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Le renouveau menotté

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La portée des remaniements ministériels se résume le plus souvent à un banal exercice de relations publiques. Celui de la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, le fut d’autant plus. Aussi bien dans l’espoir ténu de reconquérir une part de l’électorat québécois que dans l’effort redoublé, surtout, pour coaliser les membres de la famille caquiste. Résultat, le « nouveau souffle » insufflé pour amadouer les premiers fut aussitôt étouffé par la stabilité privilégiée pour ménager les seconds. Aux dépens, au passage, de sages décisions.

Le changement de ton de Mme Fréchette est pourtant rafraîchissant. Son « nouveau » gouvernement ne souhaite « plus se concentrer sur les réformes de structure, mais bien améliorer les services directs aux Québécois ». Si la première ministre y parvient miraculeusement, ces derniers lui en seraient effectivement reconnaissants.

Sous sa gouverne, la Coalition avenir Québec (CAQ) promet une « approche plus humaine en immigration ». Il était temps. (Le manque de vigilance préoccupant du ministre François Bonnardel dans le dossier SAAQclic, lorsqu’il était aux Transports, fait cependant craindre une pareille indolence à l’Immigration, portefeuille d’une extrême complexité dont il hérite pourtant.) La crise de l’itinérance est élevée au rang des mandats ministériels explicites (sous Lionel Carmant, qui effectue lui aussi un retour). La violence faite aux femmes figure en outre au rang des toutes premières priorités d’action de l’équipe Fréchette (la Condition féminine ne demeurant cependant qu’une sous-responsabilité ministérielle).

La nomination d’un ministre délégué aux Régions, qui chapeautera de surcroît un conseil d’élus relayant les préoccupations de chacune d’entre elles (18 députés ainsi incidemment amadoués), sera par ailleurs applaudie aux quatre coins du Québec, trop souvent oubliés dans la capitale nationale. Mathieu Lévesque en sait quelque chose, lui qui sera attendu de pied ferme dans la sienne, en Outaouais, où bien qu’un « statut particulier » fût accordé par la CAQ, la construction d’un troisième hôpital et d’un tramway, de même que l’achèvement de l’élargissement de « l’autoroute de la mort », la 50, se font toujours attendre.

Pour le reste, le virage Fréchette reste toutefois bien étroit. Pas moins de la moitié des ministres conservent à peu de chose près le même portefeuille. Cinq autres restent en selle avec de nouvelles responsabilités. Parmi les changements apportés, seuls cinq nouveaux venus (dont M. Lévesque) font leur entrée au Conseil des ministres. Son renouveau se fait avant tout dans le consensus.

La priorité fut celle de la pacification — en vain — au sein de la coalition. Certaines récompenses, pour ce faire, furent distribuées au mépris de la démonstration des compétences. Pour faire amende honorable aux ex-adéquistes, en ramenant François Bonnardel dans l’équipe ministérielle. Pour apaiser l’aile nationaliste identitaire déçue de la défaite à la chefferie de Bernard Drainville, enfin sacré comme il le souhaitait superministre de l’Économie et de l’Énergie, sans qu’il soit en mesure d’étayer sa qualification.

Cet ultime geste de réconciliation a beau avoir ravi le principal intéressé, d’autres, dans son entourage, ont eu plus de mal à cacher leur amère déception. Simon Jolin-Barrette conserve certes la Justice et les Affaires constitutionnelles, mais l’influent ministre était visiblement mécontent de perdre les Relations canadiennes et surtout le poste de leader parlementaire. L’ex-ministre remercié Gilles Bélanger a claqué la porte, tandis que la députée Shirley Dorismond a pour sa part mis en doute son avenir avant même que ne soit confirmée la composition du Conseil des ministres, dont elle fut écartée. Sept chefs de cabinet pro-Drainville seraient quant à eux partis.

Le renouveau déjà timoré de Christine Fréchette pourrait fort bien demeurer d’autant plus inhibé par l’aile bleue des caquistes, qui ne se contentera pas d’une simple place symbolique autour de la table des ministres, mais qui réclamera d’y être en outre écoutée. L’équilibrisme de la première ministre ne fait que commencer.

La nouvelle ministre de l’Environnement, a contrario, risque peu de se faire entendre. À peine assermentée Pascale Déry plaidait-elle pour le « gros bon sens » et l’atteinte d’un « équilibre » entre action climatique et développement économique. Christine Fréchette n’ayant dit mot de l’environnement, dans ses deux discours d’assermentation, le manque d’ambition persistant de ce « nouveau gouvernement » fait peu de doute à ce chapitre.

Le virage vers une nouvelle CAQ, sous Christine Fréchette, ne s’opérera pas par un changement de cap en matière d’orientations politiques, la première ministre préférant imposer sa marque par un changement de ton. Ce qui met toutefois plus de temps à percoler. Or, du temps, les caquistes menaçaient déjà d’en manquer. Voilà que le compte à rebours est lancé non seulement chez ses électeurs, mais dans ses propres rangs.

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