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Le problème avec le mouvement No Kings

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J’enseigne à l’Université de Montréal un cours intitulé « Mouvements sociaux, violence et sécurité ». Nous étudions la dynamique entre les groupes de pression, les forces de l’ordre et le politique.

Un mouvement social, c’est plus qu’une série de rassemblements improvisés un dimanche quelconque, pour se donner l’impression que l’on change les choses. Et c’est là tout le problème du mouvement No Kings : il n’a pratiquement aucun effet sur le pouvoir.

Le mouvement passe largement sous le radar. On en parle peu, malgré l’ampleur des rassemblements — le dernier comptait environ 8 millions de participants dans plusieurs grandes villes américaines, selon les organisateurs, ce qui est loin d’être anodin.

Mais le No Kings Day passe surtout sous le radar de sa cible principale : Donald J. Trump, qui n’en parle pratiquement pas. Il l’ignore royalement — sans mauvais jeu de mots.

En matière de contestation politique, c’est un problème majeur. Un mouvement qui ne force pas de réaction n’impose pas de coût. Et sans coût, il n’y a pas de raison de changer sa façon de gouverner.

On peine d’ailleurs à recenser des revendications précises, au-delà d’une frustration vis-à-vis de la méthode Trump. C’est symptomatique d’un mouvement né sur les réseaux sociaux, porté par la colère virale plutôt que par une plateforme patiemment construite. L’indignation est un déclencheur puissant, mais encore faut-il exprimer les changements attendus. Sans point de pression clairement défini, il devient difficile de transformer la mobilisation en résultats tangibles.

Les gens se rassemblent, expriment un mécontentement légitime… puis, le lundi, tout ce beau monde retourne au travail comme si de rien n’était.

Absence de stratégie

Manifester, chanter, marcher en groupes immenses, ça peut faire du bien. Au minimum, ça confirme que le malaise est partagé. Mais ensuite ? Quel est le gain recherché ? Quelle est la stratégie ? Comment le mouvement compte-t-il faire monter les enchères s’il n’obtient aucun résultat concret ? Ces questions restent largement sans réponse, et c’est précisément ce qui affaiblit le mouvement.

Il semble y avoir une absence de stratégie d’escalade. Les mouvements qui réussissent ne reposent pas sur un événement unique. Ils s’inscrivent dans une logique de séquence, enchaînant actions planifiées, pression croissante et adaptation aux réactions du système. Ici, on est davantage dans la logique du moment que dans celle d’une campagne structurée.

À titre de comparaison, le mouvement pour les droits civiques américains des années 1960 combinait les marches à des boycottages économiques ciblés, des actions juridiques coordonnées et une pression directe sur des législateurs en particulier. Chaque geste s’articulait à un suivant. Ce n’est pas ce qu’on observe ici.

Le leadership pose aussi problème. Il n’y a pas de figure centrale claire capable de canaliser l’énergie ou de négocier des gains. Un mouvement sans porte-parole est un mouvement sans interlocuteur. Et un pouvoir qui n’a personne à qui répondre n’a aucune raison de répondre.

Enfin, le mouvement manque de relais dans les centres de décision : pas de pression coordonnée sur des élus clés, pas de campagnes ciblées sur des votes au Congrès, pas de leviers économiques activés. La mobilisation ne se traduit pas en changements concrets. La rue impressionne, mais ce sont généralement les couloirs du Congrès qui décident.

Tout ça ne veut pas dire que le mouvement est inutile. Il reflète un malaise réel, une volonté de s’exprimer, un besoin de se rassembler. Ces élans citoyens ont leur valeur. Mais entre mobilisation et transformation, il y a un écart important.

Réussir à réunir des millions de citoyens dans la rue, c’est impressionnant. La force d’un mouvement, toutefois, se juge aux changements concrets qu’il parvient à provoquer.

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