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Le plus grand campement d’itinérants de Longueuil s’étalait jusqu’à récemment près de l’intersection de la rue Bourassa et du chemin du Coteau-Rouge. Une vingtaine de personnes dormaient aussi sur des lits de camp dans la vieille église Notre-Dame-de-Grâce, dont le toit coulait et où l’électricité faisait des flammèches. D’autres sans-abri passaient la nuit sur le balcon de la bibliothèque voisine.
Un bâtiment tout neuf de quatre étages vient d’être inauguré sur le terrain de l’ancienne église — qui a été démolie. Cet immeuble hébergera 30 personnes itinérantes ou qui risquaient de se retrouver à la rue. Une soupe populaire servira des repas au rez-de-chaussée de cette maison à vocation sociale, nommée « Un toit pour tous ».
Les résidents seront accompagnés par des intervenants. Et 54 logements supervisés s’ajouteront au projet avec la phase 2, qui est en construction.
« Un toit pour tous, c’est un petit miracle », dit Mary Claire MacLeod, présidente des Habitations communautaires Longueuil, l’organisme qui chapeaute ce projet.
On la rencontre dans le bâtiment fraîchement inauguré, qu’elle a commencé à imaginer il y a six ans, en pleine pandémie. Cette femme énergique de 65 ans nous fait visiter avec fierté les superbes logements d’une chambre qui accueilleront leurs occupants à compter du mois prochain. Les locataires paieront 25 % de leurs revenus pour se loger, grâce au Programme de supplément au loyer du gouvernement du Québec.
« Course à obstacles »
La gestionnaire a l’impression d’avoir traversé une « course à obstacles » pour que son initiative voie le jour — malgré le soutien de la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, et de l’ex-ministre Lionel Carmant, député local.
Mme MacLeod n’est pas la seule à chercher sa voie dans le labyrinthe de la création de logements sociaux : tous les projets sont de « petits miracles », peut-on déduire après avoir parlé à une série d’organismes voués à loger les plus vulnérables.
Délais pour confirmer le financement public, exigences bureaucratiques jugées irréalistes, manque de prévisibilité des lignes directrices gouvernementales : la patience des développeurs de logements sociaux est mise à l’épreuve. Chaque projet nécessite aussi la contribution financière de Québec, d’Ottawa, des villes et de groupes communautaires, ce qui complique la tâche des partenaires.
Les organismes doivent prendre des risques qui créent de l’anxiété. Les Habitations communautaires Longueuil ont ainsi acheté le terrain de l’église Notre-Dame-de-Grâce avant même la confirmation du financement du projet Un toit pour tous par Québec. « On ne voulait pas perdre le terrain. »
Les gestionnaires ont même dû signer le contrat avec l’entrepreneur responsable du chantier, au printemps 2024, avant le bouclage du financement de la première phase de 30 logements — celle qui a été inaugurée la semaine dernière.
Travailler sans certitude
La même incertitude a entouré la deuxième phase du projet, qui poussera juste à côté du premier bâtiment. L’entrepreneur Sidcan a accepté de démolir la vieille église — et de commencer à creuser les fondations du futur immeuble — avant la confirmation du financement par Québec, qui est arrivée il y a une dizaine de jours, plus de cinq ans après la demande de fonds.
Depuis les tout débuts du projet, il est question d’un soutien psychosocial pour aider les résidents d’Un toit pour tous à gérer leur vie, à garder leur logement et à trouver du travail. « La semaine passée, la SHQ [Société d’habitation du Québec] nous envoie un courriel disant que le projet ne passe pas, parce qu’il n’y a pas le mot “itinérance” dans nos lettres patentes. Il est pourtant clair qu’on s’occupe d’itinérance, c’est notre mission. En pleine crise de l’itinérance, c’est le moment de faire preuve de jugement », dit Danielle LeBlanc, directrice générale du Repas du passant, qui offrira de l’aide alimentaire au projet Un toit pour tous.
« La SHQ ne répond ni au téléphone ni aux courriels depuis plusieurs semaines. Ont-ils assez de personnel ? » soulève une autre source familière avec le logement social, qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles.
Investissements records
La SHQ rappelle qu’elle gère « un volume de projets sans précédent ». Plus de 10 000 logements sociaux ou abordables étaient en construction en 2025, une année record au Québec. Loin de se désengager, Québec prévoit de livrer près de 9000 logements abordables cette année.
« Cette mobilisation qui se poursuit exerce nécessairement une forte pression sur l’ensemble de la chaîne de réalisation, mais des mécanismes sont en place pour assurer le suivi des dossiers », assure la SHQ dans un courriel au Devoir. La société d’État « demeure à l’écoute de ses partenaires » pour livrer les milliers de logements planifiés.
Le milieu communautaire reconnaît les investissements des gouvernements et les efforts de la SHQ. Mais l’entrée en vigueur du Programme d’habitation abordable Québec, venu remplacer le programme AccèsLogis, crée de la confusion et complique la tâche des OBNL en habitation, qui sont déjà « à boutte », rappellent nos sources.
Les organismes communautaires (en logement et dans tous les domaines) déplorent un manque de financement chronique et l’épuisement général des troupes. C’est pour ça que le communautaire se prépare à déclencher une grève d’une semaine et demie, du 23 mars au 2 avril — une première historique dans ce milieu où les femmes sont majoritaires.
« On va déranger la société pour se faire entendre. On veut du respect », dit Danielle Leblanc, du Repas du passant.
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