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Alors que des centaines de milliers de Québécois n’ont toujours pas accès à un médecin de famille, plus de 150 postes de formation pour devenir médecin de famille demeurent vacants au Québec.
Les résultats du premier tour du jumelage, publiés au début du mois par le Service canadien de jumelage des résidents (CaRMS), révèlent une situation qui mérite toute notre attention.
Le tableau détaillé intitulé « Postes vacants après le premier tour du jumelage principal R-1 de 2026 » (mis à jour le 3 mars 2026) révèle une situation préoccupante. Après la première itération du jumelage, 365 postes de résidence demeurent vacants au Canada, dont environ 160 de se trouvent au Québec.
Ainsi, le Québec représente environ 44 % de tous les postes de résidence non pourvus au Canada après la première itération du jumelage.
La situation est encore plus frappante en médecine familiale. En additionnant les postes figurant dans le tableau CaRMS pour cette spécialité, on arrive à environ 151 postes de résidence en médecine familiale vacants au Québec et à environ 104 postes de résidence en médecine familiale vacants dans le reste du Canada.
Le Québec à lui seul représente environ 60 % de tous les postes de résidence en médecine familiale non pourvus au Canada après la première itération du jumelage. Autrement formulé, plus d’un poste de résidence en médecine familiale sur deux laissé vacant au Canada se trouve au Québec !
Cette situation est d’autant plus frappante lorsqu’on considère le poids démographique du Québec. La province représente un peu moins de 23 % de la population canadienne, mais plus de la moitié des postes de résidence en médecine familiale non pourvus au pays s’y trouvent.
Dans un contexte où le Québec fait face à une pénurie chronique de médecins de famille, ces résultats sont profondément préoccupants.
Aussi troublant : le Québec est l’une des rares juridictions en Amérique du Nord qui n’autorise pas les étudiants internationaux en médecine à postuler à un poste de résidence au Québec durant leur dernière année d’études. Cette restriction touche également plusieurs étudiants québécois qui ont choisi de poursuivre leurs études médicales à l’étranger (dans quelques cas à cause du manque de places dans les facultés de médecine du Québec) et qui souhaitent revenir terminer leur formation ici. Le système québécois étant si compliqué et difficile d’accès pour ces étudiants de retour, ils trouvent facilement des places ailleurs au Canada et aux États-Unis, où ils sont accueillis à bras ouverts.
Le résultat est paradoxal. D’un côté, des postes de formation en médecine familiale demeurent vacants. De l’autre, des candidats qualifiés souhaitent venir — ou revenir — pratiquer au Québec.
Pendant ce temps, nous n’attirons pas suffisamment de candidats de l’extérieur et nous ne facilitons même pas le retour d’étudiants québécois qui étudient à l’étranger et souhaitent revenir chez eux.
Le problème ne peut pas être simplement attribué à un manque général d’intérêt pour la médecine familiale au Canada. Si tel était le cas, les postes vacants seraient répartis de manière relativement uniforme entre les provinces. Or, les données montrent plutôt une concentration disproportionnée des postes vacants au Québec.
Il faut donc s’interroger sur les facteurs qui expliquent cette situation. Quelle qu’en soit la cause, une chose est claire : le Québec ne peut pas se permettre de laisser vacants des postes de formation en médecine familiale alors même que l’accès aux soins primaires demeure l’un des plus grands défis de notre système de santé.
Les résultats du jumelage CaRMS devraient servir de signal d’alarme. Dans un contexte de pénurie chronique de médecins de famille, il est difficile de comprendre pourquoi autant de postes de formation demeurent vacants au Québec. Les données soulèvent une question simple mais fondamentale : qu’est-ce qui, dans notre système, empêche ces postes d’être pourvus ?
Si nous voulons réellement améliorer l’accès aux soins primaires pour les Québécois, il faudra avoir le courage d’examiner ces résultats avec lucidité — et d’ajuster nos politiques en conséquence.


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