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SOINS. La musique peut avoir des effets remarquables sur les gens. Désirant apporter du réconfort à ses usagers, la Maison René-Verrier a invité une violoniste émérite à venir jouer pour eux.
C’est aussi grâce à un concours de circonstance que la violoniste et étudiante en médecine, Émilie Auclair, a pu se rendre à la maison de soins palliatifs drummondvilloise le 27 décembre en après-midi. La musicienne originaire de la région de Québec pratique depuis 10 ans sur des violons qui lui sont prêtés par Canimex et son propriétaire Roger Dubois. Une rencontre entre la violoniste et la coordonnatrice aux partenariats, financement et événements de la Fondation René-Verrier, Magalie Perreault, lors d’un événement de Canimex, a permis aux deux de faire connaissance et de planifier ce moment musical durant le temps des Fêtes.
«À la suite de mon invitation, Émilie a tout de suite accepté de venir nous voir. Elle a un parcours très impressionnant. C’est un événement improvisé; on a averti les usagers et leur famille hier [26 décembre] de la venue d’Émilie. C’est elle qui a voulu faire ça de façon personnalisée en se rendant dans les chambres.»
Directrice générale de la Fondation, Sophie Laliberté témoigne que la Maison reçoit fréquemment des musiciens, mais plus rarement durant les Fêtes de fin d’année. La présence de musiciens provient également d’initiatives des familles d’usagers. Cette fois-ci, la directrice souligne tout le côté significatif de cette visite alors que les usagers vivent leur dernier Noël.
Émilie Auclair se sent privilégiée de pouvoir côtoyer des gens dans leurs derniers moments et leur jouer quelques chansons sur son violon. (Photo : Louis-Philippe Samson)«Ce n’est pas arrivé souvent qu’on aille une violoniste seule, partage Mme Laliberté. Ce sont toujours des moments très émouvants et riches en émotions lorsque des musiciens nous rendent visite. La plupart du temps, je remarque qu’elle a un effet apaisant. Les gens le vivent et sont curieux de voir la personne qui joue. Quand on voit des gens, qui sont dans leurs derniers moments, écouter de la musique, on ressent toute l’importance de l’instant présent. Ils ferment les yeux, se laissent bercer et savourent chaque note.»
Musique et médecine
Pour Émilie Auclair, la musique a toujours occupé une part importante de sa vie. Terminant actuellement sa dernière année au doctorat en médecine à l’Université de Montréal, elle a eu l’occasion d’effectuer un stage dans une unité de soins palliatifs plus tôt dans son parcours. La mission de ce type de soins lui tient à cœur.
«Durant mon stage, je savais que ça faisait un grand plaisir aux patients quand j’apportais mon violon et que je leur jouais de la musique. C’est dans ce contexte que je suis venue à la Maison René-Verrier», raconte la musicienne qui a commencé à jouer du violon à l’âge de sept ans.
Ce fut d’ailleurs le début d’un parcours hors du commun pour la jeune femme désormais établie près de Montréal. Elle a fait son entrée au Conservatoire de musique de Québec à 11 ans. En parallèle à ses études collégiales en science, elle complétait un baccalauréat en musique avant d’entreprendre une maîtrise au Conservatoire de Québec. Elle a également étudié, entre 2018 et 2020, à la Jacobs School of Music de l’Université de l’Indiana aux États-Unis.
«La pandémie est arrivée et je suis revenue au Québec. La médecine avait toujours été dans mes arrière-pensées. Ça m’a toujours intéressé. En voyant Laurent Duvernay-Tardif qui conjuguait le football et la médecine, je me suis dit que je pouvais faire le violon et la médecine moi aussi. Je n’ai jamais arrêté le violon durant mes études. Je suis dans un orchestre de médecins, I Medici di McGill, formé d’étudiants et de professeurs en médecine», énumère la violoniste qui assiste aussi Canimex dans la gestion de sa collection d’instruments depuis quelques années.
Émilie Auclair souhaite ardemment aider les gens et leur faire du bien. Selon elle, tant la musique que la médecine lui permettent d’y arriver. Elle joue d’ailleurs dans les hôpitaux depuis sa jeunesse. Pour la violoniste de 28 ans, voir le sourire sur le visage des gens pour qui elle joue est la plus belle récompense.
«Les médicaments et les traitements aident évidemment les gens dans leur bien-être, mais la musique apporte un baume. On dit que la musique réconforte l’âme et j’ai toujours cru en ça. Je le vois lorsque j’apporte mon violon à l’hôpital. Les gens sourient; ils ont une lumière dans les yeux. Ça apporte un grand bonheur. Je trouve que c’est encore plus fort dans un contexte de soins palliatifs. Je me sens privilégiée d’avoir accès et d’être accueillie durant ce qui est peut-être les derniers jours de leur vie. J’essaie que ce soit le plus beau moment possible pour eux en jouant des pièces qu’ils aiment par exemple. Quand c’est possible, j’essaie de m’informer sur qui ils sont et de créer un lien. D’avoir un contact humain est aussi important», souligne Émilie Auclair.
Bonheur partagé
Le 27 décembre, Émilie Auclair a pu jouer quelques morceaux pour presque tous les résidents de la Maison René-Verrier. Arrivée en milieu d’après-midi, elle a d’abord rendu visite à Donat Montreuil qui était accompagné de sa fille, Anne. Assis confortablement dans son fauteuil, M. Montreuil a demandé à Mme Auclair la pièce White Christmas. Rapidement, M. Montreuil s’est laissé bercé par les notes du violon Giovanni Battista Guadagnini de 1785.
Donnat Montreuil et sa fille Anne ont vécu un moment touchant lors de la visite d’Émilie Auclair. (Photo : Louis-Philippe Samson)«C’était magnifique et super touchant, a commenté Anne Montreuil, la gorge nouée. Ce sont de beaux moments précieux. Je ne m’attendais pas à ça. La musique est réconfortante. C’est émotif et ça vient nous chercher. Pendant ce temps, on n’est pas dans notre tête, mais dans notre cœur. La violoniste a eu une belle attention de lui demander quelle chanson il voulait entendre.»
Dans une autre chambre, Jacques Houle était entouré de plusieurs membres de sa famille. L’homme qui a longtemps pu jouer de la guitare et de l’accordéon était particulièrement attentif à la musique d’Émilie Auclair. La regardant avec un large sourire, il savourait chaque note. Il applaudissait chaleureusement chacune des chansons tout en donnant le pouce en l’air à la musicienne visiblement heureuse de le rencontrer.
«C’était magique, affirme sa fille Marie-Josée Houle. Ce n’est pas parce qu’il est en fin de vie qu’il n’a pas droit à un petit brin de Noël et de musique. Mon père était un artiste dans l’âme, il a toujours joué de la musique. Le 25 décembre, il a joué un peu d’accordéon, mais c’est difficile maintenant. C’était important pour lui que la famille soit là aujourd’hui. Ce l’était aussi pour nous tous.»
La façon de vivre les soins palliatifs est différente pour tout le monde. C’est pourquoi Émilie Auclair tient à prendre le temps de discuter avec les gens qu’elle visite avant de leur jouer un morceau. Selon elle, la musique et le violon sont une belle porte d’entrée pour ouvrir les discussions. «Ça crée un lien. Ensuite, je joue une pièce qui peut leur rappeler des souvenirs. La musique est un langage universel», partage Mme Auclair.
Chose certaine, les gens présents à la Maison René-Verrier, le 27 décembre, ont eu droit à un moment précieux grâce au pouvoir de la musique.


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