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Deux tragédies hantent l’esprit de Samuel Lugez, le père de Maëlyne, une adolescente de 13 ans morte en novembre 2024 au terme d’une disparition dans un boisé près de son école. La perte de sa fille, déjà « insoutenable », se conjugue avec la conviction inébranlable que son enfant serait encore vivante si les autorités avaient agi autrement.
Dans une courte mais percutante allocution exprimée au dernier jour de l’enquête publique sur le décès de sa fille, Samuel Lugez a tenu à honorer la mémoire de celle-ci, retrouvée morte et seule, le 7 novembre 2024, dans des circonstances encore nébuleuses.
« Comme tout enfant, elle ne méritait pas d’en arriver là, a indiqué le père endeuillé. Je veux qu’on garde une image positive […] Maëlyne, ce n’était pas juste une personne qui avait des problèmes, ce n’était pas juste une personne suicidaire. C’était également une jolie jeune fille de 13 ans qui aimait cuisiner, qui aimait le dessin, qui voulait étudier en art. »
C’était aussi, à ses yeux, une enfant qui aurait eu une chance de vivre au-delà de ses 13 ans si la police de Lévis avait écouté la famille aux balbutiements des recherches.
Maëlyne a disparu de l’école secondaire de l’Horizon le 6 novembre sur le coup de midi, aux prises avec une grande détresse intérieure et des idées noires.
« Allez chercher dans le boisé ! »
Ses proches, mis au fait de son absence, ont rapidement imploré les policiers de s’attarder au boisé près de l’établissement.
« Pour moi, à ce moment-là, c’était clair qu’elle était partie mettre fin à ses jours dans le boisé, a raconté lundi Éve Lévesque, la belle-mère de Maëlyne. Je disais [aux policiers] : allez chercher dans le boisé ! Je l’ai répété des dizaines de fois. »
Au cours de l’enquête publique, la police de Lévis a indiqué qu’elle avait rapidement ratissé le territoire dans un rayon de 300 m autour de l’école secondaire de l’adolescente – dont une partie du boisé. Au-delà de ce périmètre, les autorités ont toutefois concentré leurs recherches à fouiller la zone résidentielle autour de l’école de l’Horizon, les commerces de la Ville et plusieurs lieux « d’intérêt », par exemple le parc des Chutes-de-la-Chaudière, situé à 7 km de là.
La police a retrouvé la dépouille de Maëlyne dans le boisé, à moins de 600 mètres de son école.
Son père s’explique encore mal pourquoi la police de Lévis, bredouille et sans aucune trace de l’adolescente au moment d’interrompre les recherches pour la nuit, a attendu plus de 20 h après la disparition pour demander le déploiement de renforts sur le terrain. Pourquoi, aussi, elle n’a pas repris les recherches à l’aurore le 7 novembre lorsqu’elle a vu que Maëlyne demeurait introuvable.
« Chacun aurait dû penser et agir comme si c’était son propre enfant, a résumé Samuel Lugez. Si toute l’aide disponible avait été appelée, que les recherches terrain n’avaient pas été arrêtées après les 300 mètres et plus vers 16 h 45 le 6 novembre, que le boisé, nommé comme un endroit d’intérêt, avait été vérifié, s’il ne s’était pas passé près de 15 heures sans aucune recherche terrain, Maëlyne aurait été retrouvée en vie. »
Ces « incompréhensions », a ajouté le père endeuillé, « [ont] un impact psychologique aussi fort que la perte de Maëlyne ».
Le président de l’enquête publique, Me Luc Malouin, a manifesté son incompréhension à quelques reprises au cours des cinq jours d’audience. Il a interrogé plusieurs responsables de la police de Lévis concernant la décision de reprendre les recherches après 9 h, le 7 novembre, au moment où la jeune fille manquait à l’appel depuis la veille à 13 h 15.
« On a appelé la SQ à 9 h 30 le matin ; il faisait clair à 6 h, a-t-il souligné à l’inspecteur Pascal Fortier, lundi. C’est tard un peu, non ? »
Lundi après-midi, un directeur adjoint de la police de Lévis, Réjean Langlois, a longuement défendu l’opération menée par son service les 6 et 7 novembre.
« C’est un travail exemplaire, a-t-il indiqué. On a coché toutes les cases. » À 13 h 42, au moment où le premier signalement de disparition parvenait aux patrouilleurs, Maëlyne manquait à l’appel depuis 1 h 30, a-t-il rappelé. « Selon nos estimations, elle avait pu marcher sur 6 km. Ça fait un immense territoire à chercher. »
Le gouvernement a ordonné la tenue d’une enquête publique après qu’un reportage de Radio-Canada a mis en lumière les critiques des parents de Maëlyne à l’égard des opérations de recherches et du rapport de la coroner Me Sophie Régnière. Ce dernier concluait que l’adolescente avait subi une noyade accidentelle — sans faire mention des idées suicidaires exprimées par la jeune fille.
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Si vous pensez au suicide ou vous inquiétez pour un proche, des intervenants sont disponibles en tout temps au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), par texto (535353) ou par clavardage à suicide.ca.
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