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Une vie cloîtrée, vouée à la prière et à l’enseignement… Si les corridors et les classes de l’Université du Québec à Rimouski grouillent aujourd’hui d’étudiants et de professeurs, ces lieux étaient autrefois arpentés par les Ursulines, dont l’importante contribution sociale mérite d’être honorée davantage, croit l’historienne des femmes Karine Hébert.
Leur vie monastique est ces jours-ci mise en lumière dans l’exposition L’UQAR au temps des Ursulines, qui a été montée par des étudiants en histoire et leur professeure, Karine Hébert.
Les religieuses ont laissé un legs d’abord architectural et patrimonial à la communauté rimouskoise, en cédant leur monastère au Centre d’études universitaires en 1969, qui deviendra l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) quatre ans plus tard.

Photo de classe apparaissant dans un album d’une étudiante des Ursulines.
Photo : Archives de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR)
Elles ont également formé des tonnes d’enseignantes, souligne Mme Hébert. Elles ont contribué à scolariser une ville qui était quand même encore assez éloignée des grands centres, ce qui n'était pas rien, ça a contribué au développement économique, culturel, et intellectuel de Rimouski.
La transmission de l'érudition
Non seulement les Ursulines étaient reconnues pour leur enseignement des arts, mais elles étaient aussi considérées de leur temps sur le plan de la formation.

Le couvent des Ursulines de Rimouski vers 1925, qui a été ravagé par un incendie en 1937.
Photo : Radio-Canada / Livernois, Fonds L'Action catholique, BAnQ
Plusieurs sœurs étaient des érudites, souligne l’étudiante à la maîtrise en histoire et auxiliaire de recherche Charlotte Doucet. Elles étaient formées en philosophie, en mathématiques, en grammaire, en théologie, en sciences… Donc c’était une éducation de très haut niveau, à laquelle les jeunes filles avaient accès.
Elles ont offert un collège classique pour jeunes filles pendant une certaine période à Rimouski, ce qui était la formation la plus avancée que les filles pouvaient avoir, ajoute Mme Hébert.
Ça a contribué à former plusieurs des femmes qui ont pris leur place dans la région par la suite.

Des étudiants en histoire et la professeure Karine Hébert ont présenté leur travail à des Ursulines, en septembre dernier.
Photo : Jean-René Thuot
Le monde des Ursulines est méconnu, surtout des plus jeunes, qui n’ont pas eu à côtoyer de religieuses, explique la professeure. Pour les étudiants qui étaient dans ma classe, un cloître, ça ne voulait pas dire grand chose pour eux, et le noviciat, là où les futures religieuses allaient faire leur probation et se préparer à la vie religieuse, c’était complètement étranger, relate Karine Hébert.
L'historienne estime que ce caractère étranger de l'histoire des Ursulines, pour les étudiants, a attisé leur curiosité.
L’étudiante Charlotte Doucet raconte faire des parallèles entre la vie des jeunes femmes de l’époque, qui peut paraître si loin, et celle des jeunes femmes d’aujourd’hui.
Ce sont des jeunes femmes qui avaient mon âge ou encore plus jeunes, qui faisaient ce choix de rentrer en religion [...] pour vivre au monastère une vie cloîtrée, consacrée, qui serait justement vouée à l’enseignement.

Charlotte Doucet, étudiante à la maîtrise en histoire, a contribué à bâtir l’exposition « L’UQAR au temps des Ursulines ».
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
C’était un choix qui était lourd de conséquences, quitter la famille, parfois leur village; c’étaient des femmes qui venaient de partout dans l’Est-du-Québec.
Les Ursulines sont arrivées à Rimouski en 1906 à la demande de Monseigneur André-Albert Blais, l'évêque de Rimouski. Elles avaient pour mission de démarrer une école normale, l’école responsable de former les futures enseignantes, rappelle Karine Hébert.

Une classe de jeunes filles au couvent des Ursulines à Rimouski, en 1911-1912.
Photo : Radio-Canada / François Gagnon/ Archives du Pôle culturel du Monastère des Ursulines
Le monastère a vu passer des centaines de sœurs et des milliers d’enfants.
Elles ont construit le monastère, tenu l’école normale, et à ça se sont ajouté des couvents pour jeunes filles, et chose assez exceptionnelle, le pensionnat Saint-Georges pour les jeunes garçons. Karine Hébert explique que ce pensionnat, actif entre 1933 et 1960, était une rareté dans la province, pour les Ursulines, qui n’enseignaient normalement qu’aux filles.
Les Ursulines en quelques dates
- 1639 : Arrivée à Québec de trois Ursulines françaises, dont Marie de l’Incarnation
- 1906 : Arrivée des Ursulines à Rimouski
- 1937 : Incendie du monastère
- 1965 : Fin du cloître
- 1969 : Départ des Ursulines du monastère
- 2023 : Déménagement des Ursulines à Québec

L’exposition présentée à l’UQAR, basée sur des recherches dans les archives, se décline en six thèmes : l’architecture du monastère, l’éducation, les arts, le noviciat, le cloître et les jardins.
Photo : Radio-Canada / François Gagnon / Archives du Pôle culturel du Monastère des Ursulines
La professeure rapporte aussi que les étudiants, dans leurs recherches, ont été marqués par le talent artistique développé chez de nombreuses religieuses. Certaines d’entre elles ont même connu une vie artistique à l’échelle nationale, en exposant notamment dans des galeries, souligne Mme Hébert.
Il y avait des peintres, des sculptrices, elles faisaient de la broderie, du travail sur cire – les petits Jésus de cire – toutes sortes de choses vraiment exceptionnelles, et on a quelques reproductions photo de ces œuvres-là dans l’exposition, pour montrer cette richesse.
Karine Hébert précise que l’histoire de ces religieuses est abordée avec toutes les nuances critiques nécessaires, et n’évacue pas les enjeux de discipline et le fait que ce n’était pas tout le monde qui pouvait accéder à cette éducation-là, qui était quand même élitiste, illustre-t-elle.

Les Jardins des Ursulines, le 24 juin 1956. Les Ursulines entretenaient d’imposants jardins à l’arrière, avec un potager et une partie plus «contemplative, pour aller prier», décrit la professeure Karine Hébert.
Photo : Radio-Canada / J.-Gérard Lacombe, Fonds J.-Gérard Lacombe, BAnQ
Dans les années 1960, les Ursulines vivent une petite révolution. À Rome, le concile Vatican II sonne l’heure du changement. Les Ursulines, fidèles à leurs racines, votent la fin du cloître, reprennent leur nom de naissance et adoptent la tenue civile, relate la Fiducie du patrimoine culturel des Ursulines sur leur site web.
Je pense qu’il y a une bonne partie des Ursulines qui étaient contentes de pouvoir œuvrer dans la société, affirme Karine Hébert. Plusieurs ont continué d’enseigner à l’université. Elles ont continué à travailler et à s’investir dans la société rimouskoise et québécoise après le… décloîtrement, si le mot existe!
En 2023, après 117 ans dans la communauté, les 50 ursulines qui vivaient toujours à Rimouski sont déménagées à Québec.
Je pense que pour les gens de ma génération, qui ont une certaine curiosité, il y a énormément à apprendre des communautés religieuses, en termes de valeurs communautaires, de don de soi, d’application d’excellence aussi dans la formation des sœurs et des jeunes filles, conclut Charlotte Doucet.
L’exposition, réalisée dans le cadre du cours d’histoire appliquée et muséologie, est présentée jusqu’au 31 janvier à la Galerie d’art Mouvement Desjardins de l’UQAR.
Avec la collaboration d’Éric Barrette et de Xavier Lacroix


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