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Le pont qui reliait Trishuli à la route vers Katmandou n'est plus. Il a été emporté par la crue du 26 août, qui a dévalé la rivière avec furie, laissant derrière elle une masse de sable grisâtre. Sa puissance a été telle qu'elle a parcouru près de 36 kilomètres du nord au sud avant de s'engouffrer vers l'ouest, dans la rivière Salankhu.
C'est ce cours d'eau qu'il faut traverser, après avoir roulé une quinzaine de kilomètres, pour trouver un pont enfin intact. On quitte l'asphalte pour une piste boueuse de quelques mètres de large à travers champs et collines. Les motos ont du mal à avancer dans ce bourbier que la pluie a transformé en patinoire. Quand, tout à coup, un glissement de terrain, fréquent à cause de la mousson, vient de couper la piste.
Une autre se dévoile grâce à un écriteau rédigé à la main sur une plaque de bois. Puis c'est l'embouteillage. Une dizaine de pick-up chargés d'aide humanitaire du Programme alimentaire mondial sont bloqués. Il faut attendre qu'un bulldozer dégage la masse de terre obstruant le chemin.
Les scientifiques tentent d'expliquer les crues dévastatrices au Népal et au Tibet.Les chauffeurs patientent sur le bas-côté. On papote. Ils doivent livrer aux familles coincées à Trishuli depuis cinq jours : leurs stocks d'eau, de nourriture et de médicaments s'amenuisent. La bourgade est à une trentaine de kilomètres à vol d'oiseau. "Vous mettrez une heure et demie pour y aller", lance un motard. Les deux-roues vont plus vite et les chauffeurs savent que ce sera plus long, "environ quatre heures", estime l'un d'eux. Ils livreront. Pourront-ils rentrer après ? La piste risque de devenir impraticable car la météo annonce de nouvelles pluies.
Une averse aux allures de torrent s'abat sur la région dans la soirée. "Une équipe de Singapouriens était allée à Trishuli l'autre jour, mais ils n'ont pas pu repartir", raconte un humanitaire italien.
Les exhumations continuent
Les secouristes continuent d'exhumer des corps humains et des carcasses d'animaux du sable. Mardi, le bilan atteignait presque 1 000 victimes. Pour les survivants, le gouvernement doit résoudre une équation : comment accélérer l'acheminement du ravitaillement et du matériel lourd, quand la plupart des routes sont impraticables ? Certaines commencent à rouvrir. Quelque 20 000 hommes sont mobilisés, mais le chantier n'est pas fini.
L'aide humanitaire internationale arrive. Mais tout cela sera-t-il livré partout et à temps ?
L'aide humanitaire internationale arrive. L'Inde en a envoyé 68 tonnes, tandis que la Chine a expédié 50 tonnes. Le 30 août, les États-Unis faisaient état d'une livraison d'une valeur de 3,6 millions de dollars. Tout cela sera-t-il livré partout et à temps ? L'armée népalaise disait avoir déployé quinze hélicoptères la semaine dernière, des appareils légers pour la plupart. Mais les secours auraient besoin d'engins plus gros, et les pouvoirs publics sont au courant du problème depuis longtemps.
Situé au cœur de la chaîne himalayenne, prisé des alpinistes, le Népal utilise depuis des années les hélicoptères pour ses opérations de secours notamment. En 2024, il avait demandé au Département d'État américain des modèles aptes à transporter du matériel lourd. À l'époque, Washington venait d'accepter de débloquer 100 millions de dollars pour renforcer la flotte népalaise, tout en refusant de livrer autre chose que des appareils moyens et légers fabriqués par Bell. Ces engins n'arriveront pas avant 2028.
Grâce à sa réactivité, un professeur a sauvé la vie de 900 élèves au NépalBesoin de routes plus que d'hélicoptères
Pourtant, six jours après la catastrophe, Katmandou n'a toujours pas sollicité ses voisins pour obtenir les machines qu'elle convoitait tant il y a deux ans. L'Indian Air Force possède pourtant 15 Chinook capables d'embarquer 11 tonnes de matériel ou une trentaine de passagers, sans oublier plus d'une centaine d'hélicoptères de transport. L'armée pakistanaise dispose de plusieurs dizaines de Mi-17 russes et de SA 330 Puma qui peuvent convoyer deux à quatre tonnes. La Chine opère une flotte conséquente. "Le gouvernement népalais a fait le choix de ne pas demander de renforts", observe l'humanitaire italien, qui avoue ne pas bien comprendre cette posture.
Des membres des forces de police déchargent de l'aide acheminée par hélicoptère dans le district de Rasuwa, au Népal, le 1er septembre 2026. ©AFP or licensorsLa question commence à faire débat dans l'opinion. Ces derniers jours, des internautes ont accusé des ministres et des députés d'avoir accaparé des hélicoptères pour se rendre dans les zones touchées. Le 31 août, l'Autorité népalaise de gestion des catastrophes naturelles, la NDRRMA, a appelé les sinistrés à ne demander un soutien héliporté qu'en cas d'urgence.
Le recours aux hélicoptères n'est pas une solution miracle. "Le brouillard provoqué par la mousson peut clouer les appareils au sol pendant des heures, voire des jours. Et leur capacité d'emport est insuffisante pour livrer les tonnes de ravitaillement dont les milliers de sinistrés ont besoin", pointait le quotidien The Kathmandu Post dans son éditorial de mardi. Et d'ajouter : "Les engins de chantier ne peuvent pas être aéroportés. Le gouvernement doit se concentrer sur le rétablissement du réseau routier." Des travaux coûteux et gigantesques s'annoncent.
Mardi, le gouvernement népalais a saisi le Fonds de réponse aux pertes et préjudices. Cette structure administrée par la Banque mondiale a été créée de haute lutte durant la COP28 pour apporter un soutien financier aux pays vulnérables et touchés par les conséquences des dérèglements climatiques.
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