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L’idée d’un référendum sur la séparation de l’Alberta devient de plus en plus tangible. La pétition citoyenne visant à déclencher le processus a officiellement été déposée à Edmonton, lundi après-midi.
Le groupe à l’origine de la pétition, Stay Free Alberta, a remis sa documentation au siège d’Élections Alberta au terme de quatre mois de collecte de signatures. La question soumise aux Albertains serait la suivante : « Êtes-vous d’accord pour que la province de l’Alberta cesse de faire partie du Canada afin de devenir un État indépendant ? »
Selon la Loi sur l’initiative citoyenne de l’Alberta, la pétition devait recueillir 177 732 signatures — l’équivalent de 10 % des suffrages exprimés lors du dernier scrutin provincial — pour obliger le gouvernement albertain à tenir un référendum sur la question.
Le chef du mouvement, Mitch Sylvestre, a avancé lundi que son organisation avait recueilli plus de 301 600 signatures, bien au-delà du seuil requis.
Il revient désormais à Élections Alberta de procéder au dénombrement et de valider l’authenticité des signatures. Ce décompte demeure toutefois incertain, puisqu’un groupe de Premières Nations de l’Alberta a déposé une injonction visant à en suspendre le traitement. Une décision de la Cour est attendue au cours de la semaine.
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a déjà déclaré qu’elle souhaitait que sa province reste au sein du Canada, mais a aussi indiqué qu’un référendum serait organisé si la pétition citoyenne était validée.
Si les signatures sont validées, la question pourrait être ajoutée aux autres enjeux référendaires déjà prévus le 19 octobre, sur lesquels les Albertains seront appelés à se prononcer.
L’ampleur à déterminer
Si le sentiment d’aliénation de l’Ouest n’est pas nouveau en Alberta, la tenue d’un référendum sur l’indépendance n’a probablement jamais été aussi tangible dans la province, observe Frédéric Boily, professeur en sciences politiques au campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. « C’est tout de même sérieux, parce que maintenant, le processus est enclenché », note-t-il.
Le politologue ne doute pas que la pétition ait atteint le nombre minimal requis, compte tenu du niveau d’organisation du mouvement depuis le début de l’année. Le Devoir avait d’ailleurs assisté à un événement de collecte de signatures lors d’un passage dans la province en janvier.
M. Boily demeure toutefois sceptique quant aux chances de succès d’un tel référendum, les sondages indiquant de façon constante un appui situé entre 20 % et 30 %. Le plus récent sondage Léger révèle que 30 % des Albertains se disent favorables à la séparation, contre 55 % qui y sont opposés.
Au final, le nombre de signatures officielles recueillies par le groupe indépendantiste constituera un indicateur important de l’ampleur du mouvement.
Une contre-pétition du mouvement Forever Canadian, lancé l'an dernier et militant pour le maintien de l’Alberta au sein de la Confédération, a quant à elle recueilli plus de 400 000 signatures.
« Si [la pétition pour la séparation] atteint un niveau comparable, ou qu’on dépasse ce barème, on pourra dire que c’est peut-être encore plus sérieux qu’on pouvait le penser », estime M. Boily.
Une fuite de données « préoccupante »
Le dépôt de la pétition survient alors que les tensions s’exacerbent dans le milieu indépendantiste albertain.
La semaine dernière, Élections Alberta et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont ouvert des enquêtes après que les renseignements personnels de millions de citoyens figurant ont été publiés en ligne par un groupe séparatiste appelé le Projet Centurion. La base de données contenait les noms et adresses de près de trois millions d’Albertains.
Lundi, Mitch Sylvestre a été questionné sur une possible implication dans cette affaire, mais a nié toute affiliation avec ce groupe.
Le premier ministre Mark Carney a, quant à lui, publié une déclaration au cours du week-end, qualifiant la fuite de renseignements personnels de « profondément préoccupante » et affirmant s’attendre à ce qu’Élections Alberta et la GRC mènent rapidement leur enquête.


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