L’intelligence artificielle peut-elle réellement aider à réduire les émissions de CO2 ? Récemment, une organisation non gouvernementale allemande a examiné plus de 150 affirmations en lien avec le climat provenant de géants de l’IA et d’organisation mondiales importantes. L’objectif ? Déterminer sur quelles preuves ces entités se basent pour affirmer que l’IA peut aider la lutte contre réchauffement climatique.
Un nouveau rapport pour tenter d’y voir plus clair
Aujourd’hui, il existe plusieurs applications de l’intelligence artificielle – principalement des modèles d’apprentissage automatique – permettant, selon les responsables, de surveiller et réduire les émissions de CO2. Ceci concerne de nombreux secteurs, par exemple l’énergie, les transports et la construction, entre autres. Dans un rapport publié en avril 2025, l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) affirmait que l’adoption d’applications d’IA dans les secteurs en lien avec l’énergie pourrait réduire les émissions mondiales jusqu’à 5% d’ici 2035, ce qui pourrait notamment permettre de compenser les émissions en provenance des centres de données (datacenters). Toutefois, une étude publiée dans la revue Patters par l’économiste néerlandais Alex de Vries-Gao en janvier 2026 mentionnait des émissions allant de 32,6 à 79,7 millions de tonnes de CO2 en 2025, par ces seuls centres de données. L’an dernier, l’intéressé avait déjà réfuté une étude du géant Google portant sur ce sujet.
Dans une publication de 2024, l’Institut Supérieur de l’Environnement (ISE) en France se montrait déjà sceptique, évoquant un « impact écologique à double tranchant ». En effet, l’IA constitue elle-même un danger pour l’environnement – principalement en raison de sa consommation énergétique – tout en proposant des solutions innovantes pour tenter de relever les actuels défis environnementaux.
Alors qu’il est assez difficile de s’y retrouver, l’ONG allemande Beyond Fossil Fuels a pris le sujet en main, comme en témoigne un rapport en ligne depuis le 17 février 2026. L’objectif de cette initiative était d’examiner plus de 150 affirmations en lien avec le climat par des géants de la tech et de l’IA mais également, d’organisations comme l’AIE. Beyond Fossil Fuels a tenté de déterminer sur quelles preuves se basaient ces affirmations.
Crédit : Gorodenkoff / iStock
Des déclarations à prendre avec des pincettes, faute de preuves concrètes
Selon Beyond Fossil Fuels seulement 26% des affirmations des géants de l’IA et autres organisations citaient des articles universitaires. Surtout, pas moins de 36% ne mentionnaient aucune source. Les 38% restant se basaient sur des articles de presse, des rapports d’entreprise, des travaux académiques non publiés ou encore, des publications d’ONG. Au passage, il est important de souligner que les rapports d’entreprise sont souvent biaisés et rarement validés par d’autres chercheurs. Pour l’organisation allemande, le constat est clair : les preuves de bénéfices climatiques massifs liés à l’IA sont faibles, alors que celles de dommages importants sont solides.
En 2023, Google affirmait dans un billet de blog que l’IA pourrait réduire de 5 à 10% les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, en cas de démocratisation de cette technologie. Pourtant, Beyond Fossil Fuels évoque ici une extrapolation de bénéfices climatiques mondiaux considérables, à partir de preuves qui semblent anecdotiques. Pour l’organisation, ce type de communication s’apparente à du greenwashing dont le but serait de surestimer les capacités de l’IA en faveur de l’environnement et minimiser les effets négatifs en lien avec son fonctionnement et son développement.
Enfin, certaines sociétés du domaine de l’IA affirment que des modèles plus réduits et plus spécialisés, notamment entraînés sur une seule base de données de haute qualité, pourraient être plus respectueux de l’environnement. Néanmoins, l’ONG estime que ce genre de promesses ne peuvent pas être réellement prise en compte puisque là encore, les preuves susceptibles de faire consensus restent manquantes.


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