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La bande de Gaza croule sous les bombes depuis maintenant plus de deux ans. Trente mois d’horreur n’ayant suscité qu’un trop bref émoi avant de sombrer dans la plus inhumaine indifférence. Fallait-il s’étonner, alors, qu’un accablant rapport onusien détaillant la dévastation totale du territoire et la titanesque reconstruction qui l’attend soit accueilli dans un tout aussi déplorable désintérêt ? À voir l’occupation du sud du Liban s’instaurer ces jours-ci sous pareille apathie internationale, feindre l’indignation aurait finalement été le plus choquant.
Le bilan des vies humaines de la guerre d’anéantissement menée par Israël dans la bande de Gaza a, depuis longue date, surpassé l’inimaginable — plus de 72 500 morts ; 47 femmes et jeunes filles tuées en moyenne chaque jour ; au moins 477 victimes (en date de janvier) depuis le simulacre de « cessez-le-feu » d’octobre dernier entre le Hamas et Israël.
L’autre bilan, celui d’une destruction civile jusqu’ici difficile à mesurer dans ce territoire coupé des yeux du monde, vient d’être dressé dans le rapport final d’Évaluation rapide des dommages et des besoins de Gaza, rassemblant une pléthore de statistiques à leur tour toutes plus consternantes les unes que les autres. Un portrait de l’effondrement complet de la société gazaouie établi par les Nations unies, l’Union européenne et la Banque mondiale.
Plus de 60 % de la population y a perdu son toit, 76 % des logements étant aujourd’hui détruits ou délabrés. Plus de la moitié des hôpitaux y sont hors service, au moins 927 attaques ayant ciblé des établissements de santé et même des ambulances. La quasi-totalité des écoles (97 %) ont été endommagées, celles toujours debout ayant été quant à elles pour la plupart converties en refuges pour les exilés. Une « génération entière » de jeunes Gazaouis privés d’éducation, de sécurité et de stabilité déplore le rapport. Près des trois quarts de la population active se trouvent sans emploi, le taux d’emploi n’atteignant qu’à peine 9,3 %. Sur une population d’avant-guerre de 2,2 millions de personnes, environ 1,9 million sont aujourd’hui déplacées.
Autant de vies anéanties, où la moindre lueur d’espoir est enfouie sous un champ de ruines. Des ravages sociaux qui « ont fait reculer de 77 ans le développement humain dans la bande de Gaza », résume l’évaluation internationale, qui chiffre la facture de reconstruction à 71,4 milliards $US sur dix ans pour tenter de relever l’enclave palestinienne. Dont 10,8 milliards $US sont estimés nécessaires dès les 18 premiers mois pour restaurer un tant soit peu des services essentiels à ceux qui ont réussi malgré tout à y survivre jusqu’ici. Et ce, sans compter 1,7 milliard $US pour déblayer les plus de 68 millions de tonnes de débris… alors que les bombardements n’ont toujours pas pris fin.
D’abord faudrait-il, pour réédifier Gaza, que cessent une fois pour toutes ces violences quotidiennes (encore cinq morts, dont un commandant du Hamas ainsi qu’un enfant, ce mardi) et que l’aide humanitaire y entre à nouveau sans entrave. De timides soubresauts de condamnations internationales — à peine un haussement de ton diplomatique — n’ont en rien freiné l’impunité d’Israël depuis deux ans.
Laquelle s’exerce en outre, dans la bande de Gaza, à l’ombre d’une nouvelle reprise de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien au Liban, elle aussi pourtant soi-disant sujette à une « trêve ». Un autre armistice factice qui a fait 36 morts en 10 jours, dont 14 dimanche dernier, venant s’ajouter aux plus de 2500 victimes depuis le début des hostilités ayant éclaté en marge de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
Qu’importe ce prétendu cessez-le-feu, dans le sud du Liban, la population est également expulsée, des villages sont pilonnés, les terres sont rasées, l’agriculture est décimée, et des établissements de santé, tout comme des journalistes, sont ciblés. Une mainmise militaire d’Israël sur une « zone de sécurité », tracée d’une « ligne jaune » imposée unilatéralement à 10 km de profondeur du territoire libanais et couvrant 5,8 % du pays du Cèdre (pour l’instant), exile de facto 600 000 résidents d’une soixantaine de localités partiellement ou entièrement démolies.
Le « modèle » Gaza y est reproduit explicitement, sans être davantage stoppé, en attendant aveuglément que, dans quelques années, un rapport identique expose à nouveau dans toute son horreur la dévastation qui aura pareillement ravagé le logement, la santé et l’agriculture, cette fois-ci au Liban.
Rien n’oblige pourtant la communauté internationale — outre son indolence — à se contenter de semblants de trêves, ratifiées en vain sous la pression d’un président américain, Donald Trump, davantage soucieux de se targuer de tels accords que de rétablir une paix réelle. Et rien n’oblige, de surcroît, à se condamner de ce fait à s’indigner à retardement de ravages d’ores et déjà annoncés.
N’est-il pas suffisamment révoltant que la population de la bande de Gaza ait ainsi été sacrifiée ? Il serait plus que temps que nos dirigeants tirent enfin les leçons du passé.


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