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Alors que le premier ministre du Canada, Mark Carney, a entamé une visite diplomatique en Inde pour renouer les liens diplomatiques entre les deux pays, des membres de la communauté sikhe au Canada dénoncent ce rapprochement, affirmant que la violence « transnationale » envers leur communauté « continue ».
En amont de la visite de M. Carney, un haut fonctionnaire canadien a déclaré que le gouvernement estime que l'Inde a cessé ses pratiques d’ingérence et ses tentatives de répression transnationale au Canada.
Le lendemain de cette déclaration, le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a toutefois affirmé qu'il reste encore beaucoup à faire concernant le dossier de la sécurité avec l'Inde. Cette affirmation ne reflète pas la réalité des Sikhs au Canada, selon Danish Singh, président de l'Organisation sikhe mondiale du Canada (WSO).
Les militants continuent d'être harcelés. Nous continuons de voir des familles recevoir des avertissements concernant des risques pour leur vie, et pourtant, nous sommes censés croire que ce problème a été résolu, a affirmé Danish Singh. Aux côtés de plusieurs institutions sikhes de l’Alberta, du Québec ou encore de l’Ontario, il a dénoncé, jeudi, un volte-face du gouvernement Carney.
Qu'est-ce qui a changé? Quelles garanties ont été obtenues? Quels mécanismes ont été mis en place pour garantir la fin de ces actes violents? Et pourquoi des activistes continuent-ils de recevoir des avertissements de la police?
Dans son plus récent rapport annuel, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) estime que l’Inde continuera presque certainement à mener des activités d’ingérence au Canada.
Le rapport précise que les liens entre le gouvernement de l'Inde et le meurtre du militant sikh Hardeep Singh Nijjar en 2023 marquent une escalade significative des efforts de répression de l'Inde contre le mouvement pour le Khalistan.

Des représentants d'organisation sikhes disent s'inquiéter d'un rapprochement diplomatique entre l'Inde et le Canada alors que la répression transnationale continue selon eux.
Photo : Radio-Canada / Ethan Cairns
Un avertissement de la police et des menaces
Le département de police de Vancouver s'est présenté à mon domicile et m'a expliqué la situation. Il y avait une menace continue et immédiate pour ma vie, mais aussi pour celles de ma femme et de mes deux enfants, raconte Moninder Singh, militant sikh et membre du Conseil des gurdwaras de Colombie-Britannique.
M. Singh explique qu’il s’agit du quatrième avis qu’il reçoit de la part de la police depuis 2022. Il était un proche collaborateur de Hardeep Singh Nijjar, dont le Canada a attribué le meurtre à un complot mené par le gouvernement indien. M. Nijjar avait, lui aussi, reçu un quatrième avertissement de la police avant sa mort, en juin 2023.

Moninder Singh affirme avoir reçu dimanche dernier une quatrième lettre d'avertissement de la police de Vancouver concernant des menaces crédibles pesant sur sa vie.
Photo : (Ben Nelms/CBC)
À la Chambre des communes, en septembre 2023, le premier ministre Justin Trudeau avait accusé le gouvernement Modi d’avoir commandité la mort de M. Nijjar, ce que New Delhi a toujours nié.
Des membres de la communauté ont le sentiment que la diplomatie avance, alors que la responsabilité stagne. Ce n’est pas qu’une question de politique économique, mais de sécurité publique.
Un changement de ton… et un point d'équilibre
Pour certains experts, comme la professeure Catherine Viens, de l’Institut d’études internationales de l’UQÀM, la reprise des relations diplomatiques et la volonté de conclure des ententes économiques dénotent un changement de ton du gouvernement Carney vis-à-vis du gouvernement Modi.
Il y a effectivement une rupture [...] c'est l'économie qui est priorisée.
Selon Mme Viens, si le gouvernement Carney veut rétablir les relations avec l’Inde et miser sur l’économie, il ne devrait pas oublier d’intégrer les questions de sécurité de la diaspora. Ottawa devra trouver un équilibre entre ces deux enjeux.
Pour Serge Granger, directeur de l'École de politique appliquée à l'Université de Sherbrooke, l’absence d’arrêt dans l’État du Pendjab — État majoritairement sikh du nord de l’Inde — est aussi un signal envoyé à New Delhi au détriment de la communauté sikhe.
On mise davantage sur une relation avec l'Inde en entier, et il est clair que la question sikhe était un peu du sable dans l'engrenage pour nos relations, ajoute-t-il.


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