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Le PQ en route vers une majorité fragile : la dernière projection avant le vote

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À quelques jours du scrutin québécois, le Parti québécois demeure en position de former un gouvernement majoritaire, mais sa situation reste plus fragile qu’elle n’en a l’air. Selon Kim Leclerc, avec son modèle de projection électorale, le PQ aurait actuellement environ 65 % de chances d’obtenir une majorité. Le Parti libéral du Québec pourrait toutefois profiter d’une remontée dans les sondages, tandis que la CAQ risque de sauver quelques sièges et que le Parti conservateur du Québec demeure en mesure de surprendre dans plusieurs circonscriptions.

Kim Leclerc a créé le site de projections électorales Vote-Scope. Il fait des projections en politique canadienne, américaine, française et britannique.

Entretien

Le Parti québécois est-il vraiment en voie de former un gouvernement majoritaire?

Kim Leclerc : «Il demeure clairement en position de le faire, mais rien n’est joué. Présentement, la projection donne environ 65 % de chances au Parti québécois de former un gouvernement majoritaire. La médiane se situe autour de 64 sièges.

Le problème, c’est que cette majorité demeure fragile. Les derniers changements dans les intentions de vote, notamment la remontée des libéraux, peuvent rapidement faire perdre quelques sièges au PQ. Même de petits déplacements dans les sondages peuvent modifier considérablement la projection.»

Quelles circonscriptions seront déterminantes pour le PQ?

Kim Leclerc : «Parmi les sièges qui peuvent faire la différence, on retrouve notamment La Prairie, Huntingdon, Jean-Lesage, Charlebois, Vachon et Champlain.

Charlebois est également une circonscription à surveiller. Le PQ y dispose d’environ 49 % de chances de l’emporter, mais le Parti conservateur du Québec demeure extrêmement compétitif. La CAQ conserve même une possibilité mathématique de victoire. Les trois formations sont donc pratiquement à égalité dans certains scénarios.»

Le PQ a-t-il abandonné la bataille sur la Rive-Sud de Québec?

Kim Leclerc : «Oui, la Rive-Sud de Québec ne représente plus une priorité pour le PQ. Il y a très peu de possibilités de gains dans cette région. Lévis demeure toutefois une exception.

Dans cette circonscription, le PCQ est en avance dans le modèle, mais la course reste suffisamment serrée pour qu’une surprise soit possible.

Dans la région de Québec, le PCQ semble par ailleurs solidement positionné dans Chauveau et Portneuf. Jean-Talon demeure favorable au PQ, tandis que Charlebourg et Jean-Lesage sont beaucoup plus compétitives.

Toutefois, dans plusieurs régions, notamment la Gaspésie, le Saguenay, l’Abitibi-Témiscamingue et les Laurentides, le PQ demeure en première position.

La Montérégie est cependant plus disputée. Les libéraux y conservent plusieurs circonscriptions compétitives et la CAQ garde notamment une possibilité dans Daniel-Johnson.

À Montréal, le portrait est plus contrasté. À l’extérieur des circonscriptions déjà solidement péquistes, plusieurs courses demeurent serrées. En Outaouais, le vote libéral reste important, même si certaines circonscriptions présentent des luttes particulièrement intéressantes.»

Le Parti conservateur du Québec peut-il dépasser sa projection actuelle?

Kim Leclerc : «Le modèle donne actuellement 13 députés au PCQ, mais plusieurs autres circonscriptions pourraient basculer en sa faveur.

Charlesbourg est notamment très serrée avec le PQ. Le PCQ y possède environ 48 % de chances de gagner. Mégantic, Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie, Nicolet-Bécancour et Champlain font également partie des circonscriptions à surveiller.

Certaines autres courses, notamment dans la Côte-de-Beaupré, Daniel-Johnson, Bois-Francs, Maskinongé et Papineau, pourraient également devenir intéressantes.

Une circonscription de l’Outaouais, Papineau, est particulièrement atypique puisqu’elle présente une véritable lutte à quatre. Le PQ y demeure légèrement en avance, mais plusieurs formations ont virtuellement une possibilité de victoire.»

La CAQ risque-t-elle réellement de disparaître de la carte?

Kim Lcclerc : «C’est possible, mais ce n’est pas le scénario le plus fréquent. Dans une des projections, la CAQ obtient cinq sièges, alors qu’un autre modèle utilisé donne trois députés.

Granby apparaît comme le siège le plus sécuritaire pour la formation. Pour le reste, l’incertitude est beaucoup plus grande.

Christine Fréchette demeure notamment en difficulté dans Trois-Rivières. Elle conserve une possibilité de victoire, mais elle ne l’emporte que dans environ le tiers des simulations.

La CAQ peut néanmoins améliorer son résultat dans plusieurs circonscriptions, notamment La Prairie, Trois-Rivières, Champlain, Pierre-Laporte, Huntingdon, Iberville, Papineau, Chauveau et Blainville.

D’autre part, son vote semble actuellement un peu plus concentré et plus efficace qu’au cours des dernières années. Même si son appui général est faible, il pourrait être suffisamment concentré dans certaines circonscriptions pour permettre à la formation de sauver quelques sièges.

Le vote par anticipation constitue également un élément à surveiller. Dans certaines circonscriptions où la CAQ conserve des chances, la participation anticipée a été relativement faible.

Il existe aussi un vote caquiste discret. Certains électeurs hésitent à dire publiquement qu’ils appuient encore la CAQ, ce qui pourrait créer un léger écart entre les sondages et le résultat réel.»

Les libéraux profitent-ils de leur remontée dans les sondages?

Kim Leclerc  : «Pour l’instant, leur remontée ne s’est pas encore traduite par une hausse de leur projection en sièges. Le PLQ demeure autour de 34 députés dans le modèle.

Mais son vote commence à devenir plus efficace. Une progression relativement modeste pourrait permettre aux libéraux d’aller chercher quelques circonscriptions supplémentaires, surtout si le PQ ne progresse pas parallèlement.

Dans certains scénarios, les libéraux pourraient atteindre environ 40 sièges, ce qui ferait perdre plusieurs sièges au PQ.

La remontée libérale ne se limite d’ailleurs pas aux circonscriptions traditionnellement anglophones. Le parti progresse légèrement chez les francophones également.

Subséquemment, certains électeurs qui hésitaient entre la CAQ et le PQ pourraient finalement se tourner vers le PLQ s’ils estiment que leur candidat caquiste a peu de chances de gagner.

Dans certaines régions, un phénomène semblable pourrait profiter au PCQ. Dans la région de Québec et dans certaines circonscriptions où les conservateurs sont très compétitifs, une partie du vote anti-PQ pourrait se concentrer autour du PCQ.»

Est-ce que Québec solidaire va perdre des sièges lundi prochain?

Kim Leclerc : «QS demeure en position de sauver les meubles. La projection actuelle lui accorde environ six sièges, avec une fourchette qui pourrait se situer autour de cinq à huit députés.

Le parti demeure particulièrement fort dans l’est de Montréal. Gouin, Saint-Henri–Sainte-Anne et Rosemont font partie des circonscriptions où QS est bien positionné, même si certaines courses demeurent compétitives.

Sherbrooke reste également très intéressante. La circonscription a changé plusieurs fois de camp dans les projections pendant la campagne.

Il faut toutefois rappeler qu’un modèle ne peut pas nécessairement mesurer certains événements strictement locaux, notamment la performance d’un candidat ou un incident survenu dans les derniers jours de la campagne.»

Une majorité péquiste avec environ 30 % des votes serait-elle historique?

Kim Lcclerc : «Obtenir une majorité avec environ 30 % des suffrages serait extrêmement rare au Québec.

Dans l’histoire québécoise, seulement quelques gouvernements ont obtenu le pouvoir avec moins de 40 % des votes, et certains d’entre eux étaient minoritaires. Une majorité avec un niveau d’appui aussi faible serait donc un phénomène exceptionnel.

Le contexte actuel est d’autant plus particulier que cinq partis disposent d’un poids électoral significatif. Le Québec se retrouverait ainsi dans une situation typique des systèmes parlementaires de type Westminster où la fragmentation du vote peut permettre à un parti de remporter une majorité de sièges sans obtenir une majorité du vote populaire.

Le résultat de lundi soir pourrait donc produire une situation électorale rarement observée au Québec : un gouvernement majoritaire porté par une pluralité relativement faible du vote, dans un système à cinq partis véritablement compétitifs.»

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