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Le quart des exportations aux États-Unis est désormais surtaxé

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Une subtile modification du décret américain imposant des droits de douane sur leurs importations d’acier et d’aluminium a de graves conséquences pour les exportations québécoises, plus nombreuses à être surtaxées.

Depuis le 6 avril dernier, le gouvernement Trump impose un tribut sur environ 24 % de ce qu’exporte le Québec aux États-Unis, selon les estimations du Mouvement Desjardins. Son vice-président et économiste en chef, Jimmy Jean, a partagé cette donnée au Devoir.

« Auparavant, le pourcentage des exportations du Québec aux États-Unis qui étaient assujetties aux tarifs sectoriels américains, c’était 15 % », a comparé M. Jean lors d’un entretien téléphonique.

En 2025, plusieurs mois ont été nécessaires pour comprendre que l’écrasante majorité des exportations canadiennes étaient protégées par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), malgré les discours menaçants du président Trump. Seuls quelques produits étaient victimes d’un autre type de tarif, dit « sectoriel », et conforme à l’article 232 de la loi commerciale américaine.

L’acier et l’aluminium, par exemple, sont soumis à un tarif de 50 %. Selon la définition en vigueur jusqu’au mois dernier, les produits dérivés ne devaient payer un droit que sur la proportion de ces métaux qu’ils contenaient.

Le nouveau décret du président Trump est venu changer la donne. Depuis le 6 avril, le gouvernement américain s’approprie 25 % du prix de n’importe quel produit ayant une teneur d’au moins 15 % d’acier, d’aluminium ou de cuivre. Les métaux primaires restent surtaxés à hauteur de 50 %.

Cet accroissement du taux de couverture des droits de douane aura pour conséquence d’augmenter considérablement le taux tarifaire effectif moyen du Québec, a calculé Desjardins. Les droits réellement acquittés à la frontière devraient ainsi atteindre 9,6 %. L’automne dernier, ils étaient plutôt estimés à 5,7 %.

Du temps pour réagir

La nouvelle réalité provoquée par ce changement technique aux règles commerciales semblait avoir échappé au premier ministre Mark Carney, trois semaines après la publication du décret américain. Il a répété devant les journalistes, le 23 avril dernier : « Il y a une raison pour laquelle 85 % des échanges sont exemptés de droits de douane, et que c’est maintenu. »

Ni le bureau de son ministre responsable du commerce avec les États-Unis, Dominic LeBlanc, ni Affaires mondiales Canada n’ont été en mesure de chiffrer les effets du nouveau décret américain, ou de confirmer les estimations avancées par Desjardins.

« Le gouvernement Carney n’a pas encore pris en compte l’impact réel de ce décret. C’est inquiétant », dénonce le porte-parole du Bloc québécois en matière d’industrie, Gabriel Ste-Marie.

Son parti a passé la semaine à tenter d’alerter le gouvernement fédéral sur ce récent changement, après avoir entendu les plaintes d’entreprises québécoises. Le Bloc avait demandé d’inclure des mesures d’aide ciblées pour les exportateurs lésés dans la mise à jour économique du printemps, déposée mardi.

« Le gouvernement est en train de développer des mesures afin d’aider les travailleurs et les entreprises dans les secteurs de l’acier, de l’aluminium, du cuivre et de leurs dérivés », a promis en Chambre le premier ministre Carney, au lendemain du dépôt de son énoncé qui n’inclut pas de tel plan d’aide.

Encore de l’incertitude

« Depuis le 2 avril [date de publication du décret], on est retombé dans une situation de crise. C’est un tremblement de terre », laisse tomber Julie White, présidente et directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

Elle estime nécessaire un programme d’aide ciblé pour permettre aux exportateurs soudainement touchés par la surtaxe de « passer à travers » cette mauvaise passe. Elle voudrait surtout une entente commerciale avec le président Trump, au moment où l’ACEUM doit être revu d’ici au 1er juillet.

Les nouvelles règles pourraient certes coûter plus cher aux entreprises, mais elles remplacent un régime « bien difficile à gérer », nuance Rambod Behboodi, avocat-conseil principal chez BLG. « Pour chaque produit, on devait évaluer la teneur [en métaux]. C’était compliqué. Les nouvelles règles pourraient réduire les coûts de mise en conformité. »

Le spécialiste du commerce avec les États-Unis estime que la situation reste fondamentalement inchangée : l’économie souffre d’abord de l’incertitude générale provoquée par les règles changeantes de la Maison-Blanche.

Une étude de l’Université de Calgary, publiée en mars et brandie par le Bloc québécois cette semaine, a estimé que jusqu’à 55 % des biens québécois qui traversent la frontière sont dans le collimateur d’enquêtes du département américain du Commerce. Une donnée qui ouvre la porte à ce que la situation commerciale se détériore encore davantage à l’avenir.

À l’été 2025, les États-Unis ont augmenté leur taux général de droits de douane à 35 % pour le Canada, ce qui s’est avéré virtuellement sans conséquence, vu les exemptions prévues à l’ACEUM. En janvier 2026, le président Donald Trump a menacé sur Internet le Canada de droits de 100 %, mais n’a plus jamais abordé de nouveau la question. Ce type de droits de douane a finalement été jugé illégal par la Cour suprême américaine, en février.

Les conclusions de la récente analyse de Desjardins sur les droits de douane sectoriels sont basées sur les données de la Commission du commerce international des États-Unis, de la Maison-Blanche et d’Affaires mondiales Canada. Elles doivent être détaillées dans un document à être publié la semaine prochaine.

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