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Le référendum sur la séparation vu du nord de l’Alberta

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En Alberta, les milieux ruraux sont le terreau fertile pour le mouvement séparatiste, selon des sondages. Cependant, sur le terrain, la division entre fédéralistes et séparatistes ne donne pas lieu à un quelconque débordement. Radio-Canada est allée à la rencontre d'Albertains dans le nord de la province.

Alors qu’à Calgary les pancartes fédéralistes dominent les devants de maison, en conduisant vers le nord, en direction de Rivière-la-Paix, à huit heures de route, on remarque que les affiches pro-séparation sont plus présentes et imposantes.

Sur le bord de la route 2, on aperçoit une voiture bleue complètement drapée de drapeaux indépendantistes

Une vingtaine de kilomètres plus au nord, une grue soutient un immense drapeau albertain, ce qui ne laisse aucun doute sur l’affiliation politique des résidents de ces localités.

Un drapeau de l'Alberta à Peace River, en Alberta.

Dans le nord rural de l’Alberta, la présence de drapeaux albertains est plus marquée que dans les grandes villes.

Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau

Dans le plus récent sondage commandé par CBC et mené auprès de 1200 Albertains en septembre, environ 31 % des habitants des petites municipalités votent pour commencer le processus légal en vue d'un référendum sur la séparation.

À Calgary et à Edmonton, ces proportions sont respectivement de 21 % et de 22 %. Les pro-séparation se trouvent donc plus en région.

Sur le terrain, un premier constat indique que, bien que certains soient très visibles, les indépendantistes ne dominent pas l’espace public.

Je pense que notre communauté compte des éléments qui se positionnent des deux côtés de la question. Je trouve qu'ils ont fait un travail correct pour garder leurs opinions respectueuses les unes envers les autres, indique la mairesse de Peace River, Shelley Shannon.

Dans la région, l’industrie pétrolière est un employeur important. Je crois en effet que l'Ouest commence à être un peu fatigué de certaines choses qui se sont passées sur le plan économique, dit la mairesse.

Pour autant, cela ne suscite pas de tensions à Peace River, une communauté d’environ 7000 habitants, du moins, selon Shelley Shannon.

« Chaque groupe a ses propres événements. En tant que ville, nous avons essayé de rester très neutre », explique-t-elle. « Les rassemblements n'ont pas eu lieu sur des propriétés de la municipalité. Ils [les indépendantistes et les fédéralistes] se sont donc montrés très respectueux dans l'utilisation des espaces publics pour que tout se déroule bien. »

Trois personnes âgées profitent du soleil dans un festival familial à Grimshaw, en Alberta.

Au fil des discussions, on constate qu’il n’y a pas de tendance claire qui se dessine à l'approche du référendum du 19 octobre sur la séparation de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau

Pas dans les esprits

À une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Peace River, à Grimshaw, le référendum ne semble pas faire partie des préoccupations de la majorité des gens.

Sur la quinzaine d’habitants qui ont accepté de nous parler, presque tous abondent dans le même sens : les préoccupations du quotidien, comme les aléas climatiques au moment de faire les foins, occupent beaucoup plus leur esprit que les chicanes entre l'Alberta et Ottawa.

Des festivaliers regardent des voitures antiques.

Les habitants questionnés sur place étaient réunis pour le festival Harvest Moon de Grimshaw, qui accueille des centaines de participants en septembre pour célébrer la fin des récoltes.

Photo : Radio-Canada / Laurence Taschereau

Jordie Ruecker est un homme dans la quarantaine qui travaille dans l'industrie pétrolière. Il indique qu'il votera au référendum pour l’option 2 de la question 10, soit celle qui voudrait que l'Alberta entame un processus légal de séparation de la province.

Bien que Jordie Ruecker reconnaisse que ce n’est pas l'idéal, il explique qu'il ne voit pas d’autres options pour se faire entendre par Ottawa, notamment au sujet de la péréquation, dont il ne veut pas.

Audrey Gauthier, qui habite depuis plusieurs années dans la région, est du même avis. La Québécoise d’origine dit que, en cas de séparation, elle choisirait de rester en Alberta plutôt que de retourner dans son Québec natal.

La plupart des personnes rencontrées lors du festival familial de Grimshaw ne souhaitaient pas être cités dans le reportage, mais on a constaté au fil des rencontres qu’il n’y a pas de tendance claire qui ressort d’un côté comme de l’autre.

Deux hommes de Grimshaw, en Alberta,

Wayne Ferguson (à droite) a passé sa vie à Grimshaw. Il soutient avoir un fort sentiment d'appartenance au Canada.

Photo : Radio-Canada

Wayne Ferguson, mécanicien à la retraite, est le plus passionné dans son discours. Il n’est pas question, pour lui, que la province se sépare du Canada : Je suis Canadien, Canadien, Canadien !

Des craintes d’instabilité pour les industries du Nord

Retour à Peace River. Le nord de la province est composé de communautés tissées serrées, fait remarquer Joel Mengel, deuxième vice-président de la Chambre de commerce locale.

Il n'y a donc pas beaucoup de sujets tabous dont il ne vaille pas la peine de parler, dit-il.«  [Il y a] juste un peu de nervosité du point de vue des affaires. »

Un tracteur dans un champ.

Des champs de canola aux fermes laitières, en passant par l'usine de pâtes et papiers et le pétrole, le nord de l'Alberta présente une économie diversifiée.

Photo : Radio-Canada / Emilio Avalos

L’incertitude est l’ennemie des investisseurs. Pour les commerces locaux comme pour les plus grands employeurs, il est difficile de se préparer à une séparation, poursuit Joel Mengel.

Mais je pense que toute personne qui se lance en affaires sait qu'il y aura de beaux et de moins beaux jours. Les gens font donc de leur mieux pour s'y préparer sur le plan financier.

La Chambre de commerce de Peace River n’a pas pris de position officielle sur la question de la séparation.

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