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Le référendum attendu en Alberta cet automne ne correspond en rien à celui que pourrait vivre à son tour le Québec d’ici quelques années. Le premier carbure à la colère postpandémique et économique d’un groupe de citoyens forçant la main d’une première ministre qui s’y complaît volontiers pour assurer sa propre survie politique, tandis que le second, s’il se tient, portera les revendications linguistiques, culturelles et identitaires historiques d’une nation qui aurait alors dûment fait le choix d’élire un gouvernement indépendantiste.
Or, si distincts ces deux plébiscites soient-ils, l’albertain tracera néanmoins la suite pour celui du Québec.
Le groupe Stay Free Alberta annonçait en début de semaine avoir récolté plus 301 600 signatures endossant sa pétition réclamant la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la province. Bien au-delà du seuil minimal de 178 000 requis pour déclencher un tel scrutin (soit 10 % des votes exprimés lors des dernières élections générales albertaines). Mais en deçà de celui — 20 % — exigé avant que la première ministre Danielle Smith ne l’abaisse aussi inconsidérément.
Nonobstant, tout indique qu’elle greffera la possible séparation de sa province au référendum prévu le 19 octobre sur une série d’autres questions constitutionnelles. Si tant est que les signatures soient validées, en marge d’un gravissime scandale de fuite de données électorales et une fois que sera tranchée la contestation par des communautés autochtones de cette pétition lancée sans obtenir leur consentement préalable.
À Ottawa, le premier ministre canadien, Mark Carney, n’a cependant pas attendu avant d’exhumer sans vergogne la Loi sur la clarté référendaire, à laquelle tout référendum, où que ce soit au Canada, devra se conformer, a-t-il clamé.
Les Albertains ont beau ne pas avoir la même réaction viscérale que le Québec — contre lequel fut rédigée cette loi verrouillant les modalités d’un référendum —, la colère qui fait rage en Alberta à l’endroit d’Ottawa ne sera nullement apaisée chez ceux qui croyaient s’apprêter à décider de leur sort et qui constateront au contraire que leur volonté ne sera pas aussi facilement respectée. Quoi que leur ait laissé miroiter Danielle Smith.
Et cette dernière, soucieuse de ne pas s’aliéner ces influents militants conservateurs, ne sera que ravie de souffler sur ces braises. Tous les plus beaux efforts de contorsionniste de Mark Carney, à coups de reculs environnementaux successifs et redoublés, n’ont après tout rien changé. Vendredi, Mme Smith brandissait encore, malgré ceux-ci, l’impatience de sa province et la nécessité, pour la calmer, de faire la démonstration « que le Canada peut fonctionner ».
Les observateurs albertains s’entendent pour prédire que la question référendaire y sera claire. Quant au résultat, avec des appuis oscillant entre 20 % et 30 % selon les sondages, il y a peu de chances qu’il ne force Ottawa à se prononcer quant au seuil d’une majorité claire.
Ce débat ne pourra toutefois pour autant être esquivé complètement d’ici la mi-octobre. Mark Carney, Pierre Poilievre et leurs élus fédéraux auront beau s’évertuer à l’éviter à tout prix, à la veille d’une élection québécoise de surcroît, ils seront pressés de se prononcer, nommément par leurs propres électeurs fédéralistes et du Canada anglais. Les Québécois en prendront bonne note. Tout comme le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, qui ne pourra y échapper, quelle que soit sa stratégie électorale.
Le plébiscite albertain donne par ailleurs un inquiétant avertissement quant à une manipulation démocratique étrangère déjà entamée et recensée cette semaine par des experts. Des campagnes de désinformation d’origine russe, amplifiant l’appui populaire à la souveraineté ou déplorant que la province soit économiquement exploitée. Une influence américaine explicite, par la voix de personnalités publiques proches du président Donald Trump ou d’influenceurs MAGA. « La souveraineté cognitive du Canada n’est pas simplement menacée ; elle est activement contestée », prévient le rapport réalisé par divers instituts de recherche.
Un constat peu étonnant, observé dès le Brexit. Une « menace existentielle » brandie ici l’an dernier par la commission d’enquête fédérale sur la question.
La réplique universelle infaillible à l’ingérence étrangère ne s’est pas miraculeusement révélée depuis. Un débat binaire sur l’indépendance est d’autant plus aisé à polariser et à manipuler. Qu’il se tienne en français, entre Québécois, restreint certes le champ d’action d’acteurs malveillants. Il y a toutefois fort à parier — et à craindre — que le Québec n’est pas plus équipé que l’Alberta ou le Canada, dont la réplique à l’ingérence étrangère demeure « lente, fragmentée et souvent réactive », s’inquiète le rapport d’experts.
Même sans verdict plébiscitaire décisif, les débats du début de l’automne seront déterminants pour les suites du fédéralisme. Le Québec devra tirer des leçons, bien que distinctes, de ce référendum albertain.


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