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Ils favorisent certains employés et ignorent les autres, pratiquent l'intimidation, s'attribuent les succès de ses collaborateurs, changent d'objectifs en cours de projet, ne prennent pas leurs responsabilités, contrôlent les moindres détails, minimisent la charge de travail...
Cette description vous parle ? C'est probablement parce que vous en avez déjà travaillé avec un chef ou un patron pratiquant un management toxique. Et vous n'êtes pas le seul !
Les managers toxiques font fuir les salariés… et restent souvent en poste
Selon un sondage de LiveCareer mené en 2026 auprès de 1000 professionnels européens, 19 % des salariés ont déjà démissionné à cause d'un manager et plus de 60 % déclarent l'avoir envisagé sérieusement.
Toutes les études le montrent : quand une équipe est dirigée par une personnalité qui prend plaisir à déstabiliser et harceler pour mieux assoir son pouvoir, les employés perdent confiance en eux, s'engagent moins dans leurs tâches, l'ambiance de travail se détériore et les résultats de l'entreprise sont moins bon. Et pendant que leurs salariés démissionnent, eux restent bien au chaud dans leur poste.
Voici comment certains peuvent vous pousser à partir sans lettre de licenciement !
Dans le monde du travail, certaines cultures d'entreprises génèrent des comportements abusifs qui prennent la forme d’un harcèlement moral évoluant à pas feutrés et prospèrent en silence. Une étude internationale en révèle les mécanismes : rumeurs, évaluations biaisées et chantages à peine déguisés ; autant de tactiques qui freinent ou détruisent méthodiquement les carrières professionnelles…... Lire la suite
Clive Roland Boddy, chercheur en comportement organisationnel à l'université Anglia Ruskin (Royaume-Uni), s'intéresse depuis plusieurs années à ces managers sans cœur qu'il qualifie de « psychopathes ». Selon lui, les individus animés par les pulsions les plus sombres peuvent se révéler particulièrement habiles à gravir les échelons au sein des entreprises et à occuper des postes de pouvoir. Et ce phénomène ne serait pas propre à notre époque !
Il y a 400 ans, un marchand néerlandais prenait le pouvoir après un naufrage
Selon l'étude qu'il vient de publier dans l'Asian Journal of Business Ethics, les psychopathes existaient déjà il y a 400 ans, aux prémices du capitalisme d'entreprise moderne. Dans cet article, le chercheur s'est penché sur le cas de Jeronimus Cornelisz (1598-1629) qu'il considère comme le plus ancien « psychopathe en milieu professionnel » identifiable de l'histoire.
Qui est-il ? Jeronimus Cornelisz est un apothicaire originaire de Frise aux Pays-Bas. Il est aussi marchand de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, une société considérée comme la première multinationale de l'histoire. Il travaille notamment sur le Batavia, un navire qui compte rejoindre Jakarta.
Le 4 juin 1629, le Batavia heurte un récif corallien de l'archipel des Houtman Abrolhos, au large de l'Australie-Occidentale. Près de 250 survivants se retrouvent naufragés et parviennent à gagner des îlots de corail arides, notamment Beacon Island.
Les Hollandais à la conquête des mers au XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, les Hollandais règnent sur la quasi-totalité des mers. La vocation maritime et commerciale des Provinces-Unies résulte en grande partie de sa lutte contre l’Espagne. Les navigateurs hollandais commencent par visiter les mers froides délaissées par les Espagnols, puis la fermeture du port de Lisbonne à leurs navires en 1580 les incitent à se lancer vers l’océan Indien sur la route des épices. C’est la naissance d’un vaste empire commercial hollandais au détriment des Portugais, avec l’aide involontaire des Anglais qui ont anéanti l’Invincible Armada espagnole en 1588.... Lire la suite
Quand le commandeur et le capitaine partent en chaloupe avec les plus gradés pour chercher de l'aide à Batavia (Jakarta), Jeronimus Cornelisz prend le commandement des survivants. Celui qui avait déjà planifié une mutinerie pour s'emparer des richesses à bord avant même le naufrage s'empare des armes, des vivres et de l'eau, se fait appeler « commandant général » et s'impose comme le plus haut responsable de l'organisation restée sur place. Et c'est là qu'il commence à exercer son management « psychopathique ».
Navire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales croisant au large du Cap de Bonne-Espérance, anonyme, 1762. William Fehr Collection, château de Bonne-Espérance, Le Cap, Afrique du Sud. © Wikimedia Commons, domaine public
Terreur, manipulations… : comment Cornelisz a imposé sa dictature
Après avoir remplacé les membres légitimes du conseil par des complices qu'il a lui-même choisis, il instaure une dictature sanglante. « Le groupe de Cornelisz s'est progressivement révélé être composé de mutins et de meurtriers sans pitié ; ils rassemblèrent le trésor, l'eau et les vivres restants du navire naufragé dans la tente de Cornelisz, dans le but de se les approprier et de devenir des pirates », explique Clive Roland Boddy dans son article.
Ça fait peur : imaginer autrui souffrir plaît aux psychopathes
Le cerveau des psychopathes réagit anormalement à la souffrance des autres : les aires impliquées dans l’empathie ne sont pas stimulées, et d’autres régions cérébrales liées au plaisir s’activent. Imaginer la douleur d’autrui les réjouit…... Lire la suite
Pour économiser les ressources et éliminer toute opposition, il fait assassiner méthodiquement plus de 100 hommes, femmes et enfants (par noyade, égorgement ou assommage) en moins de deux mois. Et pour réduire le nombre de survivants en concurrence pour les ressources limitées, il envoie au casse-pipe des groupes de marins à qui il demande d'aller chercher de l'eau sur d'autres îles.
Ce sont ces derniers, dirigés par le soldat Wiebbe Hayes, qui vont finalement parvenir à se rebeller contre Jeronimus Cornelisz. Après une série d'affrontements entre les mutins et les soldats, Cornelisz et ses collaborateurs sont capturés et jugés. Après avoir avoué, ils ont les mains tranchées et sont exécutés par pendaison.
Des méthodes qui rappellent celles des patrons toxiques d’aujourd’hui
On pourrait rétorquer que le personnage de Jeronimus Cornelisz est exceptionnellement cruel. Mais pour Clive Roland Boddy, il incarne, par excellence, toutes les pires tendances des dirigeants psychopathiques de l'époque moderne.
« Les psychopathes en milieu professionnel suivent souvent un même mode opératoire : ils instaurent un contrôle total, soumettent leurs subordonnés par la terreur et créent un climat de peur, marqué par des abus, du harcèlement et des accès de colère, écrit-il. Cornelisz a poussé tous ces traits à leur paroxysme. Il a par ailleurs employé des tactiques et des stratégies encore utilisées aujourd'hui par les ‟psychopathes en milieu professionnel" : projeter une image grandiose, remplacer les conseils d'administration par des personnes de sa propre nomination, recourir à la stratégie du ‟diviser pour mieux régner" afin de fragmenter et de désorienter toute opposition potentielle, et enfin, utiliser la peur ainsi qu'un humour noir comme leviers de contrôle. »
Pour le chercheur, Cornelisz présente les dix caractéristiques associées à ce profil :
- un charme superficiel doublé d'une intelligence apparente ;
- une propension au mensonge et à l'insincérité ;
- une nature portée sur la tromperie ;
- un égocentrisme extrême ;
- une absence de remords ;
- une superficialité affective ;
- une incapacité à s'investir dans des interactions personnelles ;
- une irresponsabilité chronique, assortie d'un refus d'assumer ses actes ;
- un comportement calme, posé et en apparence rationnel ;
- et enfin, une absence totale de remise en question ou de capacité d'introspection.
En d'autres termes, le cas de Cornelisz ne constitue pas seulement une leçon d'histoire : il démontre que les « psychopathes du milieu pro » existent finalement depuis l'avènement du capitalisme moderne.


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