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C’est une édition majeure de La Maestra, concours de direction bisannuel réservé aux femmes cheffes, qui s’est conclue samedi à la Philharmonie de Paris. Au final, de cette 4e édition, qui en est arrivée à sacrer la Slovène Mojca Lavrenčič, candidate même pas sélectionnée, nous retenons en priorité l’immense révélation de la Française Alizé Léhon.
Et si le futur grand chef français était une femme ? C’est la question que nous nous sommes posée en assistant aux répétitions et à la finale d’Alizé Léhon, 27 ans. Alizé Léhon n’était pas née lorsque nous avons eu la chance d’assister à l’examen final de conservatoire de Stéphane Denève, le meilleur chef français de l’heure, avec Alain Altinoglu, mentor de Léhon.
Deux miracles
À l’issue de L’oiseau de feu de Denève en 1995, le délire dans la salle, nécessita un rappel à l’ordre : « Ceci est un concours, pas un concert » ! Si nous faisons le lien, outre le magnétisme et la qualité des musiciens, c’est parce que, dans les deux cas, ce qui émanait de la scène, surpassait en créativité et influx, le lot commun de ceux qui les jugeaient.
Alizé Léhon n’a pas gagné. C’était possible, car il y avait un autre choix. Elle est troisième. Ça, c’est ajouter l’insulte à l’injure. La Française a accompli deux miracles, ce qui aurait largement dû suffire. Le premier en répétition avec le Paris Mozart Orchestra, où, après une très organisée mise en place de la pièce contemporaine, il restait un temps limité pour le 1er mouvement de la 2e Symphonie de Brahms, qui, précédemment, avec l’Américaine Molly Turner, partait à hue et à dia. Avec son seul regard et ses gestes, Alizé Léhon a tout placé : le son, les entrées, la stabilité du tempo, les phrasés, le style. À ce point-là, c’est de l’art à un niveau suprême, rarissime. Et faut le reconnaître.
Second miracle : Pétrouchka, avec l’Orchestre de Paris en concert et une direction vivante, parfaite, sans exagérations, éloquente. En une mimique, Léhon se faisait marionnette et le jeu allait avec. Un délice, visible sur Arte en vidéo.
Alors, « phénomène Léhon » ? Oh que oui ! On nous a beaucoup répété, à Paris, que la direction n’est pas affaire de sexe, mais de talent. Les programmations, aussi, devraient reconnaître le talent. Le talent — dans tous les sens — ne se décrète pas en bourrant les catalogues des agents d’artistes pour satisfaire un marché ou les programmes de saison pour se donner bonne conscience et amadouer les subventionneurs. Alors, bienvenue au « phénomène Alizé Léhon », aux quelques-uns qui existent (Elim Chan, par exemple), qui ne sont pas forcément les plus médiatiques (Han-Na Chang) et à tous ceux à venir.
Lauréate
À propos de talent, le Paris Mozart Orchestra a fait savoir au jury que ce dernier avait raté quelque chose et a décerné le « Prix de l’orchestre » à la Palestinienne Lamar Elias, éliminée en demi-finale. Évidemment ! Et nous sommes heureux qu’ils aient osé. Le regroupement des salles européennes « ECHO » semblait aussi tenté de le faire (ils pourront engager Elias à la place des valeurs médiatiques surfaites, on peut toujours rêver…), mais n’a pas voulu affronter le jury, décernant une « mention spéciale » à Elias et leur prix à Mojca Lavrenčič.
Cette dernière, admise au concours parce qu’elle était première sur la liste d’attente et qu’une Cubaine n’a pu se rendre à Paris, a tout raflé (un sacré post-mortem sur la présélection s’impose). Lavrenčič, aussi, est un phénomène, monté en puissance au long du concours.
Après la répétition de la 7e Symphonie de Beethoven, nous avons compris Mojca Lavrenčič. Elle n’est pas « un chef d’orchestre de sexe féminin », mais une femme qui a choisi ce métier. C’est très rare. Ce n’est pas son métier qui la définit, mais sa féminité et son regard de femme. Le type de sensibilité qui en résulte est émouvant, voire bouleversant. Se lient à cela, un imaginaire débordant et une humanité qui a envie d’embrasser la terre entière.
Nous avons là le résumé de toutes les qualités, comme du talon d’Achille de Mojca Lavrenčič. Quand ça marche c’est parfait (la Septième, sur un nuage, une Valse de Ravel hantée, nimbée de volutes fuligineuses), mais cette hypersensible fera-t-elle face aux défis du métier, elle qui a avoué, dans son discours de remerciements, avoir failli tout lâcher récemment ? Autre bémol. Lavrenčič a tellement d’idées, veut tellement en faire, qu’elle risque le trop-plein d’informations pour elle et les musiciens. Elle a ainsi raté un passage clé de Pétrouchka, avant la Danse russe. Cela aurait dû compter dans une compétition aussi serrée. Mais elle était la « chouchou »…
En tout cas, Léhon et Lavrenčič avaient en commun de transcender en concert leur travail de répétition, de phraser la musique germanique avec un sens de la tension et de la détente. Il paraît que la Chinoise Jiajing Lai, excellente professionnelle, qui travaille bien et a les gestes les plus économes et ne fait rien de spécial en concert, a gagné le 2e prix. Elle a tempéré ses coups de pied, laissant cette discipline à Lavrenčič en finale. Quant à Molly Turner, elle fut inexistante, comme si elle ne s’attendait pas à être là.
Les quatre noms à retenir de la Maestra 2026 sont Alizé Léhon, Mojca Lavrenčič, Lamar Elias et la Grecque Nefeli Chadouli, éliminée sur une fâcheuse erreur.


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