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Le président du comité d’experts qui conseille le gouvernement du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques est formel : le projet de GNL de Marinvest Energy représente « une vision préhistorique » de l’économie qui revient à nier l’urgence de la transition énergétique et à parier sur un avenir qui sera « une catastrophe » pour l’environnement et nos sociétés.
Le nouveau mégaprojet de gazoduc et d’usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) que l’entreprise Marinvest Energy veut construire sur la Côte-Nord, au Québec, est « incompatible » avec la voie à suivre pour éviter le naufrage du climat planétaire, mais aussi pour développer une économie résiliente pour les décennies à venir, affirme le président du Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC), Alain Webster, en entrevue au Devoir.
« La seule façon de rentabiliser ce type d’infrastructures immenses, c’est de ne pas atteindre nos objectifs climatiques. La planète consommerait donc de grandes quantités d’énergies fossiles dans les prochaines décennies. D’un point de vue économique, c’est une catastrophe. D’un point de vue environnemental, c’est une catastrophe. D’un point de vue social, c’est une catastrophe. C’est donc une très mauvaise idée », souligne-t-il.
Même si les promoteurs et les partisans de ce projet le présentent comme un outil de « transition » énergétique, M. Webster, qui enseigne l’économie de l’environnement depuis plus de 30 ans, réfute ce discours. « Quand on produit plus de gaz naturel, on ne fait pas de transition. Ça veut dire de demeurer dans l’industrie des énergies fossiles au lieu de faire la véritable transition, par exemple vers l’énergie solaire ou l’énergie éolienne. C’est faire fausse route. »
L’entreprise GNL Québec, qui pilotait un projet semblable à celui de Marinvest Energy, affirmait que son GNL favoriserait la transition. En s’appuyant sur les analyses de l’Agence internationale de l’énergie, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement avait toutefois souligné dans son rapport que le complexe gazier représenterait plutôt un frein à la nécessaire sortie des énergies fossiles, et donc à la transition énergétique. Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, avait lui-même admis le constat en fermant la porte à un projet qui aurait eu pour effet de « défavoriser la transition énergétique » dans les pays qui auraient acheté ce gaz.
« Vision préhistorique »
Le contexte de crises internationales ne doit par ailleurs pas servir de prétexte pour maintenir notre dépendance aux énergies qui alimentent les dérèglements du climat, ajoute celui qui pilote le comité chargé de conseiller le gouvernement du Québec « sur les orientations, les programmes, les politiques et les stratégies en matière de lutte contre les changements climatiques ».
« Dans cette nouvelle crise énergétique, la question n’est pas de savoir comment on peut produire davantage de pétrole et de gaz, ou en exporter plus. C’est une vision à courte vue, qui revient à retarder la transition et à perdre des occasions de développement économique. C’est une vision préhistorique », laisse-t-il tomber.
« Il faut plutôt se demander ce qu’on doit faire pour en consommer moins, donc comment faire la véritable transition, par exemple vers l’énergie solaire ou l’énergie éolienne », souligne M. Webster. Il cite en exemple la Chine, un pays qui a fait le choix d’investir « massivement » dans le secteur des énergies renouvelables. Résultat : la croissance de la production a atteint 240 % depuis 10 ans, contre à peine 15 % au Canada.
L’avis produit par le CCCC à l’automne dernier pour conseiller le gouvernement caquiste sur la cible climatique du Québec insistait d’ailleurs sur le besoin de miser sur la réduction de notre consommation de pétrole et de gaz en accélérant le développement de la production d’énergies renouvelables.
Alain Webster s’inquiète toutefois du manque d’écoute des constats incontestables de la science de la part des élus ici et ailleurs dans le monde. « On voit une déconnexion en matière politique. On le voit avec la droite dans différents États, qui font des gains à court terme, mais en faisant abstraction du fait que le verrouillage dans les énergies fossiles aura des impacts importants, par exemple, pour les coûts de l’alimentation, de l’assurance, en vies humaines, etc. On voit déjà ces impacts au Québec. »
Le CCCC compte pour sa part élargir son « expertise », notamment dans le domaine de la « résilience ». Il doit annoncer lundi son adhésion au Réseau international des conseils scientifiques sur le climat, une organisation réunissant des organismes indépendants de conseil scientifique « qui soutiennent les gouvernements dans l’élaboration de politiques climatiques fondées sur les meilleures connaissances disponibles ».
Énergie de « transition »
Les promoteurs de Marinvest Energy affirment pour leur part que leur projet, qui n’a pas encore été dévoilé publiquement, est « une occasion stratégique pour le Québec et le Canada de contribuer à la sécurité énergétique de leurs partenaires, particulièrement en Europe ».
Dans une réponse transmise par le cabinet de relations publiques National, on ajoute que « bien que l’Europe soit engagée dans la réduction de ses émissions de CO₂, le gaz naturel (le combustible fossile le moins émetteur) devrait continuer à jouer un rôle à moyen et long terme, notamment comme solution de transition ». Le GNL « occupe désormais une place beaucoup plus importante dans le bouquet énergétique européen », précise-t-on.
Le gouvernement Carney mise par ailleurs plus que jamais sur une croissance des exportations des énergies fossiles exploitées au Canada au cours des prochaines années, notamment grâce au développement de projets de GNL. Alors que les exportations de GNL avoisinent aujourd’hui les 15 millions de tonnes par année, il est question de passer à 100 millions de tonnes d’ici 2040.
Comme l’a démontré Le Devoir, le gouvernement Carney travaille depuis des mois avec Marinvest Energy en vue de la réalisation de son projet au Québec. Celui-ci pourrait être soumis au Bureau des grands projets mis en place par le fédéral. Le projet de gazoduc, d’usine et de terminal maritime d’exportation pourrait ainsi bénéficier d’une procédure accélérée pour en garantir la réalisation.


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