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Les prix à la pompe observés en ce début de semaine le confirment : la guerre en Iran risque de peser lourd sur le portefeuille des automobilistes. Cette récente flambée du prix de l’essence pourrait toutefois n’être que la pointe de l’iceberg.
Le prix moyen du litre d’essence ordinaire oscille aux alentours de 1,45 et 1,50 $ depuis le début de l’année dans la région de Montréal, selon les données colligées par la Régie de l’énergie. L’attaque américano-israélienne en Iran, déclenchée le 28 février, marque une rupture. Après avoir augmenté graduellement la semaine dernière, le prix moyen du litre d’essence a bondi, lundi, pour atteindre 174,1 ¢/l en moyenne dans la métropole.
Le délai entre les événements qui surviennent en Iran et le prix payé au Québec s’explique en partie par les inventaires de pétrole acheté à un prix inférieur, explique Saibal Ray, professeur à la faculté de gestion Desautels de l’Université McGill. « Si la guerre n’avait duré que quelques jours, elle n’aurait peut-être même eu aucun impact en raison de ces inventaires. »
Or, un conflit qui perdure devrait avoir un effet à la hausse sur les prix à la pompe, préviennent les experts. Le monde entier a les yeux rivés vers le détroit d’Ormuz, un passage ou transite 20 % du pétrole mondial. Le trafic y est essentiellement bloqué, ce qui se répercute aujourd’hui sur le prix du pétrole brut.
Tant le prix du baril de Brent que celui du West Texas Intermediate (WTI) ont flambé dans les derniers jours. Lundi, ils ont tous deux largement dépassé les 100 $US le baril en cours de séance, une première depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Cette hausse de prix est un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde », a affirmé le président américain, Donald Trump, sur son réseau Truth Social. Les prix vont baisser rapidement après la « destruction de la menace nucléaire iranienne » et penser autrement est le propre des « imbéciles », a-t-il écrit.
Les expériences passées ne semblent cependant pas donner raison au président. « Lorsque le prix du pétrole brut augmente, le prix à la pompe suit, environ de 5 à 7 jours plus tard », relève le professeur Ray. « Mais lorsque le prix du brut diminue, le prix de l’essence prend beaucoup plus de temps à baisser. »
On paie, peu importe la provenance
« En général, la guerre ne devrait pas avoir un très gros impact pour le Canada et les États-Unis puisqu’on ne dépend pas du pétrole qui transite par le détroit d’Ormuz », note M. Ray. Mais dans la réalité, il en va autrement.
« La plupart du temps, les compagnies pétrolières vont augmenter leurs prix dès qu’ils observent un mouvement général à la hausse du prix du pétrole brut », dit l’expert. En d’autres mots : elles profitent d’un effet d’entraînement pour augmenter leurs prix.
Par ailleurs, même si le Québec s’approvisionne en Amérique du Nord, le marché du pétrole, lui, est international. La province ne devrait pas craindre pour son approvisionnement, mais les prix, eux, risquent de suivre la tendance mondiale.
Le Wall Street Journal a rapporté lundi la mise en garde d’un porte-parole du régime iranien, selon qui les prix pourrait poursuivre leur ascension. « Si vous pouvez tolérer des prix du pétrole supérieurs à 200 dollars le baril, continuez ainsi [en nous bombardant] », a-t-il prévenu ses adversaires.
Bien au-delà de l’essence
Évidemment, le secteur des transports est le premier affecté par les hausses de prix du pétrole. On le voit ces jours-ci dans les stations-service, mais aussi dans différentes industries. « Les croisiéristes ont déjà commencé à augmenter leurs prix et je crois que les compagnies aériennes devraient suivre bientôt », soulève Saibal Ray.
« Ça affecte le transport, mais le transport affecte pratiquement tous les autres produits », poursuit-il. À terme, on pourrait donc voir une hausse généralisée des prix, dont ceux de l’alimentation. « On vient se sortir d’une crise inflationniste et cela préoccupe tous les gouvernements de la planète. »
Au pays, les effets de la hausse du prix du pétrole devraient être différents d’une province à l’autre, ont noté les économistes de Desjardins Marc-Antoine Dumont et Randall Bartlett la semaine dernière. Les provinces productrices de pétrole pourraient tirer profit de la hausse, tandis qu’« à l’inverse, les provinces non productrices d’énergie, comme le Québec et l’Ontario, devraient faire face à une inflation plus élevée, mais sans bénéficier d’un coup de pouce à la croissance ».
La réponse politique
Les ministres des Finances du G7 se sont réunis lundi pour discuter de la stratégie à adopter face à la croissance des prix du pétrole. « Nous sommes prêts à prendre les mesures nécessaires, notamment pour soutenir l’approvisionnement mondial en énergie, par exemple en libérant des stocks », ont-ils écrit dans un communiqué conjoint.
Les pays importateurs de pétrole membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) sont tenus de maintenir des inventaires équivalents à au moins 90 jours d’importation nette. « Les pays membres de l’AIE détiennent plus de 1,2 milliard de barils de réserves publiques de pétrole d’urgence », précise l’agence.
« Nous continuerons à suivre de près la situation et l’évolution des marchés énergétiques et nous nous réunirons si nécessaire pour échanger des informations et coordonner nos actions au sein du G7 et avec nos partenaires internationaux », d’ajouter les ministres des Finances du G7.
La France envisage notamment une mission militaire pour permettre « l’escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz ». Une option également évoquée par le gouvernement américain.


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