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Le parti d'extrême droite AFD (Alternative pour l'Allemagne) s'est présenté comme futur parti au pouvoir lors de son congrès d’Erfurt le week-end dernier, tandis que l'aile fasciste du parti, dirigée par Björn Höcke, a consolidé sa position au sein de la direction. Cela n'a été possible que parce que des représentants de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), du Parti social-démocrate (SPD), du Parti libéral-démocrate (FDP) et de l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) avaient auparavant laissé entrevoir la possibilité d'une coopération avec l'AfD, et parce qu'un dispositif policier de grande ampleur a protégé hermétiquement le congrès face aux dizaines de milliers de contre-manifestants présents dans la ville.
Les lieu et date du congrès furent choisis délibérément. Exactement cent ans auparavant, jour pour jour, les 3 et 4 juillet 1926, s’était tenu à Weimar, ville voisine, le premier congrès national du NSDAP nouvellement rétabli. Le parti s'y réorganisa après son interdiction temporaire suite au putsch d'Hitler et réaffirma définitivement son allégeance à celui-ci en tant que Führer.
Se plaçant dans cette tradition historique, le chef de l’AfD du Land de Thuringe, Björn Höcke, a lancé aux délégués lors de son discours d’ouverture en tant qu’hôte du congrès: «Vive notre chère patrie allemande!» Il a incité à la haine contre les migrants, affirmé que la pédophilie était minimisée et insuffisamment punie, et annoncé qu’il soumettrait les contre-manifestants «à la thérapie» jusqu’à ce qu’ils soient capables d’embrasser leur identité allemande.
Le fasciste Höcke est parvenu à faire entrer deux de ses proches collaborateurs, Stefan Möller et Katrin Ebner-Steiner, au comité exécutif du parti. Möller, co-président de l'AfD en Thuringe et député au Bundestag depuis 2025, a été élu, sans opposition, porte-parole adjoint du parti avec 76,5 pour cent des voix et s'est vanté ouvertement devant les délégués de son «dossier conséquent à l'Office de protection de la Constitution [le renseignement intérieur allemand] ». La présidente du groupe parlementaire bavarois, Katrin Ebner-Steiner, a intégré la direction du parti avec 55,7 pour cent des voix.
Les dirigeants du parti, Alice Weidel et Tino Chrupalla, ont été réélus respectivement avec 81,3 pour cent et 70,1 pour cent des voix. Si Chrupalla a vu son soutien chuter sensiblement par rapport au précédent congrès, Weidel a elle, consolidé son influence. Six des quatorze membres du comité exécutif sont désormais issus des associations régionales d'Allemagne de l'Est, ce qui témoigne de l'importance stratégique croissante du camp Höcke au sein du parti au plan national.
Globalement, la direction du parti est restée très prudente quant aux déclarations politiques faites durant le congrès. Une manœuvre calculée, car toute prise de position sur son programme risquerait de compromettre ses chances électorales. L'AfD se présente comme «l'opposition» et comme l’«alternative» mais en réalité elle pousse à l'extrême et avec le maximum d’agressivité la politique droitière du gouvernement allemand.
Ce parti fut le seul à avoir réclamé dès la campagne des dernières législatives une augmentation des dépenses militaires à 5 pour cent du produit intérieur brut – une exigence désormais mise en œuvre par le gouvernement et par tous les autres partis au parlement (Bundestag). Il se félicite du rétablissement du service militaire obligatoire et de la campagne de réarmement sans précédent, et affirme sans équivoque son attachement au militarisme allemand.
Son programme électoral prévoyait une redistribution massive des richesses des plus modestes vers les plus riches: baisses d’impôts pour les hauts revenus et les entreprises, suppression des prestations sociales et poursuite de la privatisation des services publics. Ce n’est pas un hasard si ce parti a reçu le soutien de l’homme le plus riche du monde, Elon Musk. À l’instar de son allié Donald Trump, un gouvernement AfD mettrait en œuvre une politique d’enrichissement des riches et de guerre par des moyens d’une extrême brutalité.
La campagne d’incitation à la haine des migrants menée par l'AfD sert également cet objectif. Lorsque, du fait du réarmement et de l'enrichissement des plus aisés, les écoles se délabrent, les loyers montent et les hôpitaux ferment, le parti d'extrême droite rejette la faute sur les plus vulnérables de la société – pour protéger les riches et instaurer un État policier contre la classe ouvrière.
C’est précisément ce programme qui explique le nombre croissant de voix qui s’élèvent au sein de l’establishment politique pour demander l’entrée de l’AfD au gouvernement et qui vont de certaines secteurs de la CDU et du FDP dirigé par Wolfgang Kubicki à l’ensemble de la direction du BSW, en passant par l’ancien ministre-président du SPD Torsten Albig.
Ce soutien fut également visible dans l’opération policière martiale menée durant le congrès. Six mille policiers furent déployés pour assurer son bon déroulement malgré une résistance massive. La police avait escorté les délégués jusqu'au lieu du congrès au beau milieu de la nuit afin de contourner les barrages érigés par des dizaines de milliers de manifestants. Bien que les manifestants soient restés pacifiques, ils ont été la cible d'attaques policières répétées.
Le groupe de presse droitier Springer a lancé une campagne contre les manifestants. Il a ciblé une agression isolée contre des journalistes d'extrême droite afin de délégitimer la masse des manifestants. Alexander Throm (CDU), porte-parole pour les affaires intérieures du groupe parlementaire CDU/Union chrétienne-sociale, a rapidement déclaré: «Quiconque recourt à la violence contre des journalistes s'attaque à la démocratie. La liberté d'expression et la liberté de la presse sont des piliers fondamentaux d'une société libre. Et cela est valable que la violence vienne de la gauche ou de la droite.»
Ainsi, l' AfD se réunit le jour anniversaire du congrès du NSDAP nazi et élit toujours plus de fascistes à sa tête, mais ce sont les contre-manifestants qui attaquent prétendument la démocratie. Difficile de montrer plus ouvertement comment les autres partis déroulent le tapis rouge à l'AfD.
Les rares critiques adressées à l'AfD provenaient essentiellement de la droite. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius (SPD), a déclaré qu’on ne communiquerait pas des informations sensibles à un gouvernement AfD ; non pas parce que ses membres sont fascistes mais parce que «leur proximité avec Poutine ne peut être ignorée». Le vice-président du groupe parlementaire des Verts, Konstantin von Notz, a affirmé que «l'AfD [était] le bras parlementaire de Moscou en Allemagne.»
Les extrémistes de droite de l'AfD ne sont donc pas critiqués pour leurs horrifiants projets de réarmement, leurs attaques de la protection sociale ou leurs manœuvres pour enrichir les plus riches, mais parce que le parti n'adopte pas une position suffisamment agressive face à la Russie. La raison en est évidente: tous les partis traditionnels approuvent le programme socio-économique de l'AfD. L'AfD est la manifestation la plus brutale de la marche à droite de tout l’establishment politique.
L'appel du Parti de gauche (Die Linke) à stopper l' AfD avec l'aide des partis au pouvoir, la CDU et le SPD, constitue donc un piège politique désastreux. Lors de son dernier congrès, ce parti a décidé de former des coalitions avec ces formations afin d'empêcher l'AfD de gagner du terrain. C'est comme collaborer avec le pyromane pour éteindre l'incendie.
En réalité, c’est précisément la politique de droite de Die Linke qui a renforcé l’AfD. Partout où ce parti a été intégré au gouvernement, il a, au nom de la gauche, soutenu les coupes budgétaires dans les dépenses sociales, le réarmement et les baisses de salaires qui ont ouvert la voie à l' AfD. En Thuringe, où il occupe le poste de ministre-président depuis dix ans, l'AfD recueille 40 pour cent des intentions de vote. Au Bundesrat, la seconde chambre du Parlement, Die Linke a voté en faveur de crédits de guerre se chiffrant en billions d'euros, et approuvé à maintes reprises et énergiquement la raison d'État de l’Allemagne: le soutien de Berlin au régime génocidaire israélien. Son premier ministre-président, Bodo Ramelow, s'est même vanté que son vote avait permis l'élection d'un membre fasciste de l'AfD à la vice-présidence du parlement de son Land.
Tous les partis qui défendent le capitalisme vont de plus en plus à droite. Il est impossible de lutter contre la montée du fascisme avec eux: ils font partie du problème, non pas de la solution. Le parti Die Linke, qui vote pour le réarmement au Bundestag et souhaite gouverner en Thuringe conjointement avec la CDU, est une composante de cette coalition tous partis confondus pour la guerre et l’austérité.
La lutte contre le fascisme est indissociable de la lutte contre le capitalisme. L'AfD n'est pas un dysfonctionnement du système démocratique, mais le produit d'un système qui, dans la crise la plus profonde de son histoire, détruit les services sociaux, fait la guerre et attaque les droits démocratiques. Quiconque veut vaincre le fascisme doit éliminer les conditions sociales qui le produisent.
Cela exige la mobilisation indépendante de la classe ouvrière. Des millions de gens sont touchés par la crise du système capitaliste – ouvriers, locataires, retraités, étudiants ou chômeurs. Ils doivent rompre avec tous les partis de l’establishment et construire, sur les lieux de travail et dans les quartiers, leurs propres organes de lutte: des comités de la base qui associent lutte contre la guerre, contre l’austérité et contre la menace fasciste. Les directions syndicales, qui se sont depuis longtemps muées en codirecteurs de la grande entreprise, doivent être écartées.
Ce n’est ni la coopération avec la CDU ou le SPD ni une adaptation à l’État bourgeois qui sont la réponse à la menace fasciste, mais la mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste. L’unité des travailleurs par-delà toutes les frontières nationales – contre leur propre classe dirigeante, contre la guerre impérialiste et contre le fascisme – est la perspective pour laquelle luttent le Parti de l’égalité socialiste et le Comité international de la Quatrième Internationale.
(Article paru en anglais le 7 juillet 2026)


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