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Le remake de « La Petite Maison dans la prairie » sur Netflix donne enfin la parole au peuple Osage

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Contrairement aux livres de Laura Ingalls Wilder et à la série avec Michael Landon, l’histoire de la population indienne spoliée par les colons est centrale.

Skywalker Hughes, Alice Halsey et Wren Zhawenim Gotts dans « La petite Maison dans la prairie »

ERIC ZACHANOWICH/NETFLIX

Skywalker Hughes, Alice Halsey et Wren Zhawenim Gotts dans « La petite Maison dans la prairie »

EN BREF Netflix revisite « La Petite Maison dans la prairie » en mettant également au premier plan sur Osages, population absente des versions antérieures.
La série de 2026, créée par Rebecca Sonnenshine, s’efforce d’être historiquement précise grâce à des consultants spécialisés.
Bien que la série ne soit pas parfaite, elle tente de corriger les représentations problématiques des œuvres originales.

Charles, Caroline, Mary, Laura, Mr Edwards, mais aussi William Mitchell, Soleil Blanc et Aigle Sage. 50 ans plus tard, la famille Ingalls reprend ses quartiers à la télé dans une nouvelle série revisitée par Netflix, en ligne ce jeudi 9 juillet et elle n’est plus vraiment toute seule. Le remake de La Petite Maison dans la prairie a choisi de mettre aussi au premier plan la population Osage qui a vu arriver et s’installer sur ses terres illégalement des colons.

On y suit l’installation à la fin du XIXème siècle de la famille Ingalls (pas encore au complet), sur des terres vierges et sauvages de ce qui n’était pas encore le Kansas. Leur difficile traversée, la construction ardue de la maisonnette en rondins de bois, leur intégration avec le voisinage et la population de la toute neuve ville d’Independance. Mais aussi, leurs interactions avec les Osages, population amérindienne native.

On ne vous cache pas avoir eu un peu peur de la manière dont serait abordée cette partie historique. La série des années 70 avec Michael Landon et Melissa Gilbert avait en effet largement glissé sous le tapis le sujet. Elle ne comporte que très peu de scènes dédiées et sans remise en question de la matière d’origine : les livres de Laura Ingalls Wilder dont la parution a débuté en 1935. Or ceux-ci étaient, comme le rappelle le Musée du Smithsonian, profondément problématiques en ce qui concerne l’évocation des populations indiennes et de la colonisation.

Le racisme dans La Petite Maison dans la prairie

Ma est ouvertement raciste. Pa, s’il a moins de préjugés envers les Indiens, est convaincu d’être dans son bon droit en s’installant sur leurs terres, affirmant une forme de suprématie blanche à de nombreuses reprises. Les Osages y sont présentés comme une population effrayante, violente, sauvage, à l’inverse des colons qui tentent d’implanter une forme de « civilisation ».

On y trouve de plus des phrases comme « Au Kansas, il n’y avait pas d’habitants, seulement des Indiens », ou « Un bon Indien est un Indien mort », un aphorisme attribué au général américain Philip Sheridan, tristement célèbre pour ses violentes tactiques durant les guerres indiennes au XIXème siècle.

Pour toutes ces raisons, en 2018, le célèbre prix de littérature jeunesse « Wilder Medal » a été renommé le « Children’s Literature Legacy Award ». Les romans écrits il y a 90 ans font partie des monuments de la littérature américaine, considérés aujourd’hui encore par certains comme une œuvre fondatrice de la culture du pays dans sa retranscription de la conquête de l’Ouest, par d’autre comme un modèle d’outil de propagande pro-colonisation. Mais en 2026, leur lecture se doit d’être fortement critiquée, précisément au regard de ces thématiques historiques.

« La Petite Maison dans la prairie » sorti sur Netflix le 9 juillet vise à mettre en évidence le destin du peuple Osage.

ERIC ZACHANOWICH/NETFLIX

« La Petite Maison dans la prairie » sorti sur Netflix le 9 juillet vise à mettre en évidence le destin du peuple Osage.

C’est évidemment valable pour une adaptation. En cela, la série créée par Rebecca Sonnenshine, vient réparer en partie certains écueils. Comme indiqué dans les notes de production, la série de 2026 a travaillé en profondeur pour que la représentation des Osages et l’implantation illégale des colons sur leurs terres à l’époque des Ingalls soient faites avec le plus de véracité historique.

Les Ingalls en territoire Osage

La production a engagé plusieurs consultants spécialistes des Osages et notamment Talee Redcorn pour la linguistique et Julie Okeefe pour la production culturelle. Cette dernière avait précédemment apporté ses conseils sur la série Netflix À l’aube de l’Amérique et le film de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio Killers of the Flower Moon.

Ces consultants ont non seulement contribué à authentifier la représentation du peuple Osage à l’écran mais également aidé les comédiens. Comme l’explique l’acteur Meegwun Fairbrothe, Ojibwé d’origine, à nos confrères de Radio Canada, il lui a fallu six semaines de travail avec le linguiste pour affiner sa prononciation des mots en Osage. Le casting comprend par ailleurs de nombreux acteurs amérindiens, Osages mais pas seulement, comme Alyssa Wapanatâhk, comédienne d’origine Crie, qui campe Soleil Blanc.

Alyssa Wapanatâhk incarne Soleil Blanc dans « La Petite Maison dans la prairie »

ERIC ZACHANOWICH/NETFLIX

Alyssa Wapanatâhk incarne Soleil Blanc dans « La Petite Maison dans la prairie »

Enfin, la créatrice de la série a remis les Osages au centre du récit. La famille de Mitchell et Soleil Blanc qui vit près des Ingalls, illustre à la fois la résignation d’une partie des Indiens face à la colonisation et leur volonté de cohabiter avec les Blancs, et la résistance de certains face à cette invasion. On y voit ainsi un moment fondateur pour le peuple Osage, la signature du Drum Creek Treaty en 1870, qui a acté leur départ en Oklahoma. Pa (Charles) est par ailleurs dépeint dans toute son ambiguïté. Celle d’un homme qui passe des semaines à construire une maison et creuser un puits sur une terre qu’il sait ne pas être sienne, tout en étant empathique à l’égard de ses voisins Indiens. Enfin, le regard que Laura porte sur les Osages aussi a changé. Dans La Petite Maison dans la prairie de 2026, il se fait curieux, admiratif et fasciné.

Non la série Netflix n’est pas parfaite. Celles et ceux qui sont allergiques au « cucul » risquent par exemple d’avoir des crises d’urticaire face à la quantité de chansons, cueillettes et autres séquences émotion du clan Ingalls étendu. Mais elle a le mérite non négligeable de réparer (un peu) un lourd tort historique 90 ans après la publication des romans et 50 ans après la première diffusion d’une série qui a, aujourd’hui, profondément mal vieilli.

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