’un entracte. Dans la même configuration, on peut prendre une œuvre de Bach avec un sujet connexe, par exemple la rédemption, avec la Cantate pour soprano « Mein Herze schwimmt im Blut » (Mon cœur nage dans le sang).

Une option très en vogue est d’enchaîner sans pause deux œuvres étrangères l’une à l’autre. Notre « solution vedette », à ce titre, est la Symphonie funèbre de Joseph Martin Kraus, contemporain de Mozart, une suite de quatre adagios. Pour cette série de concerts, Bernard Labadie avait choisi plus concis, avec la version avec accompagnement de cordes du Motet de Bach « O Jesu Christ, Mein’s Lebens Licht ». Cela plonge le public dans une attente, amène parfaitement le propos, même si c’est un peu bref.

Au fil des années, sous la houlette de Bernard Labadie, le Québec semble en pointe dans le fait d’imposer la révision de Robert D. Levin comme l’édition de référence du Requiem de Mozart. Et nous avouons que le chef nous a, peu à peu, gagnés à cette cause. Si l’on peut être dérangé dans ses habitudes par la fugue « Amen » à l’issue du Lacrimosa, il ne faut pas occulter tous les points positifs, et finalement déterminants, que le travail de Levin apporte par ailleurs. Ils apparaissent encore mieux en concert qu’au disque.

Sans entrer dans le détail d’écriture, la transition avant la fugue dans le Benedictus, ou telle articulation, c’est vraiment l’intelligence du travail sur l’orchestration qui frappe. La mise en évidence des bois, et notamment de la clarinette, en fait le sel. Au début du Benedictus ou sur le mot « Requiem » dans l’Agnus Dei, la chaleur de cet instrument, dont Mozart s’était épris, fait sens.

Détails

Le mot quintessence porte en lui les idées de concentré et d’absolu. Il nous est difficile d’imaginer plus admirable que ce que nous avons entendu samedi. D’abord au niveau choral, dans l’équilibre entre les pupitres, la parfaite balance orchestre-chœur et, cerise sur le gâteau, la couleur angélique irradiante du pupitre de sopranos. Elle était à la fois blanche, pure, mais pas désincarnée (« Voca me »).

Ensuite, sur le plan expressif, le niveau de détail atteint le sublime, par exemple dans la manière de scander « Quando judex est venturus » (Dies irae) avec force mais sans brutalité, dans celle de poser le « t » de « Veniet » par 30 choristes en même temps comme avec une pincette. Mais il y a encore plus inventif. Dans « Dona eis requiem sempiternam » (Agnus Dei) le « ter » est légèrement éclairci (« tér ») pour ne pas plomber par un vulgaire « êêê » cette ascension vers le repos éternel. Reste à résoudre le mystère des « x » manquants dans « lux » « ou Rex ».

Des idées, des contrastes, des élans, des équilibres choraux et instrumentaux qui éclairaient le message, il y en avait dans tous les recoins d’une prestation, qui, c’est rare, proposait un quatuor de solistes lui aussi sans failles, de haute qualité, stylistiquement juste et équilibré. Cette remarque semble tomber sous le sens. Mais écoutez 100 ou 150 enregistrements ; les doigts d’une main vous suffiront largement à la fin pour compter ceux dans lesquels c’est le cas.

Ce grand et mémorable concert lançait la campagne des Violons du Roy pour leur saison 2026-2027, cimentée par Bernard Labadie, qui accueillera en chefs invités Maurice Steger, Avi Avital, Paul Agnew, Thomas Le Duc-Moreau et Johann Stuckenbruck, et s’ouvrira avec le contre-ténor Iestyn Davies.

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